Run de lait, ou l’essoufflement de l’industrie qui nous nourrit

Run de lait, ou l’essoufflement de l’industrie qui nous nourrit.  Par Laurence A. Clavet
Vivre l’expérience de « Run de lait », c’est être transporté, au fil de l’histoire que nous raconte Justin Laramée avec brio, sur une ferme laitière, dans une usine de transformation, chez nos élus gouvernementaux, dans la tête et les cœurs fragiles de nos producteurs laitiers… bref, c’est être plongé dans la réalité de l’industrie laitière du Québec.

Ce documentaire théâtral troublant de vérité et d’authenticité est porté par Justin Laramée, qui nous guide, parfois, dirait-on, malgré lui, à travers sa quête d’en apprendre davantage sur la détresse psychologique des producteurs laitiers et de décortiquer les défaillances du secteur agroalimentaire le plus important du Québec. Cette recherche lui aura pris quatre longues années et n’aura été finalisée qu’à la veille de la première du spectacle au Trident, à Québec, en mars 2022. La ténacité et le courage dont a dû faire preuve Laramée sont palpables. Nous sommes reconnaissants qu’il se soit assigné cette tâche ardue afin qu’on n’ait pas à le faire et qu’on en ressorte de meilleurs citoyens. 

Laramée est accompagné de son complice, le musicien Benoît Côté, qui signe notamment la conception sonore du spectacle. Celle-ci est un personnage en soi : de nombreux haut-parleurs sont dressés et déplacés sur scène, au fil du spectacle, afin de nous présenter les témoignages des divers intervenants rencontrés par Laramée.

La mise en scène signée par Laramée et Olivier Normand est d’une simplicité et d’une efficacité redoutables. On passe par toutes les émotions. Run de lait, c’est un spectacle sidérant, mais qui à notre plus grande joie, est livré avec beaucoup d’humour, permettant d’avaler la pilule un peu plus facilement. 

Créé à Québec et en diffusion à La Licorne, à Montréal, jusqu’au 21 décembre 2022, on souhaite une belle longue vie à Run de lait on souhaite même que la pièce soit présentée dans les écoles, qu’elle soit un vecteur de sensibilisation et de changement. On voit le spectacle, mais on lit aussi le livre, publié chez Somme Toute. Et surtout, on remercie Laramée et son équipe de nous éduquer tout en nous laissant sur une note d’espoir, qui donne envie d’aimer le Québec et toute sa richesse. 

Photos: crédit Stéphane Bourgeois 

JGALas Olas

Laurence A. Clavet

Bachelière en droit et en communications, Laurence est passionnée par l’innovation en matière d’agroalimentaire et se questionne quant à l’impact de l’encadrement juridique de cette industrie sur notre santé et notre environnement. Par le biais de sa compagnie de création théâtrale, le Théâtre des Trompes, elle participe à la production d’un théâtre novateur, féministe et centré sur l’intermédialité.