//Jean Désy, Non je ne mourrai pas

Jean Désy, Non je ne mourrai pas

Ricardo Langlois
Écrivain humaniste, philosophe et aussi médecin depuis 1978, Jean Désy décide, à l’âge de 36 ans, de retourner aux études afin d’obtenir un doctorat en littérature québécoise, puis une maîtrise en philosophie.

La poésie demeure une anomalie, une douleur, un cri jeté à la face de l’univers. L’auteur va même jusqu’à tracer un parallèle avec Rimbaud. Il a quitté la poésie pour partir en exil dans le malheur. « Peut-être pour réintégrer le monde des petits mystères de la vie » (1) « Comprendre l’essentiel, l’idée de passer par la souffrance. J’ai pensé à cette sagesse aussi dédaignée que le chaos. » (2)

Méditation sur la mort

« Non je ne mourrai pas » est une méditation sur la mort. Dans son conte-poème, il y a une réflexion métaphysique profonde.

« Mon amour mon fol amour

Mon Dieu bon, mais si absent 

Toi dont je ne connais vraiment rien

Ne faisant que pressentir ta présence

Du bas de mon dos jusqu’à mon front

Dieu que j’aime parfois prier » (p. 31)

Le récit est bouleversant. Au pays des Inuits, le poète coureur des bois est blessé. Il profite de ce temps pour méditer sur la vie, la mort et l’amour. À travers la souffrance physique, il y a l’Esprit qui parle à son esprit. Il est mis à l’épreuve tout au long de ses réflexions. À travers la souffrance physique, il y a l’âme et la rédemption. Dieu existe. Il est le Verbe. Mais, Désy a toujours été un nomade dans sa vision du monde. Il a la foi. Son bouclier de l’Absolu.

« À ma foi plus qu’à ma survie

À une parole hautement sacrée

Qui propose d’offrir sa vie

Au lieu d’usurper celle de l’Autre » (p 51)

Et ici, le plaidoyer est fulgurant :

« Parce que si ma foi en l’Âme cosmique

Transcende mon délire du néant

Il me faudra trouver ma niche

Dans un paradis ou apparemment

Certains êtres bénis pour l’éternité

Rêvassent (…) » (p 54)

Les chambres des ténèbres

Comment dire Dieu aux autres sans le déformer ? Sans le réduire à un sujet poétique ? Est-ce possible d’être en communion avec Dieu au-delà du symbolisme ? Son histoire (son conte) est la démonstration d’une expérience, d’un combat intérieur entre les chambres des ténèbres et des malheurs de l’humanité. J’ai pensé à « La quête de la joie » de Patrice De La Tour Du Pin (3).

« Écoute, c’est un cri de bête agonisante

Il doit être entendu par tant d’autres que toi

Tous ceux qui ne sont pas apprivoisés, qui sentent encore l’âcre

Parfum des marais et des bois » (p 87) 

Merci la vie !

Désy, le poète humaniste, use de sa lanterne pour chercher Dieu dans l’obscurité malgré l’annonce de sa mort par Nietzsche dans « Le Gai Savoir ». Le 21e siècle vit son étiolement. Malgré le froid, la tristesse, le taux de suicide alarmant chez les Inuits, le poète se tient debout. La révolution s’effectue à partir de Soi (la somme des expériences). Il remercie la vie :

« Merci la vie dont je salue l’omnipotence

Aux creux de mon ravin perdu

Amalgamé à travers la terre et aux eaux

Aux feux des volcans et des cieux » (p 91)

J’ai pensé au corps du poète, épuisé par des années de solitude mentale. En lisant, Désy, je me suis remis à méditer, à prier. Le soleil était orangé et je serrais ce petit livre contre mon cœur.

Notes

  1. Jean Désy, Âme, foi et poésie essai XYZ, 2007
  2. Arthur Rimbaud, Poésies. Une saison en enfer Illuminations, 

Citation dans Vies NRF 2014.

  1. Patrice de La Tour Du Pin, La Quête de joie suivie de Petite Somme de poésie NRF 2002.

Jean Désy, Non je ne mourrai pas  Mémoire d’encrier 2020.

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