Jean-Sébastien Huot, Demeures

Jean-Sébastien Huot vit dans son atelier. Il vit dans ses demeures. Le jeune poète fréquentait l’UQAM. Il était dans ma classe. Silencieux et humble, il nous présente aujourd’hui un récit onirique, en hommage à sa mère. Un récit ponctué de dessins et de collages.
Poète de l’enfance

Le poète souffre. Un mal sournois l’habite depuis son enfance. En même temps, il chemine dans la création.Un mouvement de conscience pur et clair. L’intimité douloureuse dans les détours.

Je ne plus que la langue d’un idiot
Écorché de lumière
Vente grouillant
Chevilles sans hache
J’ai les tempes balayées par les coquelicots. (p.18)

L’enfance du monde. La lumière à travers la peinture, les couleurs. Un auto-portrait dans le clair-obscur. L’auteur et artiste visuel s’inspire peut-être de Miro. (1)


Symbolisme et surréaliste

Des petits poèmes. Une cosmogonie symbolique. Le poète se tient debout dans ses effondrements. J’ai pensé aux Lettres d’or : ce que l’on connaît flotte au-dessus de ce que l’on sent comme une bête morte dans les eaux profondes. (2) L’emphase sur sa mère. Un amour tragique et romantique. (Comme Proust)

J’écris mère
Fièvres qui éclatent conserves de sardines
Décombres en bouche
Mère aux cuisses cisaillées
Écho des bois
Balançoires fusillant le ciel
Verbe sur table
La l’éternité
Je me dégage et vole selon… (p.41)

Le dernier vers emprunté à Rimbaud. Pas d’inversion ou de symbolisme dionysien. L’épicentre de son écriture est un reflux des marées de l’intériorité. Il écrit sa vie. Il illustre son époque, son histoire. Il définit l’épicentre d’un théâtre magique (Barthes). Sa mère, c’est son corps tout entier. Une nécessité post-moderne sur une effusion pleinement créatrice (une spirale).


L’amour de l’Art

Peut-être, l’histoire du poète (admirateur du Surréalisme) qui joue avec les éco-systèmes antinomiques. Sa mère comme objet d’extension du corps intime. Il fait “Un” avec elle. Le circuit alchimique de la résurrection. Et pourquoi pas ?

Les armoires claquaient
Les portes les visages
Mère je t’étoile
Je t’ensoleille
Je te ressuscite. (p.66)

Ou

Demain j’irai avec ma mère remplir
De petites cruches d’eau de Pâques. (p.81)

J’aime cet univers. L’amour de l’art. L’amour de la poésie. L’amour de la liberté. Méditation sur la transcendance? Je pense à ce fabuleux poète José Acquelin : Chacun est un nuage sous des nuages, un nuage d’être, rien d’autre que cela. (3) Le pouvoir créatif, la rose sans personne (René Char), tout est là. Le livre-objet et le sens de la littérature sont bien étoffés.

Demeures est une drogue. C’est de la beauté tranquille.

Notes

  1. Joan Miro, 1893-1883, peintre, sculpteur associé au mouvement du Surréalisme.
  2. Christian Bobin, Souveraineté du Vide, Lettres d’or. page 59. Folio 1995.
  3. José Acquelin, Libertés de la solitude, Carnets d’écritures, Nota Bene, 2019.

Jean-Sébastien Huot a publié six livres dont deux recueils de poésie aux Herbes Rouges. Comme artiste, depuis 1992, il a exposé a Montréal et en Espagne. Jean-Sébastien Huot, Demeures. Poésie, collages et tableaux. Éditions Mains Libres 2022.

Las OlasLe Pluvier

Ricardo Langlois

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com