//Dany Laferrière : Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo

Dany Laferrière : Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo

Ricardo Langlois
Un nouveau livre de Dany Laferrière? Non, il s’agit d’une réédition de Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, paru en 2015, aux Éditions Mémoire d’encrier.

Un voyage au cœur de la littérature où le lecteur est confronté à sa propre identité. Le Québec décortiqué via le personnage de Mongo. La conquête du Québec vu de l’intérieur.  Un livre d’érudition quand on pense à l’écrivain Haitien… Comment vit-on dans ce coin perdu de l’Amérique du Nord? Il travestit son écriture sur Borges, son écrivain fétiche, et sur le célèbre Banquet de Platon.

Encore faut-il le connaître ce pays. La violence urbaine (il évoque la mort de Fredy Villanueva avec ses grands yeux doux), pourquoi n’y a-t-il pas de gangs dans les beaux quartiers de Montréal? Agissent-ils tous en solitaires? (p. 60). Le Québec est une société sans classe, comme si on était tous pareils devant Dieu. Comment expliquer un peuple surtout à la génération des milléniaux. Tous branchés devant leurs écrans, attendre ce que dira l’autre de l’autre, (la liberté individuelle ou l’expérience personnelle?). À part les mots : église, foi et mystère. Il faut chercher sa place, son bonheur. Laferrière est assis dans un café, il prend des notes pour sa chronique à la radio. C’est merveilleux de lire ses nombreuses anecdotes. Il évoque la mort du grand poète Gaston Miron. Pour lui, politique et poésie c’est la même chose. (p. 162).

Dany Laferrière, membre de l’Académie française.

Laferrière, optimiste, cynique? Quel est, finalement, le destin d’un écrivain?  Se mettre en danger en prenant un chemin inédit. Borges, son alter égo, il se projette. Il remonte le temps. Il s’adresse à un autre lui-même, version jeune, cherchant des rencontres inédites, des douleurs neuves (p. 166).  Il comprend la souffrance du Québécois et l’instrumentalise. Il est prêt à mourir pour sa langue. La question n’est pas claire, mais la réponse est simple : oui ou non. On retourne à ce que nous sommes : les babyboomers, ils ont bien joués leurs rôles avec la floraison des bébés.

Et le poète assis au café, au 21è siècle, se met à idéaliser en lisant un livre de Diderot. Et si, lui, avait une réponse. Diderot est intemporel. Il s’entretient avec lui-même de politique, d’amour, de philosophie… et puis, si vous rencontrez un intellectuel, pourquoi parler des écrivains d’ailleurs. Notre culture nationale, frileuse, c’est la nostalgie du pays natal. On ne peut ignorer Nelligan ( Ah! Comme la neige a neigé!) À toi, mon cher Mongo, l’auteur lui décrit le Québec avec sa modernité, sa vérité et ses combats. Diderot est un bon pédagogue qui aime informer les compatriotes.  En terminant la lecture, je pense à Mongo, je le connais bien. Il habite a Rimouski. Il joue dans une troupe de théâtre. On connait tous un Mongo, du moins je vous le souhaite.

Dany Laferrière a reçu le prix Médicis 2009 pour son roman L’énigme du retour. Il est membre de l’Académie française depuis 2013. Journaliste, chroniqueur, il a aussi suivi des cours à l’UQAM.  Son écriture est souvent autobiographique.

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