Le monde a changé

Le monde a changé. Par Ricardo Langlois
Le philosophe Nietzsche a une expression juste : « meurs de ne pas mourir ». Cette traversée du désert a commencé avec la pandémie. Je ressens un regard vide autour de moi. Je n’arrive pas à m’adapter aux années 2020. L’empire s’effrite. Le Québec est en train de perdre sa langue et son statut unique dans le Canada. C’est l’Internet, le mouvement Woke, les réseaux sociaux qui contribuent à faire disparaître le beau, la poésie, les valeurs ancestrales et je souligne : la douceur de vivre.

Déconstruire l’humanité

La guerre en Ukraine qui s’éternise. Pendant ce temps, on célèbre la Coupe du monde de soccer en plein désert dans des stades climatisés. La génération woke qui cherche à tout prix à effacer le passé. C’est de la pure délinquance. Cette masculinité toxique est un piège pour l’humanité. L’homme blanc est une ordure. Comment construirons-nous un monde de paix pour nos enfants ?

Pour moi, la vie a perdu sa véritable nature. Déconstruire l’humanité comme si nos ancêtres n’avaient rien fait de bon. Je veux pouvoir regarder le soleil. Regarder où vont les nuages. Au-dessus de ma tête, il y a un ciel bleu. J’ai envie de croire aux anges, aux mystères de la vie. J’ai besoin de mystère. Cette souffrance est peut-être de la culpabilité. Je ne me plaindrai pas de la vie parce qu’elle m’a tout donné.

Aujourd’hui, j’ai écouté un vinyle d’Harmonium. J’ai été prendre des nouvelles de mon voisin. Je me suis étonné de parler à un inconnu qui a acheté mon livre de poésie. Quand j’irai au lit avant de m’endormir, je regarderai la lune. Je penserai à tous ceux que j’aime, et aux autres, que j’ai aimés.

Je remercie Dieu (la Vie) de vivre dans un beau pays, le Québec. Tout n’est pas parfait. Il y a toujours de nouveaux chemins à explorer même à 60 ans. Je veux apprendre à être plus fort, plus sage. Accepter ma propre fragilité. La chose qui me semble la plus difficile : la maîtrise du silence. J’aime trop la musique. Le diamant qui touche chaque sillon du vinyle. C’est un miracle chaque jour.

L’année 2022, je l’ai vécue péniblement dans mes petits souliers avec la mort soudaine de mon meilleur ami, mais aussi de mon poète préféré : Christian Bobin. Chaque jour, comme une prière, je lis quelques lignes : « À quoi rêvent-ils, les fiancés des eaux profondes, à quelle improbable paix, sous quelle lumière dun soleil mort. »(1)

Un autre poète, Jacques Brault, est décédé en laissant une œuvre intimiste, enflammée avec des battements d’ailes. Mon cœur s’est brisé en quelques morceaux :

« On est passé par là, jadis

  Jimagine que cest ancien.

  On est passé par là, jadis.

  Pour aller où ?

  En des temps reculés.

  Comme lhorizon, le temps

  Ça recolle. Puis ça tombe. » (2)

Hier encore

J’ai vécu l’époque où l’on dormait à la belle étoile avec des amis musiciens. L’éternelle adolescence. Des notes dans un cahier. Dix mille ans pour voir un archange imaginaire. Je pense à toi Denis, tu chantais les vers de Prévert :

Jacques Prévert

« Oh ! Je voudrais tant que tu te souviennes.

 Des jours heureux où nous étions amis

 En ce temps-là la vie était plus belle

 Et le soleil plus brûlant quaujourdhui. » (3)

En attendant, je ferai le malin. J’inventerai un tango dans la chair du silence. Avec cette joie ultime qui n’appartient qu’à ceux qui ont accédé à la complexité du simple. J’écrirai pour une étoile dans ma petite banlieue et je ferai une messe de Minuit spécialement pour ceux qui ont perdu la foi. (4)

Notes

1— Christian Bobin, « La présence pure », Nrf, Gallimard, 2012.

2— Jacques Brault, « Il ny a plus de chemin », Noroît, 1990.

3- Jacques Prévert, « Soleil de nuit ». Texte, Les feuilles mortes. Folio 1989.

4— Je fais référence à une chronique de Mathieu Bock-Cöté, « Éloge de la messe de minuit ». Journal de Montréal, 29 décembre 2022.

Photo principale :  Extrait de la couverture.  Soleil de nuit.  Jacques Prévert.

Le Pois Penché

Ricardo Langlois

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com