//Michel Houellebecq, Sérotonine

Michel Houellebecq, Sérotonine

Ricardo Langlois
Sérotonine a paru en 2019. Un phénomène en France. On le compare à Céline, rien de moins. Dans ce livre, c’est l’homme moderne dans sa déchéance. Plus rien ne l’accroche à la vie sauf l’amour conjugal. Pour lui, la sensualité, le désir, l’hédonisme sont des moteurs de survie.
Pour les babyboomers ?

Déjà, dans Les particules élémentaires (1), il avait montré à quel point la libération sexuelle s’était retournée contre le commun des mortels. La pornographie sur Internet est devenue un refuge pour les âmes solitaires. Dans Sérotonine, le protagoniste qui voit sa libido disparaître tombe dans une sorte de néant existentiel. Un livre coup de poing pour les babyboomers. Son roman parle d’une France désorientée, de ses villes inhumaines. Houellebecq serait un militant intégriste réactionnaire. L’auteur reste flou sur ses intentions. Il parle d’errance des vices et d’intersubjectivité sexuelle en mode monogame.

Le philosophe

C’est un philosophe. Il dit le contraire de Schopenhauer. « L’homme, au départ, est plus réservé, il admire et respecte ce déchaînement émotionnel sans pleinement lcomprendre (…)  Il est peu à peu aspiré par le vortex de la passion et du plaisir créé par la femme. » (p70). Il est seul. C’est un ingénieur agronome qui se bat dans les ravages d’un monde insensible. Il se bat contre sa solitude. Il se construit un monde de phantasmes. J’avais besoin d’amour et d’amour sous une forme très précise. J’avais besoin d’amour en général, mais en particulier j’avais besoin d’une chatte.” (p. 158)

Une œuvre radicale

Contrairement à Woody Allen, misanthrope et inconsolable, l’auteur se fout des conventions. Il écrit ce qu’il veut. Il refuse les entrevues. Il y a des confrontations socio politiques, la moralisation et la “psychologisation” du débat. Il frappe partout. Avec Sérotonine, il remet en question l’individu versus le social. Son œuvre est radicale. Il a un seul impératif : l’hédonisme (et le ludisme). Il fabrique sa propre révolution. En 2015, son roman Soumission 2), une charge anti-islamique, sort en même temps, le même jour, que les attentats chez Charlie Hebdo. Prophète, visionnaire, avant-gardiste, il est cynique et brillant. On ne peut rien à la vie des gens, me disais-je. Ni l’amitié, ni la compassion, ni la psychologie, ni l’intelligence des situations ne sont d’une utilité quelconque. (p. 222)

Pour le plaisir (du rock à Proust)

Le roman aborde d’autres thèmes. L’Art a aussi ses artifices purement personnels. Qu’est-ce qu’un roman aussi freudien ou arbitraire peut bien apporter de plus pour moi ? Son amour pour Deep Purple (groupe de hard rock qui a marqué mon adolescence). Il en parle d’une manière personnelle. Sur deux pages, il raconte son coup de foudre pour cette musique rock phénoménale (p226-227). À la presque toute fin, il est cabotin face à Marcel Proust. Il argumente sur les jeunes filles en fleur par jeunes chattes humides. J’ai vraiment ri sur sa manière de moderniser la psychologie proustienne. Un roman fou, léger, brillant. Bienvenue en 2021 !


Notes

1. Les particules élémentaires, Flammarion, 1998. Ce livre est une révolution. Un style singulier avec ses aphorismes, ses mots grossiers. Il décrit à sa manière Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley.
2. Soumission, Flammarion 2015. L’histoire se passe dans un futur proche dans lequel est élu en 2022 un président de la République issu d’un parti musulman.

Michel Houellebecq, Sérotonine, J’ai Lu, 2020.

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