David Goudreault, Vif oubli

David Goudreault est le poète le plus médiatisé au Québec. Le célèbre auteur performe, chante et slamme. Il a écrit des romans. Suite à une rencontre, il y a cinq ans, il m’avait avoué qu’il était chanceux de vivre de son écriture. Il est brillant. Il est souriant. Il habite avec générosité son rôle de mentor auprès de la jeune génération. L’auteur insiste sur le pouvoir transformateurs des mots. ( 1)
La violence

L’auteur parle de violence, de confidences. Toute une génération sacrifiée. Ceux qui sortent des maisons d’accueils se perdent. Ils n’ont pas été assez aimés. Ils ne savent pas aimer. On peut inventer des scénarios à l’infini. Le mouvement # Me Too aura permis une ouverture. Il aura été difficile de tout garder pour soi. Il y a eu des milliers de victimes ( j’en fais partie ). J’ai dû quitter deux emplois tellement les blessures étaient profondes. L’auteur par sa poésie éteint le brasier par ses mots. Le pouvoir des mots. Avoir une faim insatiable pour l’ange consolateur. La drogue ne règle pas tout.

Deux à trois par année, pour parementer mon insomnie chronique, des frayeurs nocturnes. Je me réveille en sueur, hurlant, exfiltré de cauchemars opaques. Dans mes balbutiements d’abstinences de toutes drogues, alcools et médicaments proscrits ou non, mais pris abusivement, de vieux sages me disaient que la tourmente passerait… ( P. 26)

Un paysage d’écriture

Est-il possible de raconter sa vie, de faire un témoignage sans tomber dans le pathos. Écrire de la prose, des vers et un essai en même temps. En lisant Vif Oubli, j’y trouve des petits textes proliférants, une succession inachevée. Est-il possible de lire et méditer à voix haute pour le plaisir des mots. Allons-y :

Tes bras scaphandres en acier trempé, à m’extraire

D’une bile noire. Moins noyé que vivant, j’émerge auréolé

D’abysses, à reprendre ton souffle. Me voilà en paix avec tout le monde, leurs océans et mes frontières. Je te préfère de loin près de moi. ( P. 35)

L’obscurité du poème

Écrire des poèmes, c’est conserver une expérience, une forme d’empreinte, de démystifier la trame de sa vie. L’angoisse de ne pas avoir été aimé suffisamment. On cherche une éclaircie, un lexique particulier. Le poète Claude Paradis me donne une réponse :

L’horizon qui barre le chemin n’est peut-être

Qu’une illusion de plus. Qui peut se croire

Véritablement souverain de ses gestes, maître

De sa destinée? (2 )

Comment vivre en restant dans la jungle avec nos affinités et ce siècle de surconsommation. L’âme errante. La beauté comme guérison (Bobin). Grandir dans sa propre nécessité. Retrouver le charme d’une lecture, d’une musique, d’une conversation. Mais, nous sommes si fragiles. Après avoir été victime d’un geste inexplicable. C’est là qu’on pense à Saint-Denys Garneau. Un prophète dans un poème (Faction) :

Maintenant mon être en éveil

Est comme déroulé sur une grande étendue

Sans plus de refuge au sein de soi. ( 3 )

Le poète cite à sa manière Saint-Denys Garneau :

Te savoir là, sans besoin de voir

Une joie à côté de moi

Encroués, nous maintenons. ( P. 79)

Dans sa poésie, la joie, l’amour, le silence, la solitude…

La joie qui marche à côté de moi (idem ) revient plus loin. Il crée une trilogie : l’amour, l’écoute, la poésie. Est-ce que son livre Vif Oubli est un manuel de survie? Au-delà des cendres, cette volonté de transmettre les enjeux de la nouvelle de la nouvelle génération en quête de repères. Un très beau livre. 

David Goudreault est romancier, poète et chroniqueur. Travailleur social, diplômé de l’Université de Sherbrooke en 2004, il spécialise sa pratique en intervention auprès des groupes vulnérables, et utilise la littérature en tant qu’outil d’expression et d’émancipation dans les écoles et les centres de détention de la province de Québec, notamment au Nunavik, et en France. Il représente le Québec à la Coupe du monde de poésie en juin 2011 à Paris, où il remporte la finale, devenant ainsi le premier Québécois à gagner les honneurs à cet événement international. Pour son implication sociale et ses réalisations artistiques, il reçoit la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec en octobre 2011(Wikipédia)

Notes

  1. David Goudreault avec les mots contre la violence. Le Devoir. Yannick Marcoux, 28 mai 2022.
  2. Claude Paradis, Où commence le monde, Éditions du Noroit, 2018. Page 48. 
  3. Saint-Denys Garneau, Regards et jeux dans l’espace, Boréal Compact, 1993. Page 63.
Le PluvierJGA