Nora Atalla, La révolte des pierres

J’ai conversé avec Nora Atalla avant d’écrire sur son livre. « La révolte des pierres » ? L’abîme. Une cassure métaphysique. Le monde est en guerre. Cette droite qui méprise la culture. Les sociétés occidentales rongées par le capitalisme. Eternel ado qui glisse vers une vision dionysiaque, j’ai pensé à Paul Auster, le romancier. « Tu ne condamneras pas les pierres, ne te regarderas pas toi-même ». (1)
Émerger du Chaos

Madame Atalla insiste : « C’est pour rendre le monde meilleur ». Il m’a fallu un certain temps pour comprendre. L’au-delà des pierres, les dessous, les strates, les couches souterraines. Lire entre les lignes :

« Rêver
Genoux calés dans la terre
Pour toucher le silence
Des pierres et des prières. » (p.21)

Le grondement de Babel. Un pays sans terre. L’homme se croit trop beau au cours des siècles. (Lautréamont) Elle parle fort, Nora Atalla. De temps en temps, le souffle épique ou un éloge funèbre au monde qui s’étiole.

« La désintégration
Ne se limite pas à nos rebords

Elle rampe
Avec la sournoiserie du reptile. » (p.32)

J’ai pensé à Paul Auster

En lisant Madame Atalla, j’ai l’impression de vivre dans un monde à part. « Temps de terre, les pierres battent dans les creux de poussière » (2). Depuis les origines de l’homme, la pierre tranquille sur terre, dans la mer. Un mur de pierres. Un chaos dans le mouvement du monde. Existe-t-il un secret, un prisme, un gisement surnaturel ? Peut-on avoir les mélancolies de chapelle ?

« Les mélancolies de chapelle s’épurent

Dans le creuset nuancent les ombres

Les insomnies craquellent les fondations

Menacent l’orientation du cœur.» (p.51)

L’autrice a choisi sa propre rhétorique. Un discours sur le temps, l’émotion (pure). On ne demande pas au poète d’être clair. Ici, j’ai de la sympathie pour le doute raisonnable à ce monde perdu d’avance. Douter du monde sensible ? Jamais devant un poète. La phénoménologie du sensualiste, selon Michel Onfray.

La pierre veille

Je pense à mon enfance. Lancer des pierres dans le fleuve avec force et brutalité. Roland Giguère a écrit ceci : « Comment dormir ici quand la pierre veille. » (3) Je tourne une autre page :

« Au lever du jour
La jeunesse prendra les armes
Les boucliers s’élèveront contre la démence

Pour que refleurissent les sourires

Jusque dans les bauges et la fange. » (p.63)

C’est la guerre. Il faut écrire un poème de résistance. Griffonné sur le mur des graffitis. Comment saisir les images ? Je reste cet enfant rebelle qui lit dans l’ombre. Je pense à « Forêt Vierge Folle », ce grand classique de notre poésie québécois.

« Je ne peux que suivre votre ligne de vie

A travers ce chaos de douleurs vives. » (4)

La Pierre est Dieu

Votre écriture interroge l’humanité dans un scénario apocalyptique. « L’éclosion de l’imposture » (p.92). Le déclin de l’Occident n’est pas une thèse. L’attaque contre le Capitole, l’explosion des thèses complotistes, la censure dans les universités, etc. Oui, notre civilisation se meurt davantage chaque jour. Je m’accroche à la poésie, à un psaume pour me réconforter. Quelle solution ? Dans la chrétienté médiévale, Maître Eckart disait que « La pierre est Dieu mais elle ne sait pas qu’elle est .» C’est un livre qui dérange. Je n’avais jamais lu un livre aussi dur sur l’humanité. J’ai appris sur « le théâtre des origines » (p.102). Un travail sémiologique pour l’autrice. Protéger les écosystèmes, la nature et la poésie par le transhumanisme.

Notes
1. Paul Auster, Disparitions. Babel 2008. Son seul livre de poésie à ma connaissance.
2. Paul Auster, Ibid, p. 67.
3. Roland Giguère, Forêt Vierge Folle. Typo 1988. P. 185.
4. Ibid, p. 192.

Nora Atalla, La révolte des pierres. Écrits des Forges 2022.  Nora Atalla a travaillé longtemps dans le domaine de la publicité et des communications. Ses fréquents voyages à l’étranger l’ont amenée à vivre deux ans au Honduras, deux ans en République démocratique du Congo, deux ans au Cameroun et près de trois ans au Maroc (3). Elle vit désormais dans la ville de Québec (3).
Lauréate de plusieurs prix et bourses en Europe, elle a été finaliste en poésie du prix Alain-Grandbois de l’Académie des Lettres du Québec (2014), du Grand Prix international de Curtea de Argeș (2011) et aux Prix littéraires 2008-2009 de Radio-Canada (3). Elle participe à plusieurs projets littéraires et salons du livre et se produit régulièrement sur scène dans des récitals poétiques et musicaux. Outre ses romans et ses recueils de poèmes et de contes et de nouvelles, Nora Atalla a été publiée dans plus d’une trentaine d’anthologies poétiques au Québec, au Sénégal, en France, en Belgique, en Italie, en Martinique, en Roumanie, en Colombie, au Honduras et aux États-Unis (3). Elle a organisé, animé et participé à de multiples activités littéraires et récitals poétiques au Printemps des poètes de Québec de 2008 à 2016, notamment à La Nuit de la poésie de Québec (4).

Aussi membre de plusieurs jurys littéraires et comités consultatifs, notamment du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec (5). Elle anime des ateliers de poésie et d’écriture, et fait du mentorat auprès de la relève (Mesure Première Ovation, gérée par l’Institut canadien de Québec).
Source : Wikipédia.

JGA

Ricardo Langlois

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com