//Xavier Dolan, journal intime

Xavier Dolan, journal intime

La Métropole

« MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN » : LE JOURNAL INTIME À CŒUR OUVERT DE XAVIER DOLAN

Par Laurent Beurdeley. Collaboration spéciale.

À Marie Desjardins[1]

« Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs[2] ».

La confection de cette nouvelle œuvre n’eut rien d’une sinécure pour le cinéaste tant elle fut emportée par un tourbillon d’embûches et de déconvenues. Elle traîna en longueur, fruit entre autres, de métamorphoses successives apportées au scénario dont l’écriture débuta en décembre 2011. Le réalisateur semblait s’être fait sienne les recommandations de Nicolas Boileau : « Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez, Ajouter quelquefois, et souvent effacez[3] ». Après de longs mois de tournage (de juillet à septembre 2016 avec une reprise au printemps 2017) qui épuisèrent parfois les interprètes[4], le montage, activité divine selon Orson Welles[5], s’avéra également un casse-tête chinois (tant il y avait matière avec quatre-vingt dix heures de rushes[6] à en tirer plusieurs récits) plongeant sûrement le réalisateur dans la déréliction. Jamais la citation de Jean Cocteau, « L’œuvre est une sueur », tatouée sur la cuisse du metteur en scène, ne fut autant à propos. Le cinéaste dut se résoudre à se séparer des multiples scènes tournées avec Jessica Chastain où elle campait une directrice d’un magazine de célébrité, une femme cruelle et extravagante, qui s’employait à briser la carrière d’une jeune star[7]. Le ton satirique qui imprégnait ces séquences n’était pas en cohérence avec l’ensemble ; son personnage « aurait fait du tort au film et lui aurait fait du tort à elle[8] » souligne Dolan d’autant que l’actrice avait décidé de rejoindre le Québécois dans cette aventure contre l’avis de ses agents. Éclipser la prestation de la comédienne fut un choix artistique qu’il a fallu faire accepter aux distributeurs, producteurs…. et qui dépita de nombreux fans du metteur en scène. La postproduction s’éternisant, elle alimenta une cohorte de rumeurs avant la diffusion de la moindre image ; la réputation d’un film « maudit » (attisée par une programmation qui fut plusieurs fois annoncée puis différée[9]) décupla les attentes. Quant à la distribution, elle s’avéra tout aussi capricieuse (dévoilé au Festival international du film de Toronto en septembre 2018 avec un retour de projection peu favorable, ponctué d’appréciations cinglantes, le film pris l’affiche en France au printemps 2019[10] ; le public québécois ne le découvrit que six mois plus tard  et il ne fut pas lancé aux États-Unis[11]).

Dolan ne s’en cache pas, l’épreuve tourna parfois au cauchemar. Mais tout fut inaccoutumé, c’est-à-dire pénible du début jusqu’à la fin… Déjà en 2016, le cinéaste s’épanchait sur « ceux qui ont pris la décision de négliger le temps de préparation[12] … », et reconnu plus tard avoir été confronté à sa propre « ignorance, inexpérience, incompétence [13]». Avec ce nouvel opus, s’extirpant de sa zone de confort, le réalisateur ouvrait un chantier inédit (un saut dans l’inconnu). Écriture à quatre mains avec Jacob Tierney dans la langue de Shakespeare ; tournage sur plusieurs continents, à Montréal et aussi en Europe (en l’occurrence, à Londres et à Prague, en décors réels) ; une distribution anglo-saxonne prestigieuse dont pas moins de trois actrices chevronnées, honorées par un Oscar (Susan Sarandon, Kathy Bates, Natalie Portman) ainsi que la présence de Kit Harington (l’acteur fétiche de Game of Thrones, une série télévisée américaine devenue culte et fidélisant des spectateurs du monde entier[14]) qui tient le rôle-titre[15] ; un budget au montant inhabituel (trente-cinq millions de dollars). Indéniablement, ce changement d’échelle était sans précédent pour le cinéaste. « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?[16] » pensèrent d’aucuns qui sans doute perdirent de vue que Dolan a toujours manifesté un goût très prononcé pour le challenge. Les divers rebondissements de la fabrication de ce film conservent, quoi qu’il en soit, leur part de mystère que seul son auteur lèvera peut-être un jour ; pour l’heure, il pointa seulement qu’il serait « inélégant de citer précisément les gens qui ont posé problème[17] »,  ajoutant : « Il y a des choses que je ne peux pas dire. Je ne peux pas expliquer ce qui s’est mal passé[18] ».

Depuis la sortie du film sur les écrans, la prolixe couverture de presse généraliste et spécialisée nota une œuvre qui serait en deçà des précédentes, la plupart des critiques relevant un moins de poésie, d’émotions, d’exubérance, de fulgurances …. D’autres mirent en avant une mise en scène de la propre vie du réalisateur, son égocentrisme exacerbé, son incapacité à se renouveler[19] ou encore réduisirent ce long métrage à un condensé de sa filmographie antérieure. Un énième procès d’intention[20] auquel Dolan rétorqua en ces termes : « j’ai fais un film avec des cadrages, des couleurs, une musique complètement différentes, et les gens disent que je me répète[21]… » précisant que excepté « des éléments personnels, la ligne du récit est purement imaginaire[22] ». Seuls quelques critiques saluèrent et encensèrent le film : « L’un de ses meilleurs, le plus maîtrisé » peut-on lire sous la plume de Thierry Chèze dans le magazine Première[23] ou encore Jean-Marc Lalanne (Les Inrockuptibles) qui retint « un film subtil, très ouvert, assez mystérieux[24] ».

Le cinéaste a résolument entendu faire un exercice différent sans se départir des préoccupations qui font le substrat de son cinéma avec des histoires d’amour impossibles, son regard nostalgique posé sur l’enfance[25], les questionnements sur l’identité mais qui sont étudiés, cette fois, sous un angle encore jamais exploré, celui de l’orientation sexuelle non assumée, de l’affirmation de la différence chez un enfant (ses refuges, échappatoires et ses modèles inspirants). Quant à la dynamique interpersonnelle mère-fils (thématique récurrente dont il a su faire de l’or dit Susan Sarandon[26]), elle est, ici, abordée sous le prisme de la célébrité et au travers des différentes périodes de l’existence (enfance et âge adulte). « Ma vie avec John F. Donovan » brasse également d’autres pistes de réflexions telles que les affres et les infortunes de la notoriété ; les doutes, la solitude et les contraintes de la vie d’artiste ; la complexité de la recherche de soi ; les ambitions d’enfants que l’on s’efforce d’endiguer ; le snobisme d’une certaine presse et ses dérives…. Ce nouveau film est, en outre, une œuvre engagée qui stigmatise sans ambages le puritanisme d’une industrie hollywoodienne, qui affiche un certain libéralisme, sur ce qui a trait à la diversité des identités sexuelles, tout en veillant religieusement à ne proposer au public que des récits engoncés dans les standards hétéro-normés (où les acteurs ouvertement gays sont exclus de certaines productions ou au mieux confinés dans des rôles subalternes). Parce que Dolan a mêlé habilement à la fiction des ingrédients autobiographiques, puisant dans ses ressentis, émotions, fantasmes d’enfant acteur et d’artiste confronté très tôt à la médiatisation, le film est profondément intimiste.

  • L’ENFANT, L’ACTEUR ET XAVIER DOLAN  

L’ossature du film est bâtie autour d’une correspondance épistolaire et d’une amitié bien peu orthodoxe qui se noue entre un jeune garçon, Rupert Turner (Jacob Tremblay[27]), aspirant acteur et un comédien trentenaire en vogue, John  F. Donovan (Kit Harington). Cette conversation à distance débuta il y a quelques années pour prendre fin en 2006 avec le décès préaturé de John, brisant le cœur de Rupert qui découvrît cette triste information sur un écran de télévision[28]. La narration se présente sous forme d’une longue entrevue de Turner devenu un adulte (interprété par Ben Schnetzer[29]) avec une journaliste du Times ; nous sommes en 2017, il vient de publier un recueil des lettres échangées avec son ami disparu, ouvrant un long flashback qui immerge le spectateur dix années plus tôt dans les milieux respectifs des deux principaux protagonistes (accompagné parfois en voix off -un procédé peu utilisé par le réalisateur jusqu’à présent- par les commentaires et impressions de Turner adulte). C’est un va-et-vient entre deux microcosmes foncièrement différents. Mais, parfois le face-à-face entre l’interviewer et l’interviewé resurgit quelques instants, pour à nouveau basculer dans le passé. Jongler avec ces multiples temporalités confère une atmosphère  résolument romanesque au récit.

