//Christian Bobin : Un bruit de balançoire

Christian Bobin : Un bruit de balançoire

Ricardo Langlois
En cette période de confinement, Christian Bobin nous dit : résister c’est respirer, c’est prendre appui sur ce qui existe vraiment, et ne pas donner la chance au nihilisme partout régnant. Mais qu’est-ce qui existe ? Comment donner un sens à cette vie ? Il répond : ce qui existe vraiment, c’est la bonté, la lenteur, l’attention (1). Pascal au 17e siècle savait : tout le malheur des hommes vient qu’ils ne savent pas demeurer seuls dans leur chambre.

Christian Bobin ne voyage pas. Il a passé toute sa vie au pays de son enfance à Creusot (France). C’est un contemplatif. Il s’émerveille d’une fleur, d’un parfum, d’un enfant. Dans son espace intérieur, l’écrivain est toujours en introspection. Le poète fait l’éloge de la vie qui coule comme un long fleuve tranquille. Aucune distraction. Vivre dans le pur regard, dirat-il. Et puis un livre, c’est un monde qui s’offre à vous. Une force incroyable de l’amour qui est à la recherche de son lecteur. De son illumination incarnée.

Un bruit de balançoire est son dernier livre (en format de poche), sorti à la toute fin de 2019. En ouvrant le livre, on y voit son écriture calligraphiée. Je rêve d’une écriture qui ne ferait pas plus de bruit qu’un rayon de soleil heurtant un verre d’eau fraîche. Ils ont ça au Japon (p1).  Plus loin, je suis ému : les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde. À chacun des chapitres, il se confie à nous comme s’il écrivait dans son journal personnel.

J’apporte le livre avec moi. Il est dans ma poche. Je pars marcher en direction du fleuve, le temps de respirer et de photographier la beauté du fleuve. Je m’arrête pour une méditation. Ce qui me fait vous écrire est une chose infinie comme le demi-sourire de l’ange (p19).  Le monde est de plus en plus suspect. Trop d’images se bousculent sur Instagram, à la télé, sur le cell. N’est-ce pas Mallarmé qui disait que le monde est fait pour aboutir à un livre ? Cette recherche constante de la Lumière qui m’habite, je la retrouve chez Bobin que j’ai découvert au début de l’année 2000. Cette poésie nous remet au monde. Le poète fait une critique de la société (tout en douceur). Ils sont partout sauf en eux, ces gens qui font le tour du monde. Le plus long voyage que j’ai fait, c’était dans les yeux d’un chat. Les bêtes sont des anges, leur silence est proche de celui des livres (p43).

Depuis 1977, Christian Bobin nous parle à travers ses livres (plus de 60 publications, essentiellement chez Gallimard). Sur le site Poètes du Sacré, j’y ai trouvé plusieurs citations : Ceux que j’aime, je ne leur demande rien. Ceux que j’aime demandent d’être libres de moi, où ne va qu’avec la liberté. La liberté ne va qu’avec l’amour (L’épuisement). De Gabrielle Ségui, journaliste, il dira : De sa fenêtre, bien à l’abri de son univers doux et limpide, il survole le monde. Le monde qui est partout le même, là où se trouve un arbre, un oiseau…

Lire un livre. Redéfinir sa propre existence dans les turbulences. Dans le choc brutal du quotidien qui s’effrite. En cette période de confinement, que reste-t-il au fond du placard, de notre mémoire, des remords, des regrets ? On se referme sur soi jusqu’au dernier reflux. Et s’il y avait une leçon à apprendre ? Parce que le poète est un rêveur avant tout (2).  Il est inaccessible au monde matériel. Et cette lumière ? Elle est ici, là et partout. Elle s’abandonne comme ce grincement d’une balançoire vide qui résonne jusqu’à la fin du monde (p. 49).

Notes

1— Extrait, entrevue à France 2.
2— Citation, Un poète, Émile Nelligan, Poésies complètes, Typo.
3— Christian Bobin, Un bruit de balançoire, Folio 2019.
Las Olas
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