//François Godin, Lignes d’effondrement

François Godin, Lignes d’effondrement

Ricardo Langlois
J’ai pensé à un voyage initiatique et à Jaccottet. « Le mouvement presque silencieux du cœur de ce qu’on appelle le cœur : que ce serait humble et presque invisible. » (1)

Pélérinage,  « Lignes d’effondrement » est un voyage d’introspection où « les songes déambulent. »(2) Dans ses remerciements, François Godin décrit un exceptionnel voyage au Chili qu’il a réalisé avec son conjoint. Les territoires amoureux, c’est aussi « un empire qui s’impose, qui dévore le réveil entre deux chairs. » (3)  Le bonheur d’être. La vie qui se nourrit d’images et de souvenirs. Godin a cette patience des poètes épris de la vie et de l’amour. Toutes les choses hors de prix qui ne coûtent rien ; qui ne coûtent que la vie. L’auteur est sensible, fragile. C’est un poète après tout.

Le monde est beau

« Le jour rivalise avec la nuit; l’excitation accélère le lever. Nous appréhendons un choc, un chef-d’œuvre » (4).  L’exubérance le possède. Ne pas consentir aux forces est une issue impensable. Il y a une vitalité dans l’espace réel. Le monde est beau, malgré le relativisme esthétique. Le poète rédige son journal de voyage. Une symétrie de l’intériorité.

Son journal

En 2016, « l’horizon est peuplé de gifles, de défauts, de perfusion et d’infirmité humaine, de sa main faible surtout » (5).  Godin possède cette patience douce du poète d’un autre siècle. Des jours et des nuits à noter l’inexprimable. Je repense à mon ami Jaccottet : «Comme si une figure dont on ne verrait que le dos vous invitait gracieusement à entrer. » (6)

C’est une poésie épidermique qui interpelle la beauté jusque dans les détails :

« Droit et imperturbable, il scrute son destin dans le miroir verdâtre et incite un cumulus à envelopper son crâne. Un doux refuge où m’abriter. Où m’éteindre à mon tour. » (7)

Au centre du monde

François Godin se tient au centre du monde. De ce point d’ancrage, il dispose d’un panorama infini. Le Sacré et la beauté occupent tout son temps. Il est précieux comme une fleur, malgré le chaos du monde extérieur. « Les Lignes d’effondrement »sont à mes yeux une métaphore. L’effondrement d’un point de vue philosophique. Le Sublime est le travail de l’âme. Il porte en lui le torrent de la passion. L’écriture est presque dionysiaque. Le Sublime dans le pathos. C’est tellement beau ! « Ma journée dans un trafic d’anges. Résister est un visage noyé. » (8)

Voyage de gratitude

Le poète utilise les mots du cœur. « La fraternité que nous embrassons, l’amour du même sexe, la frivolité, le triomphe. » (9)  Voyage de gratitude pour une érotique contemporaine. « L’amour fou tel que l’enseignait les surréalistes, amour sublime. »(10) Du plaisir à aimer dans toutes les sphères de l’existence. Les affinités électives, les voyages, l’amour… Voilà les thèmes abordés dans ce petit recueil sans prétention. Oui, la foudre déchire le ciel et les poèmes de François Godin.

Notes

1- Philippe Jacccottet, Ce peu de bruits, NRF Gallimard 2008.
2- François Godin, Lignes d’effondrement, Le Lézard Amoureux, 2020.
3- Idem, p. 17.
4- Idem, p. 28.
5- Idem, p. 35.
6- Philippe Jaccottet, Ce peu de bruits, p. 72.
7- François Godin, Lignes d’effondrement, p. 39.
8- Idem, p. 53.
9- Idem, p. 61.
10- Michel Onfray, La sculpture de soi, Folio Essai. Livre de Poche. P. 190.

François Godin, Lignes d’effondrement, Le Lézard Amoureux. Groupe Nota Bene, 90 p., 2020, 17.95$  http://www.groupenotabene.com/publication/lignes-deffondrement

François Godin est originaire de Grand-Mère. Il a publié La victoire jamais obtenue, La chambre aux quatre vents, Habiter est une blessure ainsi que divers poèmes en revues.

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