//Philosophie spirituelle, pour des temps nouveaux. (Texte no. 2)

Philosophie spirituelle, pour des temps nouveaux. (Texte no. 2)

Robert Clavet

L’existence d’une vie extraterrestre n’est pas encore scientifiquement prouvée. Cependant, un rapport présenté à la Commission de la Science et de la Technologie du Congrès américain, affirme : « Le vieux concept selon lequel l’homme est seul et unique dans le cosmos disparaît progressivement. (…) Récemment, des chercheurs renommés ont avancé l’existence possible d’un million de civilisations évoluées dans notre seule Voie lactée. » Leur argumentation est basée sur le fait que notre galaxie contient à elle seule 200 000 000 000 d’étoiles, qu’il existe des millions d’autres galaxies et que, tout autour de ces innombrables « soleils », des milliards de milliards de planètes gravitent. À Porto Rico, un énorme radiotélescope cherche à capter les ondes radio naturelles en provenance du cosmos, mais il pourrait tout aussi bien intercepter un message radio émis d’un point quelconque de l’univers. D’autres radiotélescopes se trouvent en Union soviétique, en Grande-Bretagne et dans bien d’autres pays. En 1974, le radiotélescope de Porto Rico a aussi lancé un message à destination d’un groupe d’étoiles nommé Messier 13, situé au bord de la Voie lactée, à 24 000 années-lumière de la Terre. La sonde spatiale Pioneer 10, envoyée vers Jupiter, était porteuse d’une plaque destinée à d’éventuels extraterrestres. Sur la sonde Voyager, on a fixé un disque phonographique contenant deux heures d’enregistrement de sons et de bruits terrestres. On a aussi beaucoup attendu des roches lunaires ramenées sur Terre, mais sans y découvrir quelque trace de vie. On s’est aussi intéressé aux planètes, à Mars en particulier. Les sondes Viking I et Viking 2 ont ramené des échantillons, mais toujours sans marque de vie. Carl Sagan, un astronome-biologiste, a écrit : « L’acquisition, grâce à des messages venant d’autres galaxies, de connaissances dans les domaines de la science, de la logique, de la culture et de la morale, pourrait être à la longue le seul événement notoire de notre civilisation. » Il émet l’hypothèse que des sociétés extraterrestres très évoluées pourraient nous proposer une solution aux problèmes des pénuries alimentaires, de la surpopulation, de l’approvisionnement en énergie, de la raréfaction des ressources, de la guerre et de la pollution. L’ancien magazine Omni est allé jusqu’à déclarer : « Certaines sociétés évoluées pourraient nous apprendre à préserver la vie, à éviter une catastrophe suicidaire due à une guerre atomique ou à une destruction insouciante de notre environnement, et elles pourraient même nous révéler le secret de l’immortalité. » Mais tendre l’oreille vers l’espace est-il le meilleur moyen pour trouver des réponses aux questions fondamentales ?