Le réalisateur croque le portrait de deux âmes esseulées, hypersensibles qui sont face à un mal-être prégnant. John et Rupert n’appartiennent pas à la même génération et ne résident pas sur le même continent, l’Atlantique les sépare dorénavant. Rien ne devrait les rapprocher sinon que le puîné admire éperdument son aîné qui est le héros d’une série télévisée à succès. Mais l’écolier n’est qu’un fan parmi tant d’autres et son idole paraît bien inaccessible. La première lettre manuscrite qu’il envoya (avant son départ pour la Grande-Bretagne) à John, vite suivie d’une réponse inespérée de l’acteur (rédigée à l’encre lettre), enclencha et tissa une correspondante régulière durant plusieurs années (une missive chaque mois)[30] dont la révélation forcée précipita leur destin (dérobées par un élève, les lettres furent jetées en pâture à la presse après qu’une téméraire tentative de Rupert de remettre la main dessus eut avortée).  Pour ces deux êtres en peine, qui sont en déficit d’écoute et d’affection, souffrant d’être incompris, le geste d’écriture se révéla salvateur et devint un exutoire. Dénuée de tout intérêt, la relation est bienveillante, sincère et confine au lien mystique. L’esthétique du film sert judicieusement le fond avec des plans et des cadres toujours très léchés[31]. C’est une plongée dans l’introspection des différents personnages, d’où une caméra proche des corps avec de multiples plans serrés qui caressent les visages (lesquels sont magnifiés), captant les sourires, les yeux embués de larmes, la retenue, mais également l’indicible, soit un langage corporel lourd de sens. Isoler respectivement le garçon et la star montante dans le cadre (avec souvent une profondeur de champ) traduit avec acuité le poids de leur solitude. La colorimétrie est très soignée, une lumière chaude baigne les foyers respectifs de Donovan et de Turner (enfant). L’œuvre est intemporelle, conjuguant des sujets d’une actualité brûlante avec un passé qui est omniprésent. Les décors, les costumes, les accessoires vintages (tels que le téléphone à clapet[32], le magnétophone à cassette, par ailleurs, difficile à enclencher), les multiples inserts (machine à café, carafe d’eau …) sont autant de détails visuels porteurs d’histoires traversant le temps. Les pièces sonores témoignent également de différents styles et époques (classique[33], pop punk/pop rock[34], morceaux contemporains[35], douce partition instrumentale avec piano et flûte composée par Gabriel Yared). Le film réussi à être universel, il permet à tout à chacun de se retrouver dans les sentiments ou atermoiements des différents protagonistes. Dolan fait des films pour faire un peu la lumière et comprendre certains passages de son existence et dont il espère qu’ils vont intéresser d’autres personne que lui[36].

  1. Rupert : les fantasmes d’un aspirant acteur

Élevé par une mère monoparentale (ses parents se sont séparés tandis qu’il avait deux ans), Rupert,  est un écolier introverti, hyperactif et surtout intellectuellement précoce. Particulièrement éloquent, son langage est soutenu et raffiné avec des répliques subtiles et percutantes ; sa maturité, son assurance et ses certitudes sont surprenantes, des traits qui ne sont pas véritablement de son âge (il n’a que onze ans) et que pourrait lui envier bien des adultes. L’enfant est incontestablement hors normes, une différence qui irrémédiablement le dissocie des autres élèves (il n’a pas d’amis) dont le profil est bien plus ordinaire.  Souvent son esprit vagabonde hors de la salle de classe où il se languit. S’interroge-t-il sur une homosexualité naissante ? Peut-être, mais rien n’indique précisément son attirance pour les garçons. Jugé efféminé, c’est-à-dire hors des codes de la « normalité », ses camarades ne cessent de le dévaloriser (« Comment ça va ma belle ? » ; « Petite fille laide » ; « Petite menteuse ») et de le couvrir d’insultes homophobes de façon à l’humilier et à briser ce qu’ils appréhendent comme de l’arrogance. Mais aux antipodes du clip de la chanson « Collège Boy » (réalisé par Dolan en 2013[37]) où un adolescent devenu souffre-douleur endure sans ciller divers sévices, Rupert, rétorque avec aplomb aux railleries et intimidations sans se laisser aucunement impressionner ; il lutte pour s’affirmer et ne s’apitoie jamais sur son sort tant bien même il est frappé au visage par un élève. Souvent harcelé, il choisit l’indifférence et le mépris (lorsqu’un élève lui promène la main dans les cheveux au moment où il prend son repas à la cantine, il se recoiffe paisiblement sans mot dire). Il déploie la plupart du temps une détermination stupéfiante. Il sait pertinemment qu’il déplaît parce que ses rêves, devenir un acteur et côtoyer des célébrités, ne sont pas partagés par les autres écoliers. Il est désireux de s’extirper de la banalité et de la monotonie de son quotidien. La décision de sa mère de migrer en Grande-Bretagne, l’arracha des plateaux de tournage qu’il commençait à fréquenter, une frustration vécue comme incommensurable … ; il ira jusqu’à fuguer afin de participer à un casting à Londres. Il reçoit le soutien de son institutrice, Madame Kureishi (Amara Karan[38]) qui fait preuve de bienveillance à son égard  (à l’image du professeur d’économie familiale d’Hubert dans « J’ai tué ma mère »). L’enseignante détecte chez Rupert, une créativité, une sensibilité, des dispositions qui l’éloignent du commun ; perspicace et attentionnée, elle se dresse ainsi en rivale de la propre mère du jeune garçon.

Ce qui ne manque pas d’interpeller, c’est l’opiniâtreté avec laquelle Rupert résiste aux incessants quolibets, à l’ostracisme dont il fait l’objet, à la solitude où il s’enferme.  Où puisse t-il une telle énergie ? Comme tous les enfants différents, mis à la marge, il se construit un imaginaire, un monde parallèle, autour d’une série télévisée qu’il idolâtre, s’identifiant au personnage (John) qui est doté de pouvoirs magiques ; sa chambre est d’ailleurs tapissée de posters de son modèle.  À l’aube des années 2000, les séries télévisées américaines prennent une place non négligeable dans le quotidien des enfants, elles exercent une très nette influence sur leur coiffure, habillement et également sur leur comportement[39]. En introduisant, la plupart du temps lors des dernières minutes d’un épisode, un retournement de situation, ou un événement inattendu qui ouvre de nouvelles perspectives, les scénaristes s’emploient ainsi astucieusement à cultiver une attente fébrile chez les fans. Rupert s’inscrit pleinement dans ce processus ; de retour au domicile maternel, sans prendre le temps de déposer son cartable, il se rue devant le petit écran, Sam (sa mère), lui relatant les passages du feuilleton qu’il a ratés. Les images défilant de son héros lui procurent une joie extatique : « Je suis venu au monde pour ça ; je suis sorti de toi pour ça ! » hurle t-il d’exaltation (sous le regard amusé de sa mère). La vedette de sa série préférée est devenue son ami grâce à un échange de lettres continu qui a court depuis plusieurs années ; un secret qu’il a longtemps conservé jalousement à l’insu de Sam.  Ce lien épistolaire favorise l’immersion de Rupert dans une galaxie, qu’il convoite avec avidité, mais inaccessible aux communs des mortels, élargissant son horizon ; les multiples plans aériens diurnes ou nocturnes de New York semblent évoquer le voyage mental du garçon qui, à la manière des super-héros dotés de pouvoirs inégalables, se propulse à la vitesse de l’éclair d’un espace à un autre. John constitue sa référence de réussite et nourrit ses fantasmes, il éclaire son existence qu’il perçoit comme fade et peu reluisante ; c’est la source de sa résilience lui permettant de surmonter toutes les vexations et affronts. C’est aussi pour Rupert une occurrence fabuleuse pour rencontrer à terme son idole et réaliser ce qui lui tient le plus à cœur, c’est à dire jouer à ses côtés.  Peu d’éléments transpirent concernant la teneur des confessions reçues (hormis la dernière lettre) ; on se risque à avancer que  le jeune épistolier (à l’instar de Liz dans la série Roswell qui transcrit scrupuleusement dans son journal intime toutes les épreuves qu’elle traverse) doit relater l’état de ses relations tendues avec sa génitrice, le rejet et les insultes essuyés à l’école, son sentiment d’exclusion. Quant à John, on sait qu’il retrace la rencontre avec sa femme, les tournages, conférences de presse et premières de ses films, ainsi probablement que ses déchirements, déceptions et mensonges parce qu’il y a toujours des choses que l’on ne peut confier qu’à un inconnu. Lorsque Rupert rapporte, dans le cadre d’un exposé devant sa classe, sa correspondance avec John, il est allégrement brocardé, l’enseignante elle-même doutant sérieusement de la véracité de ses assertions. Le fait de ne pas prendre en considération le propos des enfants apparaît également dans une courte séquence où Cédric (l’écolier qui importune, Rupert, sans répit) ne parvient pas à attirer l’attention de son père qui  ne  le prend aucunement en compte.

