//Hélène Monette. Le Monde n’est pas du monde.

Hélène Monette. Le Monde n’est pas du monde.

Ricardo Langlois
Comment apprécier une œuvre à sa juste valeur? La poésie est un trésor enfoui dans notre imaginaire collectif.

Les femmes sont comme des bulles. Je pense à Anne Hébert que j’ai beaucoup étudiée à l’université en 1994. Au même moment, Hélène Monette a déjà publié Montréal brûle-t-elle (1987), Lettres Insolites (1990) et Le diable est aux vaches (1992). Bien sûr, ses petits livres presqu’inconnus refont surface dans une anthologie Le Monde N’est pas du Monde.  

Né en 1980, Hélène Monette, Prix du Gouverneur Général en 2009 pour un livre immense dédié à sa sœur suicidée, Thérèse pour joie et orchestre. Vous serez fortement remués à la lecture poétique de ce testament d’amour entre deux sœurs où s’exprime la tendresse ou simplement la vulnérabilité. Une sensibilité à fleur de peau qui se répète à l’infini dans son écriture. Nous sommes seuls, comme une âme en peine, c’est la théorie du moindre mal (p. 33).

L’autodéfense se pratique dans l’observation de nos semblables. Hélène Monette n’a pas le temps de respirer. Elle est constamment en mode d’urgence émotionnelleC’est dommage que tout soit dérisoire, étrange, car cela tombe, toujours, cela tombe, précipices, précipitations. (p. 107).

Souvenez-vous des années 80, l’échec du référendum, la recherche identitaire, les repères spirituels qui se perdent. L’absolu est un Cheval de bataille, une agitation vorace… Ses mots lacèrent, heurtent avec une douceur poétique incroyable. Je pense à ses lignes : on quête ses caresses, comme on ordonne à un chien mort de s’enterrer lui-même, en aboyant, je ne suis pas la seule au monde à ne pas avoir raison (p. 230)

Une écriture sensible comme si le monde s’écroulait. Hélène Monette nous a quittés en 2015, emportée par un cancer. Hélène Monette, Le Monde n’est pas du monde, Écrits des Forges 2018.    

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