Il y a 5 milliards d’années, à la périphérie de la Voie lactée, il n’y avait qu’un vaste nuage de gaz et de poussières. Les parties les plus anciennes de la croute terrestre datent d’environ 4,4 milliards d’années. Les premières traces de vie remontent à 3,5 milliards d’années. Le premier être humain est apparu il y a entre 3 et 5 millions d’années (selon que l’on intègre ou pas les australopithèques). L’invention de l’écriture, c’est-à-dire le début de la période historique, date de 4 à 6 mille ans (selon les régions du monde). À partir d’il y a environ 3 500 ans, les premières civilisations apparurent. Parmi les plus grandes, celles de la Mésopotamie, de l’Égypte, de l’Inde et de la Chine ont vu le jour sur des portions déterminées du globe, protégées par des déserts. Elles ont été le lieu d’événements d’ordre spirituel qui ont créé la conscience dont nous vivons encore. De nombreuses religions se sont développées comme l’hindouisme et le bouddhisme en Inde, et le zoroastrisme en Perse. Les religions abrahamiques apparurent aussi à cette époque : il s’agit principalement du judaïsme, du christianisme et de l’islam, dont les textes sacrés (le Talnakh, la Bible et le Coran) évoquent la figure d’Abraham. En Chine, trois écoles de pensées se développèrent : le taoïsme, le légisme et le confucianisme, ce denier ayant finalement pris l’ascendant. En Occident, les conquêtes d’Alexandre le Grand, il y a 2 400 ans, contribuent à la diffusion de la philosophie grecque. Cent ans plus tard, Rome agrandit son territoire par les conquêtes et la colonisation. La désagrégation progressive de l’empire romain, il y a 1 800 ans, coïncide avec la diffusion du christianisme. Il y a 1 500 ans, la partie occidentale de l’Empire romain est conquise par des tribus germaniques et se scinde en divers États guerriers, tous plus ou moins affiliés à l’Église catholique romaine. La moitié orientale prend le nom d’Empire byzantin. Quelques siècles plus tard, un semblant d’unité s’établit en Europe occidentale avec la création du Saint-Empire romain germanique, regroupant plusieurs États sur les territoires de l’Allemagne et de l’Italie. Au 15e siècle, en Occident, une révolution de nature scientifique et technique fit progresser la domination de l’être humain sur la nature. Pour le meilleur et pour le pire, les Européens devinrent des explorateurs, des colonisateurs et des exploiteurs. Le nouvel âge technique permit des relations inédites à l’échelle de la planète au moyen de la navigation, auquel allaient s’ajouter les ondes et l’aviation. Au 20e siècle, après les deux grandes guerres, la puissance de l’Europe décroît et, parallèlement, les États-Unis et l’Union soviétique se développent en superpuissances. Sur sa lancée de 1917 en Union soviétique, l’idéologie communiste gagne l’Europe de l’Est après 1945, la Chine à partir de 1949, puis d’autres nations du Tiers monde entre les années 1950 et 1960. La Première Guerre mondiale avait balayé de nombreuses monarchies, et affaiblit la France et la Grande-Bretagne ; la Seconde abat la plupart des dictatures militaires européennes à la faveur d’une avancée du communisme. Pendant quarante ans, les États-Unis et l’Union soviétique, ainsi que leurs alliés, vivent dans un climat de guerre froide dominé par le spectre d’une annihilation nucléaire. Au cours des années 1990, l’Union soviétique implose et l’hégémonie américaine s’impose. En Occident, les niveaux de vie s’élèvent, mais les problèmes environnementaux et les conflits mondiaux dus à la raréfaction des ressources naturelles s’aggravent.

Depuis des temps immémoriaux, les êtres humains ont été renseignés sur leur Histoire par le mythe et la légende. Les histoires saintes attestent non pas des faits, mais de leurs interprétations en fonction des croyances. Alors que la science historique s’en tient aux faits objectifs, les croyances cherchent plutôt à donner un sens aux événements, à favoriser une énergie que les anciens appelaient la foi et l’espérance. Pouvons-nous encore comprendre les spiritualités de l’Occident, de la Chine et de l’Inde ? Des croyances nouvelles viendront-elles soutenir l’humanité ? Le discours scientifique établit une scission entre le sujet connaissant et l’objet connu. À l’opposé, la spiritualité se caractérise par une non-séparation du sujet connaissant et de l’objet connu, car c’est le sujet connaissant lui-même qui s’éveille et s’accroit. Dans cette quête, une vérité unifiée se révèle expérientiellement à une conscience animée par un ardent désir d’infini, sur un fond de docte ignorance. En utilisant consciemment des analogies, des symboles et des antinomies, avec une raison ouverte à ce qui n’est pas objectivable (à ce qui est inséparable du sujet concret dans son intégralité), le discours spirituel est le témoignage d’une expérience qui ne peut être communiquée qu’à d’autres consciences ayant vécues des expériences analogues. La philosophie spirituelle ne se caractérise pas par une subjectivité entendue comme un manque d’objectivité, mais par le caractère unificateur d’une raison embrasée par un puissant désir d’infini, sans contredire la science sur son plan. Mircea Eliade a adopté la notion d’archétype pour désigner les symboles fondamentaux (des Modèles, des Archès, des Images primordiales) qui servent de matrice à des séries d’interprétations que l’on retrouve dans diverses religions et cultures. Bien qu’ils aient accordé une grande importance à la connaissance du monde physique, les sages de l’Orient et de la Grèce, dont nous sommes les héritiers, étaient convaincus que la Vérité absolue est Une et réside en nous-mêmes. Pour eux, l’âme est le lien à la réalité véritable et la clef de l’existence. En centrant leur volonté, en développant leurs facultés latentes, ils atteignaient à ce foyer vivant qu’ils nommaient Dieu, à l’origine de la culture spirituelle dont le suc nous nourrit encore. Alors que la matière et l’espace demeurent silencieux, l’intelligence spirituelle accueille une mystérieuse parole. La création spirituelle est un acte d’amour et de liberté, au cœur de ce que nous sommes vraiment. Issue d’un manque, l’énergie amoureuse (l’éros) entraîne une puissante volonté de dépasser les limites ; en vue de retrouver une intégralité que nous avons perdue, mais dont nous avons gardé l’Idée.

