//Noami Fontaine : Kuessipan (À toi)

Noami Fontaine : Kuessipan (À toi)

Ricardo Langlois

Mémoire d’encrier a le vent dans les voiles. Les nouveaux auteurs (res) sont publiés, et parfois réédités. L’écriture autochtone permet la décolonisation de l’art par l’art et à la reconstruction de l’imaginaire perpétué par l’héritage mnémonique. Nous sommes conviés à tisser de nouveaux liens : Autochtones, gens de la diversité culturelle, Canadiens et Québécois de souche. Les créateurs et les écrivains, Natasha Kanapé Fontaine, le rappeur Samian, bousculent l’évolution et l’espace culturel par leurs écritures et leurs inventivités.

Avec Kuessipan (2011) son premier roman, Naomi Fontaine ébloui par son murmure, le vent du Sud refait surface, de la neige jusqu’au printemps. Il faut parler de la tragédie d’une communauté malgré les stratégies de décolonisation par l’art. Cette écrivaine par son écriture de réciprocité, donne la parole à ses hommes et ses femmes vivants dans une réserve innue. Le verbe est limpide et lumineux. On entre en lien direct avec les Autochtones. On apprend à les connaitre.

Comment sortir de cette marginalité afin de compléter la révolution en cours ? Peut-on briser les silences, les non-dits, les écarts de conscience ? Il y a une vie douce au cœur de ce peuple. Comment se sent-on quand on est une petite fille au ventre rond ? Celle qui élèvera seule ses enfants. Qui criera contre son copain qui l’a trompée ? Qui pleurera seule dans son salon, qui changera des couches ? Qui s’abimera à travailler dur pour survivre ? Qui retournera sur les bancs d’école à 35 ans ? Dès la page 35, on souffre pour cette petite fille comme si c’était notre enfant (notre sang). « La dureté d’une nuit à attendre son copain. L’absence au rythme des chèques d’aide sociale. Un pick-up passe lentement. Les jeunes en bandes. Des caisses de vingt-quatre. Des hurlements tard le soir. » (p.39). Que dire de cette prose si féconde, si humble, qui décortique la condition humaine ? Ce peuple oublié.

La révolution de la prose : « L’été refait ses premiers signes, l’enfant revient, refait ses premiers pas, ses premiers signes, l’enfant revient. Il a vieilli. La mère prend dans ses bras le petit homme. Elle pleure de ne plus reconnaître sa voix et ses manières. C’est le changement de saison. Elle voudrait que l’été dure longtemps. » (p. 67). Seule devant la fenêtre ouverte du destin, une femme évolue dans l’attente et la douleur. Tant de choses peuvent inquiéter l’amour, la passion. Solidité de femme, elle est souple et mobile. « Tu as vu la réserve, les maisons surpeuplées, la proximité, la clôture défaite, les regards fuyants. Tu as dit : juste un peu de gazon, puis ce serait correct. On a dormi dans la maison de mon enfance. » (p. 88). Il y a tant de beauté dans ce quotidien, cette fierté d’être elle-même, toujours à contre-courant. Comment ne pas être séduit par l’évolution de cette femme ? Dans la douleur, dans la douceur, parce qu’elle appartient à ces « âmes anciennes, » (p. 92). L’espace d’un ailleurs, quelque part dans une réserve, affronter ce qui est, l’enjeu global d’une vie. Un exemple de foi et de lucidité, au-delà du génocide et s’interroger sur le cœur humain.

  1. Naomi Fontaine est connue pour son premier roman Kuessipan publié en 201 et en livre de poche en 2019.  Naomi Fontaine a obtenu une mention honorable du Prix des cinq continents de la Francophonie 2012. Elle a étudié à l’Université Laval. Son second roman Manikanetish a été publié en 2017.
  2. Pour mieux connaitre les auteurs amérindiens, nous recommandons Natasha Kanapé Fontaine, poète, slameuse, peintre, comédienne et militante. Samian, rappeur et comédien, avec trois albums à son actif. Mon coup de cœur personnel : Jean Désy, né en 1954, écrivain et médecin et auteur de Chorbacks en 2017.

 

https://youtu.be/QURFTz0JyzA

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