  1. John Donovan : le tiraillement entre l’être et le paraître

Durant sa prime jeunesse, John fut un athlète (hockeyeur) accompli avec des exploits à son actif ;   mais tout ne fut si simple, il se battait à l’école, et il dut consulter un psychologue.  Si le diagnostic et  la pathologie ne sont pas connus, on subodore  une fragilité d’origine psychique puisqu’il est toujours sous médication. Il  est devenu, à l’aube de la trentaine, ce qu’il rêvait d’être, un acteur, désormais en pleine ascension. Le personnage qu’il campe dans une série télévisée (Hellsome Hight) lui permet d’accéder à un début de notoriété. Il est déjà adulé comme une célébrité[40], attendu par des admirateurs hystériques, et se prête allégrement aux exigences du vedettariat sous les spots, strass et paillettes en enchaînant les séances photos (où il pose devant les caméras avec un sourire étincelant) ne rechignant pas à signer des autographes. À l’instar de son succès qui prend rapidement de l’ampleur, les scènes se succèdent à un rythme accéléré avec des morceaux sonores appuyés. Tout semble se dérouler pour le mieux pour ce jeune artiste qui est sérieusement pressenti pour rejoindre la distribution d’un film de Disney dans un rôle de super-héros ; une opportunité qui ne peut que galvaniser sa carrière. Soucieux de préserver son image de coqueluche du petit écran, il s’exhibe en compagnie d’Amy Bosworth, une jeune actrice et amie d’enfance (incarnée par Emily Hampshire[41]) ; le couple glamour qu’ils forment est cependant factice. Il n’est en rien concordant avec les pulsions et désirs profonds de John qui refoule son homosexualité, une posture qui le ronge, accablé par une spontanéité qu’il doit sans cesse contenir. Empêtré dans les non-dits[42], l’astuce consista à épouser Emily qui lui sert ainsi de faire-valoir. L’acteur s’acharne à soigner et à entretenir cette apparence « en trompe l’œil », devenant peu à peu captif de cette image de sexe symbole hétérosexuel. Lorsqu’il se meut sur le plateau, son aisance est nettement perceptible, il est affable et plutôt enjoué (du moins avant que n’éclate le scandale) ; en dehors, les multiples plans rapprochés de son visage dessine un regard triste qui est dirigé vers le hors champ comme fuyant vers un ailleurs. Donovan est ainsi englué dans le jeu presque en permanence, son existence est une mascarade, un bal de dupes ; faire fi de son identité sexuelle, anesthésier ses sentiments, s’interdire d’aimer et de vivre une histoire d’amour génèrent la perte d’estime de soi, terreau d’infinis traumatismes. Traversant des phases de dépression (souffrant d’un problème d’acouphènes qui est peut-être lié à sa profonde mélancolie[43]), enfermé dans le déni, il est manifestement de plus en plus las, laminé par cette vie de faux-semblant (selon Kit Harington, « c’est un gars seul abimé de l’intérieur »[44]). Il est dans l’incapacité d’effectuer des choix de vie[45]. Toutefois, durant un bref instant, lorsqu’il entonne à tue-tête au volant de sa voiture les paroles de Jesus of Suburbia[46] de Green Day, transparaît une volonté de s’émanciper et d’outrepasser toutes ses anxiétés.

John subit une solitude sociale ; s’il est adulé, entouré et suivi par des milliers d’aficionados, peu de personnes peuvent prétendre le connaître véritablement. Sans amis, les moments où il se retrouve face à lui-même ne sont guère réjouissants. Le décalage entre sphère publique et sphère privée prend des proportions abyssales. Les rares fois où il se déleste de son masque, c’est lorsqu’il retrouve (sous forme d’un rituel dans un garage) son frère James (Jared Keeso[47]) qui l’accepte comme il est et, à qui il confie volontiers sa vie personnelle. Une complicité tendre et joyeuse lie les deux hommes laquelle n’est d’ailleurs pas dénuée d’une pointe de jalousie de James, qui paraît d’ailleurs un peu niais[48], ne possédant ni le charisme ni le panache de son cadet (une belle affinité unit également les deux frères dans la séquence euphorique et ludique du bain moussant[49]). C’est dans une discothèque que John se libère où totalement désinhibé et enfiévré (sous les néons d’un bleu métallique), il fait tomber la chemise dans des soirées nocturnes très alcoolisées accompagnées de paradis artificiels et rythmées par « Sulk » de TR/ST[50], une musique électronique envoûtante. C’est une pause, une respiration dans un parcours sous chape de plomb. Il finit par s’abandonner véritablement dans les bras de Will Jefford Jr. (Chris Zylka[51]), un homme délicat, affectueux et courtois au physique avantageux qui paraît l’apprécier sincèrement.  Moment fugace nimbé de sensualité où Donovan est en harmonie avec lui-même s’adonnant à des caresses et à une longue étreinte avec son amant pour néanmoins, le repousser un peu plus tard, en lui assénant (tandis qu’ils se retrouvent tous les deux dans l’habitacle d’une voiture) : « Je ne peux pas me le permettre ». Il est taraudé par l’idée que le rôle qu’il convoite puisse lui échapper si certaines brides de sa vie personnelle étaient mises en lumière, ce qui ruinerait tout ce qu’il s’est éreinté à construire. La célébrité n’a de cesse de tourmenter John, le moindre geste (déplacement ou exposition) d’une vedette est épié et scruté (en introduisant Will sur le plateau et en s’affichant en sa compagnie, il a pris un risque certain) ; les relations avec l’entourage sont également altérées. C’est une source permanente de tracas qui accroît la fragilité et la vulnérabilité de John qui, par ailleurs, est dubitatif sur la légitimité de sa récente notoriété et s’interroge : ne prend-il pas la place d’un autre ?

  1. Rupert et John : fragments de vie de Xavier Dolan

Dans sa filmographie, Dolan peint avec finesse et profondeur les portraits des principaux protagonistes de ses récits, lesquels coexistent avec une facette plus ou moins accentuée de lui-même. Dans « Ma vie avec John F. Donovan » Xavier raconte et se raconte,  il se livre sûrement plus que de coutume (hormis l’œuvre fondatrice, « J’ai tué ma mère », dont la filiation est ici patente) et se glisse derrière les personnages jusqu’à se ronger les ongles dans une séquence (une manie qui affecte le réalisateur et qui est liée à son état de stress récurrent). C’est dans l’écolier qu’il se retrouve le plus aisément, parce qu’il a été cet enfant qui écrivait aux artistes qu’il admirait éperdument (des lettres sans retour comme une bouteille jetée à la mer) et exprimait sans ambages ses ambitions auxquelles il n’a cessé de s’accrocher. Adolescent, il était comme obnubilé par les sitcoms américaines fantastiques qui évoquent le quotidien de lycéens (comme « Buffy contre les vampires » ; « Charmed » ; « Roswell[52] »), brûlant plus que tout de se mêler aux comédiens,  de leur donner la réplique, d’investir cet univers[53]. Si tous ces récits le ravissaient, il en mesurait néanmoins pertinemment les limites ne trouvant pas les réponses à ses préoccupations intimes (avec la prise de conscience que ses attirances sexuelles n’étaient pas celles de la plupart des autres) dans des histoires à dominante hétéro-normée. De nombreuses séquences de son nouvel opus sont parsemées de citations issues des comédies populaires américaines des années quatre-vingt-dix (« Titanic[54] », « Jumanji[55] », « Madame Doubfire », la saga « Harry Potter[56] », « Maman, j’ai raté l’avion » avec l’acteur Macauley Culkin qui campe Kevin McCallister), soit autant d’évocations attrayantes destinées aux initiés, c’est-à-dire aux milléniums (la génération née entre 1980 et 1999) qui ont vibré autour des mêmes longs métrages. Le réalisateur s’est toujours imprégné des codes narratifs du cinéma hollywoodien qui baigna toute son enfance ; s’il convient que ces derniers ne sont pas ceux que le public considère comme les plus sophistiqués, ce sont néanmoins ceux qui l’émeuvent[57] et il ne voulait pas les éviter[58]. Le paradoxe tient à ce que Dolan rend hommage au cinéma mainstream américain pendant  que ses productions sont ignorées aux États-Unis.