Dans la quête humaine du savoir, nous nous égarons rapidement dans la multiplicité des réalités cosmiques et historiques, et nous prenons conscience du caractère dérisoire de notre existence. L’univers matériel ignore qu’il existe, mais nous, nous savons que cette chose immense existe. Par une sorte de renversement, notre conscience opère une sorte de saut qualitatif qui révèle, malgré notre insignifiance objective, les êtres extraordinaires que nous sommes, qualitativement parlant. La conscience que nous prenons de notre insignifiance, se tourne dès lors en son contraire. Si nous ne savions rien de l’univers, ne serait-ce pas comme s’il n’existait pas ? Cela peut paraître absurde, mais la question est pertinente : que serait un être qui ne sait pas qu’il existe et dont personne ne connait l’existence ? Serait-il une simple potentialité d’être connu ? Nous, qui sommes si peu de chose dans l’économie de l’univers, ne serions-nous pas l’œil qui voit le monde, la conscience de l’être, ce qui donne de l’être aux choses ? Le mutisme de l’immensité nous écrase, nous rend quantitativement infimes, mais la lumière infinie qui surgit dans notre conscience donne sens à la multiplicité des choses, met l’immensité à notre portée, donne la parole à ce qui est silencieux. Que sommes-nous, nous qui voyons et donnons sens aux choses ? Êtres pensants, nous sommes le lieu où se révèle ce qui est. Mieux encore, nous sommes non seulement conscience, mais conscience de nous-mêmes, auto-conscience. Non seulement y a-t-il ce qui est révélé, mais cette révélation elle-même se révèle à la conscience. Il y a un saut qualitatif de la connaissance intellectuelle des objets, à l’expérience existentielle d’être et de penser. Du seul point de vue de la matière et de la connaissance objective, ce saut n’est pas grand-chose, la science rend humble, mais, du point de vue philosophico-spirituel, il atteint à cette profondeur où il est possible de fonder une nouvelle conscience de ce que nous sommes vraiment.

Lorsque nous pensons, nous sommes un sujet dirigé vers un objet. Mais comment l’objet vient-il à notre conscience ? Par le fait que nous le saisissons tel qu’il se donne à nous, ou que nous le produisons sous la forme d’une idée qui s’impose comme exacte ? Mais l’objet existe-t-il par lui-même ? Nous le pensons comme un objet existant et vers lequel nous allons ; nous l’appelons quelque chose, une chose, une situation, bref, un objet. Pourtant, c’est pour nous qu’il est tel qu’il se montre : c’est parce que nous sommes, qu’il est tel. Et nous, existons-nous vraiment en tant que sujets à la recherche d’objets venant à notre rencontre ou se trouvant en face de nous ? Pour que nous le cherchions, il faut qu’un objet existe préalablement pour nous ? En ayant conscience de nous-mêmes, nous sommes en même temps dirigés vers des objets. Il n’y a pas de Moi sans objets extérieurs, mais pas d’objets sans Moi. Autrement dit, pas d’objet sans sujet ni de sujet sans objet. Mais s’ils n’existent pas l’un sans l’autre, quel rapport y a-t-il entre eux ? S’ils sont inséparables, quel est donc ce lien d’unité à l’intérieur duquel ils sont malgré tout assez séparés pour que le sujet soit, par la pensée, dirigé vers l’objet ? Quel est cette unité qui précède l’opposition sujet/objet, qui n’est elle-même ni sujet ni objet ? Comme cette mystérieuse unité précède la scission du sujet et de l’objet, nous devons chercher un autre fondement pour la penser, qui ne soit ni objet ni sujet. La grande Tradition spirituelle donne une réponse. Au cœur même de ce que nous sommes vraiment, à la source de notre conscience (plus nous-même que nous-même, mais attribué exclusivement au prédicateur de Galilée pour en faire un mythe vivant et fonder une religion), est notre Moi véritable : le Logos incarné, le Verbe fait chair, qui est Voie, Vérité et Vie. C’est aussi la réponse à l’énigme posée par l’étrange monde quantique. Le Divin en nous confère une qualité ontologique à l’Univers, de l’Un vers la multiplicité (où se concrétionnent les « vibrations » les plus basses) et de la multiplicité vers l’Un (actualisant relationnellement les énergies les plus élevées), en un seul Monde « nouménal-phénoménal », en un éternel présent, que la Beauté révèle.

Robert Clavet, PhD    LaMetropole.Com

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