//Rachel Leclerc, La chambre des saisons 

Rachel Leclerc, La chambre des saisons 

Ricardo Langlois
On m’avait prévenu : tu vas adorer La chambre des saisons. Des éloges faites par de brillants poètes (Claude Paradis, Daniel Guénette) m’ont convaincu. La beauté du paysage. Le retour au pays de l’enfance. Le souffle rythmique. La pulsation. La résonance. “L’invention d’un autre soi à l’équilibre des matières et des pensées” (1)
Évoquer le passé

Voilà le récit des Gaspésiens. Nous sommes en 1815. Le besoin de raconter une histoire ancestrale. Défaire le pont. Un temps où il fallait vivre et survivre.

“Le ruissellement des saisons sur la montagne.

La spirale des siècles, les secousses du monde qui naissait dans l’espérance et le chaos.” (2)

Peut-être un chemin d’initiation. La restauration des origines de la nature. La découverte de la vie. Le récit donne une plénitude à ceux qui étaient là avant nous. L’histoire du Québec comme une croisade. C’est un parcours, presqu’une méditation sur les fondements du territoire gaspésien. L’écriture brûle. Il faut prendre de grandes respirations. La poétesse est aussi écrivaine. Il y deux livres qui se chevauchent dans ce recueil.

“Maintenant qu’ils ont vu la pierre noire
Qui peut tenir à la place du cœur rien n’est plus Pareil, et pourtant veiller les uns sur les autres Est essentiel.” (3)

La dernière saison

Sur Facebook, je me suis permis d’écrire un mot à l’autrice. De manière candide, j’ai simplement dit : “J’ai aimé la dernière saison.” Où sommes-nous ? “Sur une planète étroite et solitaire” (4). Il faut revenir à soi. La visée secrète de nos ambitions. Je débusque Proust dans ce besoin constant de la mémoire, dans cet appel à l’éternité. Avant tout, je sens une œuvre de désirs.

“Elle voulait une vie simple
Faite de livres et d’enseignements
Elle se voyait dans une classe,

Avec un bureau en chêne
Des fenêtres gorgées de lumière” (5)

Et j’ajoute ceci :

“Et quel avenir pour celui qui n’aura plus qu’à s’en aller les mains vides
Le cœur a jamais dépeuplé” (6)

Mettre son cœur à jour (7)

Il y aura une musique disait Claudel. Le chant natif qui est en nous. “Être capable de résonner avec l’Âme universelle” (8). Ah, ce grand pays imaginaire ! Il est si proche. On ne rêve plus. On se souvient, seulement. Le monde qui aboutit dans un livre disait Mallarmé.

“Combien de nouveaux départs lui faudrait-il
Pour enfouir la maison au plus profond de sa conscience.” (9)

Je fais des raccourcis. Je réinvente le parcours. Je pense à Jean Sioui : le poème est ma sagesse. “Mes doigts impatients cueillent ainsi le goût des mots.” (10). L’indicible ravissement. La notion primordiale de Simone Weil sur la beauté. Beauté de la nature révélée par la création artistique.

L’autrice se réfère à son destin de poète. La chambre des saisons constitue une réflexion autobiographique. L’histoire du père, de la mère et finalement de la fillette dans son monde (dans sa chambre). C’est un livre qui fait référence à l’esprit, à l’écho de toute une vie. Une prise de conscience. Le fameux parcours terrestre. Le survol d’une immense aventure. Chaque poème est un ensemble d’élans, de joie. La vraie vie comme un long poème-fleuve. C’est très beau. “L’enfant habite son propre réseau de visions profanes et de vœux contrariés.” (11)

Notes

1. Rachel Leclerc, La chambre des saisons, p. 43 2. Idem. p.62
3. Idem. p.87
4. Idem. p. 106
5. Idem.p. 111
6. Idem. p. 117
7. Idem. p. 134
8. Francois Cheng, De l’Ame, Albin Michel, 2016.
9. Rachel Leclerc, La chambre des saisons, p. 140
10. Jean Sioui, Au couchant de la terre promise, Mémoire d’encrier 2021
11. Rachel Leclerc, La chambre des saisons, p. 173.

Rachel Leclerc est romancière et poète. Elle est la dernière d’une famille de sept enfants. Elle a passé la majeure partie de sa vie a Montréal, mais sa région natale, la Gaspésie a formé son imaginaire. Prix Émile Nelligan et finaliste au Prix du Gouverneur Général pour différents romans.

Rachel Leclerc, La chambre des saisons, Noroït, 2021.

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