Les jeunes années du Montréalais ne sont aucunement similaires en tous points avec celles de Rupert puisqu’il a été placé dès l’âge de huit ans dans un pensionnat où il a peut-être été bousculé pas ses camarades, mais où il affirme surtout avoir rejoint la meute d’enfants cruels en intimidant les autres à son tour afin d’éviter de l’être. Dolan transparaît également dans John (le metteur en scène indiqua surtout s’identifier à ce dernier dans les scènes plus intimes chez sa mère[59]). A l’égal de Donovan, il fut aussi cet artiste catapulté précipitamment dans le show-biz si bien qu’il sait pertinemment que l’accès à la notoriété influe et bouleverse les rapports avec les autres, génère son lot de flatteries, de dithyrambes, et autant de courtisans, d’opportunistes aux aguets.  Il constate que « Les gens qui veulent te voir, tu ne sais pas ce qu’ils veulent …. Leurs regards changent », et circonspect, il s’interroge sur la sincérité qu’il convient de donner aux mots aimables et aux visages souriants.  Par ailleurs, comme John, il endura la solitude[60] et fut perclus d’incertitudes se percevant parfois comme un imposteur. C’est un sentiment qui semble n’avoir jamais quitté le cinéaste lequel tenait ses propos en octobre 2019 : « Je me sens toujours pas légitime, je me sens pas prêt à écrire des livres où à animer des master-class … J’ai encore tellement de doutes sur comment faire les choses[61] ». Mais son vécu est aussi aux antipodes de celui de Donovan. Franc et intègre, Xavier a choisi d’assumer pleinement son identité,  avouant que lorsqu’il avait vingt ans, il a « voulu être quelqu’un d’autre, un autre artiste, un autre humain et puis rapidement il est revenu à la source, il a cessé d’avoir peur d’affirmer qui il était[62] ».  John Donovan est finalement l’homme qu’il n’est pas devenu. Le cinéaste se projette aussi dans Rupert devenu un acteur et un écrivain qui, face à l’indifférence d’une correspondante de presse qui méprise allégrement (du moins dans un premier temps) son récit, prêche avec fougue et désinvolture de l’intérêt de son histoire. Dolan ne s’est d’ailleurs jamais abstenu de répliquer avec mordant et malice aux journalistes qui laissèrent entendre, comme une sempiternelle ritournelle, que son cinéma était essentiellement autocentré, futile, dénué de fond politique ; quant à la mutilation et la manipulation de ses déclarations par les médias, elles ont  toujours eu le don de l’horripiler)

2) HOLLYWOOD : UNE INDUSTRIE QUI ACCULE AU DÉNI  DE SOI

Dolan met en relief ce que les films de divertissement des années quatre-vingt-dix n’abordaient aucunement, c’est-à-dire les questionnements sur l’identité sexuelle, en l’occurrence, l’histoire d’un artiste gay contraint de renoncer à être lui-même (enferré dans les artifices) pour espérer se faire un nom à Hollywood. Suite aux indiscrétions de la presse, on assiste à la chute progressive de Donovan qui est voué aux gémonies ; le réalisateur montre, par ailleurs, la violence des médias qui dépourvus de tout scrupule n’hésitent pas à colporter avec complaisance des faits sur la vie intime des vedettes en sachant pertinemment que leur divulgation contribuera à saper une réputation et une carrière. Quant aux réseaux sociaux, ils participent allégrement au processus de dénigrement en amplifiant immodérément les informations dévoilées, nourrissant l’hallali[63]. Sur le plateau, l’ambiance s’est inversée (avec une atmosphère et des références explicites à « Magnolia » de Paul Thomas Anderson), les sarcasmes se répandent sur la double vie et l’orientation sexuelle de John, des regards lourds de suspicion, des sous-entendus nauséabonds vis-à-vis de sa correspondance avec un jeune garçon. En amont d’un tournage, les jugements à l’emporte-pièce d’un technicien qui multiplie les remarques allusives portant sur ses mœurs homosexuelles irritent fortement l’acteur ; son exaspération trop longtemps contenue (corollaire de son impuissance à agir sur les événements) est à son comble et explose, une parenthèse de rage, durant laquelle Donovan couvre de coups son détracteur (semant la consternation parmi les témoins du pugilat). John manifestera une furie similaire lors d’un repas familial en écrasant son poing contre un mur, une forme d’automutilation[64].

Donovan fut contraint au mensonge, niant dans une interview télévisée l’échange de lettres (un déni qui affligea profondément le jeune garçon). Son agent, une femme indépendante, au caractère bien trempé, l’abandonne, le sacrifiant sur l’autel des valeurs de la sincérité : « Je ne suis pas une menteuse ! » ; elle ne veut plus l’accompagner. Will (son amoureux) a choisi de vivre une relation saine et épanouissante, au grand jour, et refuse de camoufler ses sentiments. Puis le rêve tel un château de cartes s’effondre, c’est un SMS qui l’informe que le rôle tant escompté échoit à un autre. Quant au personnage qu’il incarnait dans cette série populaire et qui l’avait placé sous les feux de la rampe, il est mis en sommeil par les scénaristes. José-Louis Bocquet met judicieusement en exergue que « Le show-biz est une valse à trois temps : on lèche, on lâche, on lynche [65]». La vie de John s’achève tragiquement, son trépas est entouré de mystères et d’incertitudes (illustré, au niveau formel, par l’usage du flou progressif lorsque Amy pénètre dans l’appartement et découvre son corps inanimé). La pression médiatique a-t-elle eu raison de l’acteur en l’acculant à mettre fin à ses jours ? Ou bien ce dernier a t-il succombé à une consommation inappropriée de somnifères ou de diverses substances sans autre intention que de sombrer dans un sommeil réparateur ? La dernière lettre envoyée à Rupert semble pencher pour cette dernière hypothèse puisqu’il y mentionne son besoin de dormir ainsi que son désir de refaire bientôt surface.  La scène avec le vieil homme sage dans la cuisine[66] qui rassérène John (désormais déchu, en plein spleen, se demandant s’il n’a pas ravi la vedette à d’autres) en usant de cet apophtegme : « Comment pourriez-vous avoir volé une place qui a été créée juste pour vous ? » est peut-être la manifestation d’une vision onirique, avec une voix intérieure, intimant à Donovan de ne rien abandonner, ferment d’une potentielle renaissance. Suicide ou overdose, les deux lectures demeurent plausibles.

John apparaît incontestablement comme la victime des diktats des grands studios qui incitent les acteurs à mettre sous le boisseau leur vie personnelle si elle n’est pas en conformité avec  un style hétéro-normé.  Jamais un rôle de film de super héros (véhiculant des valeurs de virilité) ne fut confié à un acteur assumant publiquement son homosexualité. On présuppose que le public bouderait un tel film, du moins les spectateurs les plus traditionnalistes, qui sont largement dominants ; la préoccupation des majors d’Hollywood consiste à ménager avant tout leurs marges bénéficiaires.  Dans une entrevue, Kit Harington soulevait cette difficulté à accepter l’idée « que la masculinité et l’homosexualité ne pourraient pas aller de pair » ; le comédien affirmait ne pas comprendre pourquoi il serait impossible d’avoir un acteur dans un film Marwel qui soit gay dans la vraie vie et qui joue un super-héros[67]. Xavier (dont la filmographie a toujours secrété des messages de tolérance) fustige la posture des studios qui consiste à tenir un discours progressiste et Gay-friendly tout en préconisant simultanément à leurs acteurs LGBT de s’enfermer dans le non-dit. Lors d’un entretien, le réalisateur indiqua qu’un grand producteur américain lui fit remarquer que son scénario était irréaliste parce qu’une célébrité peut allégrement sans crainte pour son avenir professionnel afficher son homosexualité et, de citer en exemple, des acteurs tous unis à des femmes avec des enfants dont seuls les gens du métier connaissent leur véritables penchants ou orientation sexuelles[68]. Des allégations qui démontrent que Dolan n’a aucunement exposé une vision anachronique du « star-system », et confirme l’hypocrisie affligeante et les discriminations qui ont cours à Hollywood (la visibilité récente que l’industrie cinématographique donne aux ethnies, aux femmes et aux minorités sexuelles est un leurre, elle est guidée par l’opportunisme, « c’est une façon artificielle d’obtenir la paix » estime le metteur en scène[69]). Si Chris Evans (qui interprète le personnage  « Captain America » dans l’univers cinématographique Marwel) déambulait sur le tapis rouge au bras d’un amant, cela provoquerait un séisme chez Disney relève Dolan[70] qui déplore que « pour plaire à une vaste majorité on doit se conduire d’une certaine façon et d’être d’une certaine orientation[71] ». L’acteur américain Richard Chamberlain déclarait en 2010, qu’il ne conseillerait pas à un acteur homosexuel de lever le voile sur son inclination sexuelle, « en dépit de toutes les avancées, il est toujours dangereux pour un comédien de parler de ce sujet dans notre culture[72] ». Le britannique, Rupert Everett, confia avoir été écarté de plusieurs rôles à Hollywood parce qu’il était gay[73].

