//Michaël Delisle, Rien dans le ciel

Michaël Delisle, Rien dans le ciel

Ricardo Langlois
Michaël Delisle est transparent

Je vis une inspirante expérience de lecture. Avec son roman presque auto-biographique Le feu de mon père  (1) je me souviens de mes notes. J’ai souligné : « je me sens abandonné par la littérature comme un toxicomane par Dieu » (p.9).  Plus loin, il y a cette phrase hallucinante : « le poème est icône. Le poème est oiseau. Le poème est fruit. La poésie a de particulier qu’elle peut se définir par n’importe quoi » (p. 57).

Une voix singulière

Nous nous sommes parlé avant que je n’écrive mon texte. Je lui ai raconté comment je l’ai connu, à l’époque du Cégep. Son indifférence au monde extérieur. Je crois qu’il était en quête de compassion. Je l’ai louangé pour son écriture. La discrétion de l’écrivain, l’or crépusculaire dans ses descriptions. C’est déconcertant et du coup, le vertige de la composition (pour reprendre l’idée de Mallarmé) m’enchante.

Notre-Dame de la Vie intérieure

En lisant la liste des huit nouvelles, je me suis attardé à  Notre-Dame de la Vie intérieure. Le titre est fabuleux. « Quand je me mets en tête de prier, il suffit que je me recueille pour perdre tout de suite le fil. Je n’ai plus besoin de rien quand je me coupe du monde » (p. 49). Comment se libérer de la conscience ? Quelle est la métaphore ? Platon voyait le corps comme un tombeau pour l’âme. Prisonnier du temps, nous cherchons à vivre avec l’intuition et la tragédie de la vie. Le destin ouvre une porte de sortie. C’est un nouvel ami. JeanVincent ou l’inattendu« Je n’avais rien demandé et le ciel m’avait envoyé un ami » (p. 51).

Sa passion pour les livres religieux (Claudel, Julien Green les écrivains cathos complètement oubliés et Saint Augustin). J’ai aimé qu’il mentionne ces écrivains qui ont marqué le 20e siècle. Jean-Vincent est aussi attiré par le protagoniste. Les pages 60 et 61 sont surprenantes. La rhétorique fait place à la sexualité. L’objet poétique du récit devient un moment organique. Il tempère le récit. Le génie de l’entre vision. Les images qui habitent le corps et l’esprit. Chapeau.

Le sacrifice ultime

Illuminer ce quil reste de nous. Dans la nouvelle Encore plus l’Asie, le ciel est noir. Se préparer à mourir et laisser sa marque. Pas vraiment.

« J’ai tout mis dans des boîtes à chaussures 

que je suis allé porter dans la cour

J’ai imbibé les cartons de combustible

à fondue  et je les ai allumés » (p 129)

Delisle avec Rien dans le ciel effectue une plongée dans la psyché de ses différents narrateurs.

Il parle de prières, de retraite, de Vierge Marie. Nous sommes dans le découpage d’un monde intérieur. Une réflexion (presque tabou) sur la mort. Ce qu’il reste de Soi. Quel est le sens de notre passage terrestre ? Tout est si précis. La parole du romancier (et poète également) devant l’insaisissable. Est-il blessé par la lumière ?

Delisle le poète

J’avais envie de vous parler de son petit livre « Chose vocale précédé de Mélancolie » (2). Ces mots qui résonnent et qui s’emparent de moi dans mon territoire secret. Je lis :

« J’insiste. Un peu de lumière. De texte. Aimer ta voix

Est le seul projet invariablement beau (…)

Un peu de lumière.

Je veux des choses qui m’échappent » (p. 46)

Un livre qui laisse des traces. Comme « leurs pages messagers portent des ornement» J’ai pensé à Genet pour l’écho des mots. Cette muraille intime.

Notes

1. Michaël Delisle, Le feu de mon père, Boréal Compact 2016 réédition, Grand prix du livre de Montréal 2014.
2. Michaël Delisle, Chose vocale précédé de Mélancolie Réédition Les Herbes Rouges 2019.
3. Jean Genet, Le condamné a mort et autres poèmes, NRF Gallimard 1999.

Michael Delisle, Rien dans le ciel, Éditions Boréal 2021.Il est poète, romancier et nouvelliste.

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