Jean Perron, La lumière fait son chemin

Vivre et contempler. Une vie poétique dans les instants vivants du quotidien. Accumuler le Sublime. L’architecture de toute une vie qui s’ouvre, comme un cadeau. Jean Perron semble avoir bien compris que la vie, ce n’est pas que des gouffres et du noir. Au contraire, c’est une célébration. Un contretemps hédoniste.

En lisant Jean Perron, j’ai pensé à Christian Bobin. Une courte vie remplie de bonheurs

“À la guitare
Jouer une composition d’il y a longtemps Puis bifurquer
Dans l’énergie du moment” (1)

“Toujours derrière toujours devant Les beaux jours sont surtout Toujours en nous comme des Arbres qui refleurissent” (2)

Lecteur de Bouddha, marcheur dans les pas du mélomane de l’intériorité. Est-il initié à l’ Empire ? Aimer la lumière ; celle qui franchit les mots, disait Jaccottet. Être vivant. Un bon vivant. Apprendre des étoiles, des fleurs, de l’espace-temps. Observer le temps qui passe. La vie est un long voyage initiatique. Penser comme Spinoza : “Savoir que nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent.” (3)

Cette lumière est mon désir

Je pense à Rumi.

“Cette lumière est mon désir Délivré de la soumission
Plus loin que mon possible a moi” (4)
Cet amour habite l’univers. Il existe d’un seul souffle. Il réinvente le monde à travers sa propre vision, comme l’enfant qui s’émerveille de tout et de rien. Nous habitons l’éternité (comme le dit encore Rumi). Tout est illumination avec le poète.
“Un pont s’illumine sous les doigts
De la nuit et demain est déjà cousu de fil d’or” (5)

Aimer les oiseaux

C’est un musicien. Un poète. Un troubadour. L’enfant intérieur ouvre les volets de son cœur. Il déserte le monde extérieur. Il marche en riant de bonheur. Peut-être que la ruse du bonheur est passée entre le vide et l’absence. C’est un peintre avec un immense tableau qui est exposé dans la substance profonde du Poète (avec un P majuscule).

“J’aime les oiseaux qui chantent l’aube Sur la nouvelle musique en moi au cœur De l’obscurité” (6)
Perron médite à voix haute. Il parle sans doute aux oiseaux, comme Prévert. “L’oiseau qui voudrait chanter qui voudrait crier” (7). En observant toujours ces oiseaux, il réincarne le poète français à sa manière.

La Cosmologie

Ses poèmes célèbrent les solstices et les équinoxes. Le poète cristallise la lumière à l’origine de toutes les religions. L’énergie repose dans la simplicité de l’ordre du monde. Un ordre du monde qui correspond à la force des cycles de la nature et du temps.

Au-delà de la métaphysique, ce monde qui nous entoure est une cosmologie. Il n’y a pas de dogme. C’est la vie, point. La nature qui s’offre en cadeau. Perron a cette sagesse en lui :

“Je suis toujours ici et là
J’épouse la marche des saisons
Dans la migration perpétuelle du monde” (8)
J’ai beaucoup médité sur “La lumière fait son chemin”. Le choix du titre. L’intention de l’auteur.

J’ai pensé à Jaccottet “aux cris des écoliers dans la lumière de dix heures”. (9)

 

Notes
1. Jean Perron, La lumière fait son chemin. P.17 2. Idem. P.27.
3. Michel Onfray citant Spinoza, Cosmos. P. 167.
4. Rumi, Cette lumière est mon désir. NRF Gallimard. P. 71.
5. Jean Perron, La lumière fait son chemin. P. 37.
6. Idem. P.49.
7. Jacques Prévert, Paroles. Folio. P. 154.
8. Jean Perron, La lumière fait son chemin. p. 89.
9. Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver suivi de Pensées sous les nuages. NRF Gallimard. J’évoque un passage d’un poème intitulé .
Depuis 1986, Jean Perron a écrit plus de 24 livres (romans, nouvelles, poésie ).
La lumière fait son chemin, Éditions Le Lys Bleu disponible au lysbleueditions.com (France), sur Amazon ou sur son Facebook à Jean Perron et leslibraires.ca (en version numérique ). Il est aussi musicien : jeanperron.bandcamp.com

JGA

Ricardo Langlois

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com