La charge la plus radicale à l’encontre de la politique des studios émane des propos de Rupert (adulte) qui blâme : « une industrie si effrayée de perdre un public qu’elle juge ignorant et obtus, qu’elle le maintient dans cet état depuis des décennies ». Un message qui met en relief l’impératif devoir de combattre cet aveuglement en expliquant et en montrant à l’écran, qu’il n’existe pas une norme unique, que la différence existe. C’est ce défaut d’audace d’Hollywood qui est tenu pour insupportable, comme si de nos jours, les spectateurs méconnaissaient la multiplicité  des identités sexuelles ; les studios par la voix de Kevin Feige ont néanmoins fait part de leur intention d’y remédier en recrutant un interprète ouvertement homosexuel pour la production du prochain Marwel (Les Eternels[74]). Parce qu’il est primordial que les adolescents gays puissent être en mesure de se reconnaître dans une personnalité LGBT qui s’affirme comme telle ; cette démarche peut s’avérer un précieux soutien pour tous ceux qui éprouvent un embarra à s’accepter et qui aspirent voir la vie autrement. Mais pour un artiste conjuguer vie personnelle et vie professionnelle avec honnêteté requiert une certaine hardiesse, il faut avoir un réel sens du sacrifice parce que souligne Dolan « en assumant sa sexualité est-ce qu’on ne définit pas d’entrée de jeu la carrière qui peut s’offrir à nous ?[75] ». Le réalisateur considère qu’une personnalité médiatique ne peut porter sur ses épaules le fardeau d’inspirer une génération et, au nom de ce geste, compromettre sa carrière et ses rêves. Il dit comprendre tous ceux qui préfèrent vivre dans l’ombre et dire, par exemple qu’ils veulent protéger leur vie privée[76].

3) LES MÈRES ET L’ENTOURAGE FACE Á LA CÉLÉBRITÉ

Seules, sans conjoint, Grace et Sam, les mères respectives de John et de Rupert sont des femmes possessives, castratrices et apparaissent souvent dépassées avec leurs fêlures et leurs maladresses. Mais elles manifestent un amour dévorant pour leur progéniture. Les conflits entre les fils et leurs génitrices sont vifs, jamais dans la demi-mesure. Lorsqu’ils résidaient aux Etats-Unis, les liens entre Sam et son rejeton étaient fusionnels (un attachement réciproque symbolisé pour chacun d’eux par le port d’un collier qui arbore la première lettre du prénom de l’autre) ; après leur installation en banlieue de Londres, les relations se sont progressivement détériorées. Le garçon voit peu son père qui n’a guère de temps à lui consacrer[77]. La mère de Rupert a fréquenté le milieu du « septième art » sans toutefois parvenir à y faire carrière. Elle s’emploie, depuis son renoncement, à faire le deuil de ses illusions, et réfrène les ardeurs de son fils, en mettant à mal ses desseins artistiques : « redescends sur terre » (une expression maintes fois rabâchée au réalisateur lorsqu’il était enfant[78]) et jusqu’à entraver ses désirs en lui défendant de se rendre à Londres pour se présenter à une audition. Elle réprouva, lorsqu’elle en prit connaissance, la correspondance entre John et Rupert qu’elle jaugea malsaine (n’hésitant pas à intercepter la missive que son fils attendait avec fébrilité lorsqu’ils étaient à New York, quelques heures avant l’annonce de la disparition de John, que le garçon escomptait enfin rencontrer). Sam tient avant tout à protéger son enfant d’un monde qu’elle considère comme impitoyable ; mais Rupert est persuadé qu’il s’agit, bien au contraire, d’une planète féérique, il idéalise totalement ce milieu où il veut évoluer. Mère et fils ne se comprennent plus et deviennent de plus en plus étrangers l’un envers l’autre.  Rupert peut parfois tenir un discours féroce envers sa génitrice face à ce qu’elle a remisé ; c’est avec sagacité qu’il perce ses failles, réussissant à la déstabiliser. Il l’a sermonne vertement déversant toute son acrimonie avec un regard d’un désespoir immense : « tes rêves minables, ta petitesse » (une proximité de propos avec ceux d’Hubert, un adolescent de seize ans, dans « J’ai tué ma mère » qui sans ménagement malmenait Chantal, sa mère, fulminant contre son défaut d’ambition). Mais lorsque le vernis craquèle, Rupert, exprime une affection profonde envers Sam qui est son héroïne : « Il n’y a pas de personne que je connaisse mieux et que j’admire davantage que ma mère ». Sam et Rupert vont se retrouver sous la pluie à Londres dans une scène bercée par les paroles évocatrices de « Stand By Me » (Reste Contre Moi[79]) par Florence and the Machine que d’aucuns tiennent pour dégoulinante de pathos, alors que d’autres furent ravis par cette soudaine suspension du temps, comme un moment de grâce infini.

La mère de John est très affectueuse mais également étouffante, accaparant la parole, posant les questions et fournissant les réponses. La communication entre Grace et son fils est difficile et s’apparente à un dialogue de sourds ; elle lui reproche son snobisme (il est le seul dit-elle à ne pas apprécier son bœuf bourguignon et son café) et ne cesse de le dévaloriser. À en croire Susan Sarandon qui interprète le personnage, « elle n’a pas confiance en elle et elle a l’impression que son fils pense qu’elle n’est pas assez bien »[80]. Mais Grace entrevoit que John n’est pas en paix, pas vraiment authentique ni sincère dans sa vie, elle devine un malaise dans sa façon de vivre[81] (elle lit d’ailleurs  scrupuleusement tous les articles de presse se rapportant à son fils ainsi que la moindre de ses déclarations[82]). Quant à John, il est agacé par le peu d’écoute de sa mère ; il supporte, en outre, de plus en plus difficilement la quantité exagérée d’alcool qu’elle ingurgite (frôlant l’état d’ébriété) ; il en éprouve un sentiment de honte mêlé à du ressentiment. Au sein de sa famille, on semble bien plus se soucier du déroulement de sa carrière que de son bien-être, hormis Faith, sa tante, qui compréhensive lui procure un peu de réconfort (avec une main posée chaleureusement sur son épaule) après un moment de tension. John est peu disert, il est plutôt dans la retenue et demeure silencieux sur sa vie intime. La célébrité crée, de toute façon, une distance avec les proches. Les artistes ne sont pas des gens ordinaires ; ils appréhendent de répandre leurs doutes artistiques, leur soif de réussite ou leurs peurs de l’échec parce qu’ils craignent, plus que tout, l’incompréhension d’où la solitude et le mutisme dans lesquels ils se murent parfois. John n’y échappe pas et afin d’amoindrir cette souffrance, il passe des nuits dans les chambres d’hôtel ; la solitude y est rendue plus supportable parce que d’autres personnes vivent un état d’isolement similaire. Mais la famille apparaît aussi comme un cocon protecteur où il est bon de se refugier pour retrouver la chaleur et la tendresse du sein maternel. Lorsqu’il émet le souhait de dormir au domicile parental, Grace lui souffle : « Ah chéri tu peux rester pour le reste de ta vie  » accompagné d’un émouvant et magnifique clin d’œil, témoignage de l’amour profond et viscéral d’une mère pour son fils. La scène dans la salle de bain renoue avec les réminiscences de l’enfance et de ses jeux (épeler les mots ardus du dictionnaire en indiquant leur signification,  en l’occurrence,  le  vocable « préprandial [83]»). Nostalgie d’un eldorado à jamais perdu, mais qu’il est toujours plaisant de se remémorer sur les paroles suggestives de la chanson « Hanging By A Moment » par Lifehouse (reflet de l’état d’âme de John) qui sont entonnées par les deux frères (sous le regard ravi et attendri de Grace) : « Desperate for changing (Désespéré pour changer)

Starving for truth (Affamé de vérité)

Closer to where I started (Plus près d’où j’ai commencé)

Chasing after you (A te courir après)

Chorus (Refrain): I’m falling even more in love with you (Je tombe encore davantage amoureux de toi)

Letting go of I’ve held on to (J’abandonne tout ce que à quoi je tenais)

I’m standing here until you make me move (Je reste ici jusqu’à ce que tu me fasses bouger)

I’m hanging by a moment here with you » (Je me raccroche à un instant ici ave toi) ».

