//Marc Séguin, Les repentirs

Marc Séguin, Les repentirs

Ricardo Langlois
Des souvenirs de jeunesse.  Se construire un Moi futur. À l’adolescence, nous sommes un champ de bataille. Nous rêvons au bonheur. Écrire, tracer et produire, envers et contre tous, l’homme et son existence. Marc Séguin est un artiste-peintre vivant à l’Île-aux-Grues au Québec et à New York. C’est également un poète et un écrivain. Il maîtrise l’écriture fugace qui révolutionne.
Sauver par l’art

« Les repentirs », c’est le 20e siècle et des souvenirs. Arielle Murphy, son univers. Une relation difficile, à fleur de peau. Trop émotif, Marc ? « J’avais donc appris dès la petite enfance, à faire semblant d’être triste, heureux, déçu, fébrile, envieux, jaloux, amoureux. Et toutes ces dispositions et toutes ces consciences qui font la somptuosité des vies humaines » (p. 38).

Séguin compose une série d’œuvres à Brooklyn sur le thème du « Repentir ». Ce sont des portraits d’hommes et de femmes arrêtés et condamnés pour meurtre. Une partie des visages est effacée avec de la térébenthine. Il dira : « Parfois la lumière peinte et plus juste et belle que la vraie » (p. 42). L’auteur s’invente un personnage. Il pourrait passer pour un fou s’il le voulait. Il aime Arielle comme un fou. C’est un romantique qui doute de ses émotions. Nous dérivons vers une forme d’anarchie des sentiments. Il définit cela comme «une belle violence amoureuse» (p. 43). Il ira jusqu’à boire « pour comprendre et continuer » (p. 49).

Le terrain de l’absolu

L’auteur doute constamment. « Les concepts tuent la vie, les idées dévitalisent et interdisent le réel (…) Nous sommes sur le terrain de l’absolu. » (4L’anarchie est joyeuse. L’artiste Marc Séguin vit une angoisse profonde. Il souhaite une éthique romantique. Peindre, écrire, produire des films, pour tuer le temps. Il devine le vide des gens. Et lui?

« J’ignore où va la route après ça

J’ignore si un chemin existe

J’avais voulu encore des livres

Et toute l’histoire de la peinture

Pour me le dire, m’aider. D’autres années

Des siècles que je n’avais pas » (p. 52)

Le départ de Med

Son ami Med déchiqueté par un train. Il y aura un interrogatoire puis le vide. Un été qui finit mal. « Mon ami n’était pas mort. Irréel. Jamais je ne me remettrais de sa mort » (p.102). La douleur, la peine, la tristesse, l’amour et l’amitié sont des sentiments nobles. L’auteur prend conscience de la perte d’un ami qui ne reviendra plus. Nous n’échappons pas à ce qui nous alourdit. La tragédie de vivre, même pour un été.

Parler aux fleurs

« Ça fait quinze ans que je parle aux fleurs. Le magnolia fleurit » (p.105). C’est moi, mon enfance, les pissenlits, les dahlias, les roses. C’est de la lumière partout. Les parfums de fleurs. C’était écrit dans le ciel. Je suis un voyeur et un rêveur. C’est tellement beau. L’effet miroir… je me devine dans cette écriture toute douce. « C’est la Voie artistique dans sa plus haute dimension. Merci Monsieur Cheng » (7)

Attendre l’émotion

« J’attendais l’émotion. Pourtant rien. Rien n’avait changé en moi » (p.112). Peut-être une furtive allusion à l’éternité dans sa méditation. L’éternité dans cette vie. Il n’y a pas de réponse. « À partir de rien » (9) . C’est là le paradoxe. Il y a les solstices, les hasards et une quête du Vide. J’ai murmuré mes violences dans l’art. Ne pas être narcissique » (p.132).

L’art passe par la dissonance, l’asymétrie. J’ai adoré ce roman inusité qui nous enseigne l’humilité de la vie.

Voir aussi:  Marc Séguin collabore avec Les Subversifs]

Voir aussi: Marc Séguin collabore avec la Fromagerie de l’Île-aux-Grues

1— Marc Séguin, Les repentirs, p. 38.

2— Idem p 42.
3— Idem p 43.
4— Michel Onfray, Politique du rebelle, p.184.
5— Les Repentirs p. 52.
6— Idem p. 105.
7— François Cheng, Cinq méditations sur la mort. p. 87.
8— Les repentirs p. 112.
9— François Cheng, Idem. p. 52.
10— Les repentirs p. 132.

Marc Séguin est artiste-peintre et écrivain. Son premier roman La foi du braconnier a remporté le Prix littéraire des Collégiens.

Marc Séguin, Les repentirs suivi de À suivre, Bibliothèque québécoise, 2020.

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