//Benoît Jutras, Golgotha

Benoît Jutras, Golgotha

Ricardo Langlois
Benoît Jutras, la poésie est une question de vie ou de mort.

Dans les débris post-modernes, on cherche un peu de lumière. La poésie surréaliste de Benoît Jutras offre de multiples voix, dont celle d’un loup, qui achète des trous noirs, dans une cave où s’entasse les blasphèmes (p. 23). Les poèmes de Jutras sont des actes de rédemption et de résistance.

Et si le poète était aussi Dieu?  Et s’il avait, comme Rimbaud, sa propre alchimie du verbe : abandonner veut dire, masquer, juger, dormir, Dieu. (p. 81). Son écriture a soif de vérité et d’absolu. Avec sa voix intime, Golgotha, en grec ancien, le lieu du crâne, le poète parle aussi d’un théâtre obscur de la vie.  Fissurer le crâne pour découvrir son crâne intérieur…

Après Outrenuit (2014), il faut lire Golgotha, Jutras y joue le personnage de la femme qui exprime son être: petites et grandes lèvres, l’utérus et le concept de l’altérité. Le lecteur est aussi référé au philosophe Artéphius (vers 1130), et au symbolisme des textes sacrés: Meurs, Très-Saint-Nom, Précieux Sang. (p.113).  Par-delà la sémantique et du réel masqué par les idéologiies, Jutras est un serpent prêt à attaquer. Son écriture a l’affect poétique de Paul Celan (1920-1970). 

Avec des poèmes parfois lapidaires, contondants, parfois logorrhée vertigineuse, Benoit Jutras présente «les humains qui dorment / debout dans les accidents», et demande, envahi : «combien de totems en moi maintenant» ?

Jutras, en somme, fils spirituel du grand poète Claude Péloquin, exprime et résiste aux dérives contemporaines pour vouloir rester humain.

Benoît Jutras, Golgotha, Les Herbes Rouges

*Benoit Jutras est né à Montréal. Lauréat du prix Émile-Nelligan avec son premier livre, Nous serons sans voix, il a depuis publié quatre autres titres qui lui ont valu d’être finaliste à de nombreux prix.

http://youtu.be/jjS6h-F2t7M

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