4) SURVIVRE Á LA CONFORMITÉ

L’entrevue entre Rupert et la journaliste qui se déroule à Prague en 2017 (avec des scènes d’une rare élégance tournées au célèbre Café de Paris, fleuron de l’art nouveau) apparaît comme une tranche de vie se juxtaposant aux deux autres récits. La reporter du Times, Audrey Newhouse (Thandie Newtow[84]), qui couvre habituellement les conflits armés (elle revient d’lslamabad pour repartir prochainement au Nigeria) est bien peu disposée à entendre les jérémiades d’un jeune acteur retraçant dans un livre (dédié à sa mère), les bavardages avec une starlette du petit écran, dix années auparavant ; un tel contenu lui paraît totalement insipide, puéril et trivial. C’est une perte de temps qu’elle juge inutile d’autant qu’elle est plutôt empressée d’attraper son vol pour Paris. C’est habité par un profond dédain qu’elle consentira néanmoins à ce tête-à-tête tout en ne se privant pas d’ironiser sur le peu d’intérêt des petites blessures intimes de Donovan face aux détresses du monde. L’échange est dans un premier temps tendu, chacun s’arc-boutant sur des idées préconçues et des a priori. Puis, les deux protagonistes vont progressivement s’apprivoiser.

Audrey semble exprimer la voix de l’opinion générale par le scepticisme dont elle fait preuve envers cette histoire si singulière. Elle finira cependant, peu à peu, par prêter une oreille attentive au discours de Rupert qui n’est aucunement désireux de mener une opération de marketing autour de son ouvrage ou de sa carrière, mais s’applique simplement à restaurer la vraie image de Donovan ; un leitmotiv qui entre en résonnance avec la citation du philosophe américain, Henry David Thoreau, insérée dans le prélude du film : « Plutôt que l’amour, l’argent, que la gloire, donnez-moi la vérité[85] ». C’est animé d’une forte conviction, parce qu’il ne s’agit pas de problématiques secondaires, que le jeune homme rappelle à son interlocutrice que les discriminations de tout ordre, les identités sexuelles piétinées, les rêves réduits à néant, les préjugés tenaces[86] accablent les hommes et les femmes issus de tous les milieux sociaux et sur tous les continents ; un plaidoyer qui fait aussi écho à nos sociétés de plus en plus corsetées par le conformisme et l’uniformisation. Pourfendre l’intolérance qui gangrène le monde est une lutte de tous les instants et une affaire de tous, personne n’en a le monopole, « être privilégié ne détermine pas ce que l’on peut dire » excipe Rupert. Ce dernier apparaît comme le porte-parole du réalisateur qui, dans ses combats, s’est toujours échiné à vilipender ceux qui ostracisent la différence laquelle est selon lui une bénédiction qui permet de se soustraire à la ressemblance collective. C’est seulement par l’éducation que l’on peut s’attaquer au sectarisme, au racisme, à l’homophobie et faire évoluer les mentalités. Si Rupert sait bien « qu’il n’a pas rebâti Alep », il veut ni plus ni moins attirer l’attention de la journaliste sur le fait que le parcours de Donovan fut, pour l’enfant qu’il fut, une véritable leçon de vie, en ce sens qu’il y a un chemin et des erreurs à ne pas suivre, quitte à renoncer à certaines opportunités de carrière. « Être soi-même » est, d’après le réalisateur, la seule façon de survivre au manque d’aspérité de la société[87] (ajoutant qu’il est dommage de dire à quelqu’un qui ne se comprend pas ou qui n’est pas compris qu’il doit devenir comme les autres). Ce concept est mis en exergue tout au long du film. Ainsi Rupert dans le cadre d’un exposé, devant ses camarades de classe, introduit une citation du romancier américain Gore Vidal[88] : « Le style, c’est savoir qui l’on est », un aphorisme qui est reproduit en grosses lettres sur une affiche épinglée dans la chambre de l’écolier. Puis, c’est également le conseil que Grace suggère à John lorsqu’il est dans son bain : « Tu n’as qu’à être toi-même ! ».  Par ailleurs, figurait dans l’une des différentes versions de l’introduction du film (qui n’a pas été retenue par Dolan après moult hésitations[89]) une référence à une œuvre littéraire : « Lettres à un jeune poète[90] ». Dans ce recueil de courriers rédigés au début du XX  ͤsiècle (et publié en 1929), le poète Rainer Maria Rilke s’adresse au jeune cadet militaire, Franz Xaver Kappus, qui l’avait sollicité en lui envoyant ses premiers essais poétiques tout en lui faisant part de son incrédulité concernant sa vocation[91]. Rilke distilla durant cinq années à son correspondant d’inestimables et subtiles réflexions (véritable « guide spirituel »). Parmi celles-ci : l’indispensable nécessité de puiser en soi (« Rentrez en vous-même ») au plus profond les choix d’existence ; l’acceptation de ce que l’on est véritablement, soulignant que ce processus de connaissance critique de soi, qui est une exigence permanente, s’avère une tâche extrêmement laborieuse. C’est Michael Gambon qui assurait la narration de ce prologue : « De sa voix caverneuse et alors que des feuilles de papier volent autour de la caméra, il avertit le spectateur de la versatilité de l’histoire à laquelle il va assister et de celle de nos souvenirs (….). Il finit par exprimer la volonté de contextualiser son histoire dans l’Histoire (….). On bascule alors dans un film historique encapsulé, une séquence qui narre le début de la correspondance entre Rainer Maria Rilke et Franz Xaver Kappus[92] ».  A noter que dans le making-of du film (inséré dans les suppléments du Blu-ray) fut glissé un extrait de quelques secondes qui évoque l’origine de ce lien épistolaire (« entre un homme à l’aube de sa vie et un autre approchant de la fin de la sienne » indique la voix off ; ce qui est une liberté prise avec le vécu des deux hommes, puisque leur écart d’âge n’était que de sept ans) censé se dérouler à Vienne et à Paris au début du XX  ͤsiècle  (avec des décors et costumes raffinés).

Le film se clôt sur une note optimiste, véritable rupture, avec les dénouements empreints de noirceur des œuvres précédentes du cinéaste. C’est l’espoir, ici, qui submerge avec les dernières images où Rupert devenu un acteur épanoui et son amant (à la chevelure blonde et arborant des lunettes de soleil) prennent gaiement le large sur une moto. Précieux hommage à River Phoenix et à Keanu Reeves dans « My Own Private Idaho[93] » (où les deux garçons épris de liberté étaient dans une posture identique et également démunis de gants et de casques) et, sur le plan musical, à « Sexe Intentions[94] » avec la reprise de « Bitter Sweet Symphony [95]» (Symphonie Aigre Douce) de The Verve qui accompagne la séquence donnant à voir, un saisissant souffle de vie à l’image du réalisateur qui à « la passion des gens qui savent qu’ils vont mourir[96] ».

 Conclusion :

Le souhait du metteur en scène fut de réaliser un long métrage à la veine plus commerciale que de coutume en ouvrant ses thématiques, plus particulièrement, la question centrale de la construction identitaire, à un plus large public, avec le désir non dissimulé de conquérir le marché anglo-saxon. « C’est un film conçu pour plaire aux gens, pour les faire rire et pleurer, et pour les faire réfléchir, mais pas trop [97]» avoue Dolan. Il n’a peut-être pas réussi ce pari ; aux États-Unis, « Ma vie avec John F. Donovan » n’a pas été distribué dans les salles obscures, en France, il rassembla 338,000 spectateurs soit trois moins que « Mommy » ou « Juste la fin du monde ». L’œuvre a incontestablement souffert de commentaires souvent réducteurs (assortis de conclusions parfois hâtives et suffisantes). Si elle semble déjà, injustement, un peu trop vite oubliée comme un empressement à tourner une page qui serait peu mémorable ; il serait incongru de la mésestimer tant elle rayonne de sincérité et de délicatesse. « Je n’essaie pas d’être quelqu’un que je ne suis pas simplement pour plaire à ceux qui n’aiment pas ma démesure ou mes exagérations[98] » dit Dolan. On saura toujours gré au réalisateur de nous offrir des films qui débordent de bouffées romanesques et de pétillantes bulles de poésie.

[1] Marie Desjardins, Romancière et éditrice québécoise.

[2] Lettres à un jeune poète (Lettre 1, 17 février 1903), Les Cahiers Rouges, Édotions Bernard Grasset, février 2016.

[3]  Nicolas Boileau. L’Art poétique (1674).

[4] C’est le sentiment exprimé par Kit Harington, Marc-André Lussier, mi.lapresse.ca, 15 août 2019.

[5] Jean-Pierre Berthomé et François Thomas. « En finira-t-on jamais avec Welles ? », Positif, n°657, novembre 2015, p. 101.

