//Amélie Nothomb, Soif d’absolu

Amélie Nothomb, Soif d’absolu

Ricardo Langlois
Intitulé Soif, le 28e roman signé Amélie Nothomb est maintenant disponible en édition de poche.

Un résumé sommaire, il s’agit de l’Évangile de Jésus-Christ décortiqué selon la vision de l’auteure. C’est un roman audacieux qui démontre une profonde connaissance du sujet. À ce point précis de notre époque, 2021 est l’année de toutes les épreuves liées à la pandémie. “On me demande souvent si je crois en Dieu. Je leur parle de Lumière” (1). La romancière belge réécrit l’Évangile en le parsemant de réflexions philosophiques aux accents humoristiques. “Je dois avouer que je n’aime guère les mariages. Ce sentiment résiste à l’analyse. Ce genre de sacrament me remplit d’une angoisse que je comprends d’autant moins que cela ne me concerne pas” (2).

Dès la page 30, l’auteure parle de Judas. La trahison de Judas prend pour elle un tout autre sens. Judas, c’est celui qui a mené Jésus à la croix malgré son amitié pour lui. En lisant ce roman, on pense à Jésus le Prophète. Les gens de l’époque se projettent en lui. Pourtant, il n’est ni prophète, ni roi. Il n’est pas le libérateur d’Israël au sens politique du terme. Nothomb insiste : “Prophète, messie, c’est du pareil au même. Rien à voir, il apporte l’amour (…) il faut chercher en soi cet amour.” (3)

Le jardin des Oliviers

Jésus s’est retiré. Il sait qu’il va mourir. Nothomb se met à la place du Christ. Attendre la mort. J’écris ceci en me rappelant quelque chose à propos du “Jardin des Oliviers”. C’était suite à de nombreux séjours chez les moines de Saint-Benoît-du-Lac. J’ai écrit un récit qui a été publié sur un site internet en France. Un Dieu qui prend la condition d’un être humain afin de sauver l’humanité est une grande histoire. Moi qui aime la vie ordinaire (vélo, musique, amis, etc), pourquoi Dieu serait-il mort pour moi ? Je pense à Christian Bobin;  “J’éprouve une paix inimaginable.” (4) J’accepte de mon plein gré ce mystère.

Jean, un talent d’écrivain

C’est vrai que Jean est un poète. Il raconte sa perception des événements avec une douceur et une humanité qui s’élève au-delà des mots. Cette “Soif” est encore ici une parabole : “La bonne nouvelle, c’est que l’extrême soif est une transe mystique idéale,” (5)  Aimer Dieu est un mouvement sensible du cœur. Je ne parle pas de l’Église, de l’enfer. “J’essaie de m’abandonner comme Job à l’incompréhensible.” (6)  Il y a de belles réflexions. “Rien de plus extraordinaire pourtant que la vie commune. J’aime le quotidien, sa répétition.” (7)

Jésus est un humain

À la lumière de ma lecture, je comprends que l’auteure a voulu faire de Jésus un homme fragile, craintif et profondément humain. Elle mêle habilement humour et réflexions pertinentes sur la foi, la mort, le deuil, l’amour et la soif (une soif d’absolu?). Les croyants purs et durs seront choqués. Madeleine y incarne son amour secret. Il y a ce très beau passage où le Jésus humain est attiré par Madeleine, la prostituée : “Le hurlement de mon âme pénètre Madeleine. Ce n’est pas une métaphore. Est-ce l’excès de douleur ou l’approche de la mort ? Je vois l’amour de Madeleine de rayons.” (8)

Le mystère de la foi

La foi, c’est quoi ? Un objet, un sens absolu du verbe. Une attitude, un contrat. “Il n’y a pas de case à cocher. La foi et l’état amoureux se ressemblent.” (9) Le mot solitude est invoqué. J’ai pensé que pour l’humanité, la foi n’existe presque plus. Il y a plusieurs religions et, malheureusement, Le Coran ou La Bible divisent. Peut-être que le poète Rümi possède une certaine réponse :  “Moi, je suis cet oiseau unique qui, poussé par sa propre faim, sans piège ni poseur de piège, a sauté de l’herbe à la cage.” (10)

Notes

1. La Bible, Première épitre de Saint Jean.
2. Amélie Nothomb, Soif, p 18.
3. Idem, p. 33.
4. Christian Bobin, La lumière du monde, p.2.
5. Soif, p. 45.
6. Jean-Yves Leloup, Manque et plénitude, Albin Michel, p. 137.
7. Soif, p. 56.
8. Idem, p. 15.
9. Idem, p. 125
10. Rümi, Cette lumière est mon désir, NRF, Gallimard 2020.

Amélie Nothomb est née au Japon en 1967. Elle publie un livre par an depuis 1992. Ses romans font partie des meilleures ventes littéraires et sont traduits en plusieurs langues. Stupeur et Tremblements (1999 ) remporte le grand prix du roman de l’Académie française.

JGALas Olas
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