//Jean-François Beauchemin, La source et le roseau

Jean-François Beauchemin, La source et le roseau

Ricardo Langlois
Est-ce de la zoothérapie ? Peut-être. Ici, un homme et son chien.

Dessiner l’exactitude la plus anodine. La vie s’insinue d’une autre manière. Une exploration de l’âme humaine, une quête. La lumière derrière un chien. Un temps sacré. “Comme quelqu’un de très loin portant son amour”. (1)

L’âme d’un chien

“C’est un songe éveillé qui me revient souvent : je me dis que cette existence n’est peut-être qu’une introduction, avant-courrier d’une autre vie plus élevée” (2) Beauchemin étudie l’âme de son chien “Camus”. Il analyse son comportement. Le chien est-il un esprit ou est-il simplement bienveillant ? Il émane de la lecture de ce livre un souffle sacré. » “Je m’efforçais, en promenant comme lui mon regard le long de ces larges avenues stellaires, de découvrir ce qu’il y cherchait avec tant de pensive tendresse.”(3) “Camus, son chien, n’écoutait que d’une oreille le récit de mes tentations mystiques, de mes expérimentations avec l’infini”. (4) La vie a besoin de vous. Elle désire vous comprendre. Il y a de la souffrance puis, soudain, la douceur du vent. La vie s’emmêle. Il faut alors en jouir.

J’ai pensé à Jacques Brault

Je relis avec un plaisir fou “L’artisan”. Il y a des échos, des présages, des signes d’une vie sensible aux images, aux interprétations. “Comme Œdipe qui n’a plus d’yeux que son Bâton. Elle s’en va la simple poésie dont on casse La voix (…) Le mutisme au cœur du néant qui enfante” (5)  L’auteur parle de métaphysique. Il se rappelle l’enfant de onze ans qu’il a été. Comment parler à son père ? Une métaphore pour ne pas se perdre : “le bruit de nos cœurs enseveli sous celui du gros moteur” (6). Il voit des choses que seuls les poètes peuvent discerner. Les êtres humains sont des moutons dans le trafic de l’existence. Notre esprit reprenant possession de lui-même (Fernando Pessoa). Le poète Beauchemin entretient un dialogue intérieur. Pas de miroir ? Juste lui, en face de lui-même. »

Conversation avec Camus

“Les religions, dont je lui parlais avec le moins de dégoût possible, ne lui diraient rien (…) dans le Silence poignant de son cerveau le mot espérance.” (7) Il faut parler aux arbres, aux fleurs. Maman me dit souvent ça. J’ai longtemps parlé à mon chat. Il me comprenait. Il faut prendre le temps d’écouter ce qu’il y a à l’intérieur de nous. Ce qui nous habite. Faire le silence. Éclaircir. Planter. Semer. Souffler. Vivre. Souvent c’est un point flou. Il faut planter des paroles comme un poème.

La Conscience

Ce livre est un récit spirituel. La preuve : Je touchais dans la faible conscience. De ces bêtes une vie spirituelle. Si dépouillée de masques.” (8 ) Ce fragment me fait penser à François Cheng dans ses méditations. C’est un plaisir de les relire quand les nuages arrivent. “La Voie n’est autre que l’irrésistible marche vers la vie ouverte, autrement dit un principe de vie qui maintient ouvertes toutes ses promesses.” (9) Au final, Beauchemin, l’écrivain vise une œuvre ouverte, intimiste. Avec son empire lumineux et son fidèle compagnon, on peut dire que l’effort porte fruit.

Notes

1. Jacques Brault, L’artisan, Édition du Noroît, 2006.
2. Jean-Francois Beauchemin, La source et le roseau, p. 45. Idem. p. 48.
3. Idem. p.51.
4. Jacques Brault, L’artisan. P. 57.
5. Jean-François Beauchemin, La source et le roseau. P. 6.
7. Idem. p.76.
8. Idem. p. 83.
9. François Cheng de l’Académie française, Cinq méditations sur la beauté. Livre de poche. P.31.

Je tiens à remercier Les éditions Druide pour la publication de livres qui sont hors de l’ordinaire. Merci de votre collaboration. Jean-Francois Beauchemin a publié une vingtaine d’ouvrages. Plusieurs ont été récompensés (Prix France-Québec et Prix des libraires du Québec).

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