[6] « Entretien avec Xavier Dolan », Les Inrockuptibles, n° 1246, 16 octobre 2019. Le réalisateur Mathieu Denis participa au montage.

[7] L’actrice apparaît dans une scène coupée (intitulée « Arrestation de John ») qui est insérée dans les suppléments du DVD et du Blu-ray du film.

[8] Sofilm, n °73, septembre 2019.

[9] Le film fut annoncé au Festival international du film de Toronto (TIFF) en septembre 2017, mais il n’était finalement pas prêt. L’œuvre fut visionnée à Cannes en vue de sa sélection au printemps 2018, elle est néanmoins repartie au montage selon le désir du cinéaste.

[10] C’est la société française de production et distribution « Mars Films » qui diffusa « Ma vie avec John F. Donovan » dans l’hexagone puisqu’elle avait acheté le film sur scénario avant sa présentation à Toronto.

[11] Le distributeur québécois (Séville international) qui détient les droits de ventes internationales du long métrage n’est pas parvenu à conclure une entente avec un distributeur américain.

[12] Stéphane Delorme. « La recherche du temps perdu », entretien avec Xavier Dolan, Cahiers du cinéma, n°725, septembre 2016.

[13]  Louis Guichard. « Entretien avec Xavier Dolan », Télérama, n°3607, 2-8 mars 2019.

[14] La série fut diffusée dans 173 pays.

[15] En incarnant John F. Donovan, le comédien britannique s’extirpa du personnage de Jon Snow (un rôle un peu lisse et sans beaucoup de relief),  révélant l’étendue de la palette de son jeu.

[16]  Molière, Les Fourberies de Scapin, acte II, scène 7.

[17] Louis Guichard. op. cit.

[18] Les Inrockuptibles, n°1246, op. cit.

[19] A titre d’exemples : « Dolan se recroqueville une nouvelle fois sur ses thèmes fétiches et témoigne d’un désir de régression pleinement assumée, une régression vers un narcissisme primaire », Murielle Joudet. « Ma vie avec John F. Donovan : Xavier Dolan ressasse ses obsessions », www.lemonde.fr,13 mars 2019 ;  Danielle Heymann nota « Un film extraordinairement narcissique, une fois de plus », L’avis du masque et de la plume, www.franceinter.fr/cinema/ma-vie-avec-john-f-donovan-de-xavier-dolan, 27 mars 2019.

[20]  « Godard disait : Je ne fais qu’un film que je recommence à chaque fois, ce qui est évidemment faux mais ça contient une part de vérité » estime Jim Jarmusch, Entretien du cinéaste avec Renaud Monfourny. Les Inrockuptibles, Hors-Séries, 1989.

[21]  Karelle Fitoussi. « Xavier Dolan : J’ai eu la chance d’être porté aux nues et détesté », www.parismatch.com, 17 mars 2019.

[22] Louis Guichard. « Entretien avec Xavier Dolan », Télérama, n° 3607, op.cit.

[23]  Thierry Chèze. « Ma vie avec John F. Donovan : Xavier Dolan au top », www.premiere.fr, 12 mars 2019.

[24] L’avis du masque et de la plume, op.cit.

[25] « Je voulais sortir de l’enfance aussi vite que possible, me sauver de là, et maintenant je fais des films, j’y reviens sans cesse » confesse Dolan, cité par Dan Bilefsky. « Un prodige de cinéma dont l’enfance perdue nourrit l’art », www.nytimes.com, 27 avril 2018.

[26] Augustin Trapenard. « Susan Sarandon vous le rend bien », Boomerang, France Inter, 7 mars 2019.

[27] Né en 2006, le jeune acteur canadien fut révélé en 2015 dans « Room » de Lenny Abrahamson.

[28] La mort de John est introduite en ouverture du film.

[29] L’acteur américain, né en 1990,  a joué dans plusieurs films (dont « La voleuse de livres » de Brian Percival ; « Pride » de Matthew Warchus ;  « Snowden » d’Oliver Stone) et des séries télévisées (« La Vérité sur l’affaire Harry Quebert »  de Jean-Jacques Annaud).

[30] D’aucuns  soulignèrent l’invraisemblance d’une correspondance qui débuta au moment où Rupert n’était âgé que de neuf ans.

[31]  « Xavier Dolan trouve les plans, fait le découpage des scènes, cadre le film, il fait une grande partie de mon travail finalement » indique André Turpin, le chef opérateur, Dossier de presse, « Ma vie avec John F. Donovan », www.espace-1789.com.

[32] Et un téléphone public à pièces de monnaie dont fait usage, en maugréant, la reporter du Times, à Prague.

[33] Johann Strauss (The Beautiful Blue Danube) ; Tchaïkovski (valse sentimentale).

[34]  « Pieces » (Sum 41) ; « Adam’s Song » (Blink-182) ; « Don’t Let Me Get Me » (Pink) ; « Hanging By A Moment » (Lifehouse)…

[35] A l’instar, en  guise d’ouverture du film, des paroles mélancoliques de « Rolling in the Deep » d’Adèle : « There’s a fire starting in my heart (Il y a un feu qui est en train de s’allumer dans mon cœur). Reaching a fever pitch it’s bringing me out the dark (Qui a atteint son paroxysme et m’emporte hors de l’obscurité). Finally I can see you me out and I’ll lay your shit bare (Vas-y ! Trahis moi et je te laisserai dans la misère). See how I’ll leave with every piece of you (Regarde comme je me laisse aller avec chaque morceau de toi)Don’t underestimate the things that I will do  (Ne sous-estime pas les choses que je pourrai faire) ».

[36] « Brut  a rencontré Xavier Dolan », www.brut.media, 5 octobre 2019.

[37] Ce clip (en noir et blanc, d’une durée de six minutes) réalisé à la demande du groupe Indochine est une dénonciation du harcèlement scolaire.

[38] Née à Londres en 1984, l’actrice anglo-strilankaise a débuté en 2007 dans « A bord du Darjeeling limited » de Wes Anderson.

[39] Kit Harington relate dans une interview qu’il ne ratait jamais « Buffy contre les vampires », et qu’il avait adopté le type de coiffure de l’un de ses héros suceurs de sang, Constance Jamet. « Ma vie avec John F. Donovan : Jon Snow fend l’armure », www.lefigaro.fr, 12 mars 2019.

[40] Le choix de Kit Harington pour incarner John n’est pas le fruit du hasard. Le parcours du comédien britannique présente quelques similitude avec John F. Donovan puisqu’il a été confronté à une forte exposition médiatique et a connu une trajectoire fulgurante (grâce à son rôle dans une saga télévisée au succès  planétaire),  aspirant (comme John) décrocher un rôle sur grand écran.

[41] Actrice québécoise, née en 1981, elle est particulièrement présente sur le petit écran.

[42] On notera que les non-dits sont récurrents dans la filmographie du réalisateur (dans « Laurence Anyways », le personnage éponyme a longtemps dissimulé son désir de devenir une femme ; dans « Tom à la ferme », c’est l’homosexualité qui est tue et dans « Juste la fin du Monde », Louis ne parviendra pas à révéler les raisons de son retour dans le giron familial).

[43] Les acouphènes (bourdonnements, sifflements) sont des perceptions de sensations sonores qui ne sont pas réellement produits par l’environnement ; selon certaines études, le contexte psychiatrique (stress, dépression, solitude) pourrait avoir une incidence sur cette pathologie.

[44]  Marc-Andre Lussier. Op.cit.

[45] Le problème de fond de John est bien résumé par les paroles de l’une des chansons du film, en l’occurrence,  « Don’t Let Me Get Me » (Ne Me Laissez Pas Me Tuer) de Pink : « LA told me, you’ll be a pop star  (Los Angeles m’a dit, tu seras une star de la pop)

All you have to change is everything you are  (Tout ce que tu as à changer c’est ce que tu es) ».

[46]«  I’m the son of rage and love (Je suis le fils de la rage et de l’amour). The Jesus of suburbia (Le Jesus de la banlieue).  From the bible of none of the above (Venu d’aucune bible existante). On a steady diet of (sur un régime régulier).Soda pop et Ritalin (Boisson gazeuse et Ritalin). No one ever died for my sins in hell (Personne n’est jamais mort en enfer pour mes péchés). As far as I can tell (Pour autant que je puisse dire).  At least the ones I got away with  (Au moins ceux avec lesquels je suis parti) ».

[47] Comédien canadien, né en 1984, il est connu pour son interprétation dans plusieurs séries télévisées (19-2, The Don Cherry Story, Letterkenny).

[48] Selon Jared Keeso, son personnage est un peu idiot (l’impression de niaiserie est d’ailleurs renforcée par son allure vestimentaire, il porte un ridicule chapeau de pêcheur lors d’un repas de famille), Dossier de presse, « Ma vie avec John F. Donovan », op. cit.

