//Frédéric Lenoir : L’âme du monde

Frédéric Lenoir : L’âme du monde

Ricardo Langlois
En cette période trouble où le monde bascule, lire Frédéric Lenoir est un antidote contre la Covid9. Un petit ouvrage écrit comme un conte initiatique. Sept sages venus des quatre coins du monde se réunissent pour transmettre à deux jeunes adolescents les clés de la sagesse universelle. Fable initiatique ou une sorte de manuel du savoir-être et du savoir-aimer tout simplement. (1)

« L’âme du monde » est un scénario habile comme Tintin au Tibet ou L’alchimiste de Coelho. Frédéric Lenoir a un style fluide qui résume l’essentiel d’une recherche du bonheur qui devient le but ultime à cette vie d’espérance. Les chapitres sont bien découpés (petites synthèses sur l’enseignement de diverses religions). « Ne parlons pas de Dieu ! s’exclama Cheik Youssof dans un éclat de rire : Il y a bien d’autres croyances qui nous ressemblent. Nous croyons tous, par exemple, qu’il existe un monde visible, accessible à nos sens, et un monde invisible dont nous percevons l’existence par notre cœur, notre esprit, notre intuition ». (p37)  Cette croyance en l’immortalité, elle existe depuis la nuit des temps, depuis les philosophes grecs de l’Antiquité.  Nous sommes prisonniers du Moi, de notre insatisfaction, cette satisfaction des Sens qui n’en finit plus. Comment atteindre le bonheur véritable ? « Comment échapper à cette frénésie du toujours-plus ? ». (p. 55)

« L’âme du monde, c’est pour toi, Dieu, pour les autres, le Dharma, le divin, le Tao, l’absolu. Le Sage prit alors la parole : le début de la libération passe par la Conscience de Soi. N’est-ce pas une introspection, une fine observation de notre comportement, de nos réactions, de l’affleurement de nos émotions ? ». (p. 74) Aimer, comment aimer ? Nous avons tellement accumulé de blessures depuis l’enfance « Nous aimerons de manière possessive ou bien trop détachée, angoissée ou bien superficielle, voire perverse, si la blessure est profonde et inconsciente ». (p88) Cette recherche intérieure, on l’observe chez le poète Rimbaud (cf. « Une saison en enfer») (2). N’est-ce pas à l’adolescence que de vouloir écrire pour devenir soi-même ? Il y aura toujours en chacun de nous ce mélange de volonté destructrice et de désir créateur. Rimbaud était précoce et c’est normal d’avoir des inquiétudes sur ce que nous sommes et sur la signification profonde de la vie. Vivre, aimer, mourir et c’est fini. Est-ce suffisant au commun des mortels ?

C’est à l’âge de 13 ans que Frédéric Lenoir a découvert la philosophie et la spiritualité. Il dira à propos de « Lâme du monde » :  « J’ai voulu rendre compte de ce que les grands courants de sagesse ont en commun : tous proposent des clés pour s’améliorer. Je crois que nous sommes sur terre pour passer de la peur à l’amour et de l’ignorance à la connaissance pour grandir en conscience » (3). Frédéric Lenoir s’intéresse aussi aux poètes soufis, Attar, Ibn Arabi, Rumi qui chantent l’amour divin. Chacun son chemin en cette vie éphémère. L’histoire du monde s’appelle l’Éternité. Oui, j’ai lu la Bible, j’ai prié comme chacun de vous, mais c’est vraiment Christian Bobin en 2000 qui m’a ouvert la porte du grand Royaume. Comment trouver la paix sur les eaux mortes de l’Éternité ? Au beau milieu de la vie, la lumière s’est mise à danser et depuis ce temps je ne vois plus la vie comme avant.

Notes

1— Frédéric Lenoir est auteur, philosophe, sociologue, historien des religions et chercheur. Il a aussi son site internet : fredericlenoir.com. « L’âme du monde », édition Pocket 2016, a été rééditée trois fois. Son dernier livre paru en 2019 est destiné aux enfants : « Cœur de cristal ».
2— Les inquiétudes sur la signification profonde de la vie ont été le moteur idéologique de la poésie d’Arthur Rimbaud (1854-1891).
3— Extrait de l’entrevue « Le monde des religions, mars 2020 ». Il y explique la mort où on éprouve cette appréhension comparable à celle d’un nourrisson au moment où il va quitter le monde utérin.
Las Olas
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