L’Empire, Ricardo Langlois

Je viens de terminer la lecture frénétique d’un magnifique recueil de poésie.  « L’empire », le dernier bébé poétique de Ricardo Langlois, est, me semble-t-il, le plus aboutit, le plus réussi, le plus raffiné de ses livres. Ricardo nous conduit de l’ombre à la lumière, dans un voyage intimiste, là où la quête de sens, les réponses à des questions cruciales et essentielles, se retrouvent étonnamment ouvertes sur diverses avenues possibles.

Et l’une d’entre elles nous offre, tel un bouquet de roses découpé sur un bout de ciel bleu, ces mots d’une grande tendresse :  » J’ai été orphelin. Chercheur d’or et d’immortalité. Il y a ce magnifique trésor : le fleuve, les oies sauvages, les roseaux. Il suffit d’une présence, d’un état d’âme. Maintenant, je suis la joie incarnée. Je pense à ma mère. Son piano, sa douceur, ses mots doux.  » ( p. 54 ) Tous ses poèmes nous amènent, chacun à son rythme, chacun à sa façon, sur la voie royale de l’inconnue vérité. D’autres encore, enserrés dans un cadre plus libre, et même parfois plus hermétique, tissent à leur manière bien spéciale, une fibre littéraire ténue, de ce qu’il est devenu grâce à son  » château fort  » intérieur, laissant le temps d’habiller sa vie et à la vie de faire son œuvre. L’auteur, homme de lettre, chroniqueur littéraire et musical, poète au cœur d’enfant, homme généreux donnant aux autres l’espace visuel de la reconnaissance en partageant leurs écrits sur le web, amant de musiques variées, érudit et vulgarisateur hors pair de rock et de métal est donc à mon sens, un être multidisciplinaire.

Cet humain, en quête de lumière, cache une âme proche de cette trempe rare de celle qui a du cœur, de la passion, de l’ouverture, de la reconnaissance, voire du courage obligé. Chez lui, me parait presque habiter une obsession du véridique, celle d’un nécessaire essentiel de nous dire, d’une manière concise et sans détour, sa vérité!  Avec lui, tout est soit noir, soit blanc. Pas de place pour la langue de bois ni pour celle de la complaisance, ni de la condescendance, ni de louvoiements incertains habillés des fades teintes de gris.  Tout au long de ma lecture, j’imaginais ses mots faire du deltaplane, colorés à la saveur douce/amer d’envolées poétiques, parfois en de longs et merveilleux survols, ou encore en de cours instants délicieusement touchants.  Sa poésie est comme un filet de dentelle tissé à même de précieux moments d’une vie de rencontres exceptionnelles avec cette belle âme universelle qui accueille l’humain en sa totalité. C’est comme s’il possédait, lui, le créateur en mouvance, l’instinct inné de faire table rase des masques, des préjugés, des styles, des formes d’écriture et qu’il se permettait d’aller droit au but, sans rien demander en retour.  Sans fausse pudeur ni gêne excessive, il ose s’investir totalement au-delà de l’apparence de l’illusion. Sa méthode d’écriture lui est très personnelle. Très tactile et ressentie, car il écrit encore à la mine, dans des cahiers qu’ils surnomment  » d’écolier « .

Quant à sa pensée poétique, elle prend une place importante en rapport avec l’expérience qu’il vit et assume par le biais de la musique, de la poésie, de l’écriture en général. Cela devient une facette attractive de son écriture. Il le fait simplement, naturellement en créant des états, des atmosphères de rapprochements, au moyen des similitudes avec sa propre vie, sa propre quête de sens, sa recherche perpétuelle de réponses à ses questions existentielles. Ces textes, concis, précis, vont droit au cœur, sans détour, et dans une clarté qui n’a d’égale qu’un de ces coups de cœur, qui chante la nuit, la nature, le silence, la maison de Dieu, sa clarté. Je laisse Rûmî, grande source d’inspiration pour lui, conclure : « Ne dis mot des deux univers. Il te conduit vers l’unique couleur, silence. »  J’aime le naturel qui guide sa plume tout au long de son écriture. La simplicité avec laquelle il semble aborder l’essentiel de la vie, ce chemin privilégié, de l’écrivain/poète, me fait croire que sa manière d’amener le développement de son analyse intérieure est tout à fait singulière et vraiment particulière. Il me rappelle intensément Jacques Prévert, quant à son ouverture et son accueil de la simplicité humaine.

Sous l’illusion de son apparente carapace de rocker tatoué aux nécessités de la vie, se cache le cœur aimant de l’enfant rebelle, qui veut sublimer l’infini du bleu du ciel, qui aime sa maman chérie comme une partie de lui-même, et qui adore se réfugier à l’ombre de son château fort, protégé qu’il devient des blessures et de l’incompréhensible indifférence de la race des érudits, de ces faux-semblants et de ces grands lettrés qui regardent de haut, ce qui n’est pas à l’image d’eux-mêmes. J’aimerais terminer en soulignant que cette parution de  » L’Empire  » m’aura donné l’occasion privilégiée de lire, de suivre, de découvrir un autre ailleurs mystérieux, bleu, plein d’espoir et de lumière en devenir. Je me suis ainsi fait le cadeau d’ouvrir une porte sur une poésie d’un nouveau genre. Porte que je croyais avoir fermée à  double clé, mais qui était simplement entrebâillée, protégé par des persiennes closes. Ce fut une occasion nouvelle pour moi de me délester d’anciennes vieilleries désuètes et d’accueillir la vie sous un nouveau jour. Lorsque Ricardo saisit une plume, c’est pour laisser sa parole, comme une voix intérieure, se pencher vers lui afin de lui souffler à l’oreille les mots à abandonner sur ses merveilleux cahiers jaunis.

Ce sont les mots et les maux puissants et percutants de sa vérité. Dans sa presque ténébreuse  » Vallée de douleur, Rive-Sud, Chaque fruit prend racine dans la vérité au petit matin l’écolier rêve d’une fleur protectrice dans le clair déluge je me revois jeune et maladroit le génie du petit prince les désirs dans la parade sauvage (Jim Morrison) le temps est bon le temps d’un exil. » (P.50) Ricardo nous rappelle que ses vers deviennent alors comme un appel poétique irrésistible qui le libère du temps irascible et qui font battre son cœur. Tout comme beaucoup de textes de Jacques Prévert, la poésie du rocker / poète a besoin de la voix et du parler de la force du geste pour respirer l’énergie de la vie afin de vivre. Elle peut s’accorder en finale, au rythme intime du lecteur qui a plaisir à laisser le texte vivre au loin de l’auteur.  La puissance des mots parfois crus et mordants à vif du chercheur de vérité, peut profiter du moment de clair-obscurité qui s’ouvre dans le cœur du lecteur et prendre son envolé vers d’autres ailleurs, créatifs.

Collaboration spéciale : Raynald Boucher

JGALe Pois Penché