[49] A noter que l’une des scènes coupées (insérée dans les suppléments du Blu-ray du film) montre un amour poignant entre les deux frères qui tombent dans les bras l’un de l’autre.

[50] Remix par Eight and a Half.

[51] Acteur américain, né en 1985, il a décroché de nombreux rôles dans des séries télévisées.

[52]Le cinéaste fut « littéralement obsédé par Roswell », une série fantastique (où évoluent de jeunes extraterrestres) qui porte une réflexion sur la nature humaine et la construction de l’identité. Damien Boisseau, l’une des voix de cette série, double Kit Harington dans la version française de « Ma vie avec John F. Donovan ».

[53] Dolan se souvient du directeur du pensionnat qui lui permettait de visionner ses sitcoms américaines préférées dans un dortoir vide, Dan Bilefsky. «  Un prodige de cinéma dont l’enfance perdue nourrit l’art », op. cit.

[54] « Il est partout dans Ma vie avec John Donovan » reconnaît le réalisateur, Les Inrockuptibles, n°1246, op. cit. La scène sous la pluie à Londres entre Sam et Rupert  évoque les retrouvailles de Jack et Rose dans Titanic.

[55] Rupert cite Alan Parrish, un petit garçon de 10 ans (qui est en  conflit avec son père) et qui a été aspiré par le jeu Jumanji. Une affiche du film est également épinglée dans la chambre de Rupert.

[56] Xavier Dolan, acteur de doublage, a été la voix québécoise de Ron Weasley dans la saga.

[57] L’Image originelle, documentaire réalisé par Pierre-Henri Gibert (diffusion sur Ciné plus, novembre 2018).

[58] Renan Cro. « Xavier Dolan », TETU, n°218, printemps 2019.

[59] Op. cit.

[60] Selon le metteur en scène, « C’est un métier qui vous condamne un peu à une sorte de solitude, mais justement quand on réussit à compenser avec la présence saine d’une famille de gens autour de soi, je pense que c’est jouable », Jonathan Trullard. www.fichesdecinema.com, 15 octobre 2019.

[61] Sylvie-Noëlle. www.blogducinema.com, 16 octobre 2019.  Néanmoins, Dolan avoue qu’il ressent de moins en moins ce sentiment d’imposture sauf lorsque des jeunes lui demandent des conseils, Jacques Brinaire. www.lanouvellerepublique.fr, 13 octobre 2019.

[62]  « Brut a rencontré Xavier Dolan », op. cit.

[63] Echo aux démêlés du réalisateur avec les réseaux sociaux qui l’ont incité à fermer son compte Twitter en 2018, de façon à se soustraire à ceux qui s’adonnent à l’art de la détestation systématique.

[64] Cette scène n’est pas sans rappeler dans « Juste la fin du Monde », la rage dont fait preuve Antoine envers son frère Louis, s’apprêtant à le frapper ; les meurtrissures très nettes de ses phalanges semblent indiquer qu’il retourne également souvent sa violence contre lui-même.

[65] www.editionslatableronde.fr/Catalogue/vermillon/swing-mineur.

[66] Ce rôle incarné par l’acteur Michael Gambon présente une certaine proximité avec, Albus Dumbledore, le personnage qu’il campe dans la saga Harry Potter.

[67] https//parismatch.be, 12 septembre 2018.

[68] « Ma vie avec John F. Donovan : dix choses que vous ne saviez pas sur Xavier Dolan », www.nouvelobs.com, 13 mars 2019.

[69]  « Il y a encore  beaucoup d’efforts à effectuer pour modifier une mécanique rouillée, pour dépasser le côté mercantile et parvenir à un vrai changement de mentalité »  estime le metteur en scène, Carole Vié. « Xavier Dolan : Etre un réalisateur connu ne me rend pas heureux car je me sens seul », www.20minutes.fr,12 mars 2019.

[70] Louis Guichard. « Entretien avec Xavier Dolan », op. cit.

[71]  Plus on est de fou, plus on lit !, « Une heure avec Xavier Dolan », ici.radio.canada, 13 décembre 2016.

[72] « Que devient Richard Chamberlin ? », www.programme-tv.net, 5 août 2016.

[73] Pour son premier film (« The Happy Prince », 2018)  en tant que réalisateur, Rupert Evrett y joue un Oscar Wilde vieillissant.

[74] François Léger. « Marwel recherche un acteur ouvertement gay », www.lefigaro, 6 mars 2019.

[75] « Xavier Dolan : les opportunités qu’on offre à un acteur de sortir du placard à Hollywood sont-elles les mêmes qu’aux autres ? », www.komitid.fr/2019/03/11.

[76] TETU, op. cit.

[77] Une fois de plus, la figure paternelle n’apparaît pas à l’écran (la seule exception concerne « J’ai tué ma mère »). Le cinéaste a toujours expliqué qu’il ne ressentait pas l’envie de scénariser quelque chose à propos du père.

[78] On retrouve également cette expression dans les conversations entre Chantal et son fils dans « J’ai tué ma mère ».

[79] Il s’agit d’une reprise du titre composé et interprété en 1961 par Ben E. King : « When the night has come (Quant la nuit vient). And the land is dark (Et que la terre est sombre). And the moon is the only light we see (Et que la lune est la seule lumière que vous voyez). No, I won’t be afraid (Non je n’aurai pas peur). Oh, I won’t be afraid (Oh je n’aurai pas peur). Just as long as you stand (tant que tu restes).Stand by me (Tu restes contre moi) ».

[80] Propos de Suzanne Sarandon, « Xavier Dolan en toutes lettres », https://m.youtube.com, 14 mars 2019.

[81]  Augustin Trapenard. « Susan Sarandon vous le rend bien », op. cit.

[82] A noter le rapprochement avec Geneviève Dolan, la mère du réalisateur, qui suit la carrière de son fils de près, examinant ses comportements médiatiques ainsi que ses poses sur les photos, Xavier Dolan. « La réplique », www.ledevoir.com, 5 juillet 2012.

[83] Qui se produit avant le repas.

[84] Née en 1972, la comédienne britannique a été consacrée en 2017, meilleure actrice, dans un second rôle dans une série dramatique pour sa prestation dans « WestWorld ».

[85] La citation est issue de « Walden ou la vie dans les bois », une œuvre  publiée en 1854.

[86] En lui rappelant son origine (elle est née à Kubavu en République démocratique du Congo), Rupert sous-entend qu’elle a peut-être été elle-même victime de  divers préjugés l’incitant à vivre entre Prague et Londres.

[87]  « Brut a rencontré Xavier Dolan », op. cit.

[88] En 1948, il publia son troisième roman, « Un garçon près de la rivière », l’une des premières œuvres à mettre en scène un personnage ouvertement homosexuel.

[89]  Les Inrockuptibles, op. cit.

[90] Une œuvre dont la lecture a donné au cinéaste l’idée de ce film, Dossier de presse, « Ma vie avec John F. Donovan », op. cit.

[91] Rainer Maria Rilke et Franz Xaver Kappus ne se rencontrèrent jamais, pas plus que John et Rupert dans le film.

[92] Entretien avec Xavier Dolan », Les  Inrockuptibles, op. cit.

[93] Film réalisé par Gus van Sant en 1991. A noter que River Phoenix jouait le rôle de l’un des enfants dans « Stand By me » (auquel le morceau musical est associé) de Rob Reiner en 1986.

[94] Réalisé par Roger Kumble, le film est sorti dans les salles en 1999.

[95] « Cause it’s a bitter sweet symphony, this life (Parce que c’est une symphonie aigre douce, cette vie). Trying to make ends meet (Essayer de joindre les deux bouts).You’re a slave to the money then you die (Tu es un esclave de l’argent, puis tu meurs). I’II take you down the only road I’ve ever been down (Je t’emmènerai sur le seul chemin que j’aie jamais connu). You know the one that takes you to the places (Tu sais celui qui t’amène aux endroits). Where all the veins meet, yeach (Où toutes les veines se rejoignent, oui).

CHORUS  (Refrain)

No change, I can’t change, I can’t change, I can’t change, (Pas de changement, je ne peux pas changer, je ne peux pas changer). But I’m here in my mould, I’am here in my mould (Mais je suis ici, dans mon moule, je suis ici dans mon moule). But I’m a million different people from one day to the next (Mais je suis un million de personnes différentes d’une journée à l’autre) ».

[96] Propos de Dolan, L’image originelle (documentaire), op.cit.

[97] Dossier de presse, « Ma vie avec John F. Donovan », op. cit.

[98] Renan Cros, TETU, op.cit.

Partagez par courriel