//Rupi Kaur, le soleil et ses fleurs

Rupi Kaur, le soleil et ses fleurs

Ricardo Langlois
Une véritable bombe dans le milieu de la poésie, Rupi Kaur poète, artiste et performeuse.

À dix-sept ans, Rupi Kaur ouvre son cœur dans un micro. Elle récite sa poésie en spoken word.* Elle est étudiante à l’Université et décide de publier à compte d’auteur. Pourquoi attendre? Le talent de Rupi Kaur est devenu un phénomène international. Son premier recueil Milk And Honey s’est vendu à trois millions d’exemplaires.

Une voix s’élève. De la poésie entre rationalité et questionnement. Féministe aux émotions denses, le travail poétique est remarquable. Son « Je est écartelé ». Elle a une voie dans sa voix. À ciel ouvert, c’est le cri d’une génération. Une filiation sur la vie qui bat. La vie comme le spectacle de l’humanité. Les zones sombres de l’Être humain ont leurs postulats : les fleurs se sont décapité, la seule chose encore vivante ici, c’est moi, et j’ai à peine envie de vivre (p. 61). La femme qui se penche, qui fait le point sur le chagrin d’amour mal vécu, ami ou amant, une perte est une perte. (p. 66).

Ce projet poétique ouvre de nombreuses portes aux métaphores. Peut-on parler de libération de la femme encore aujourd’hui? Rupi Kaur fait référence à la culpabilité et à la honte. Les baby-boomers ont bien connu cette époque où la femme était presque un objet. La femme était toujours la seconde moitié dans l’ombre des foyers. Rupi Kaur provoque. < Je n’arrive pas à comprendre qu’il m’incombe de convaincre la moitié du monde que mon corps n’est pas son lit, je suis occupée à apprendre les conséquences de la féminité. > (p 95).  Rupi Kaur établit par son écriture l’évidence qui saute aux yeux. Son projet poétique a sa connexion. L’intériorité de la femme activiste. Elle remet les pendules à l’heure à sa manière. Existe-t-il une recette pour la vie? Rupi Kaur se penche doucement sur sa mère tout en pleurant : pense aux fleurs que tu plantes dans le jardin année après année. Elles t’apprendront que nous devons aussi nous faner, tomber (p. 114).

La poésie a ce mystérieux don (malgré le cynisme ambiant) de nous centrer. De répertorier tout ce qui est englouti au fond de nous. L’amour n’est pas une ligne droite. Peut-on encadrer l’amour dans une idéologie? Peut-on l’embrigader? Voilà des questions qui surgissent, estce que le cœur est plus fort que la tête? Que peut-on risquer sinon d’être simplement celui ou celle qui accepte de se donner à la Vie?  À qui peut-on faire confiance? Moi qui écrit de la poésie ésotérique, j’ai beaucoup appris de cette lecture, parce qu’elle supplie Dieu, celui qui vit dans le ventre de l’affamé ou dans des corps féminins vendus contre de l’argent (p. 132). Il n’y a pas de point final. Il y a l’histoire du Monde. Le chemin de la poésie est au service de l’Amour. Rupi Kaur nous parle avec simplicité (ce chemin dont tu as besoin pour avancer). Pour moi, c’est une révélation, un cadeau, peut-être parce que c’est de la poésie authentique. Pure et sans détour.

Rupi Kaur est une poétesse de moins de trente ans, certainement dans le top 100 des femmes les plus importantes, selon la BBC. La traduction de son livre a été confiée a des universitaires québécois (Lori Saint-Martin et Paul Gagné). Le soleil et ses fleurs, Guy Saint-Jean Éditeur, 2019.

[ *  Le spoken word est une façon particulière d’oraliser un texte, qu’il soit poétique ou autre. Il comprend souvent une collaboration avec d’autres formes d’art comme la musique, le théâtre ou la danse. L’expression est inspirée des traditions jazz, soul et blues, et surtout de la Beat generation, symbolisée par Kerouac, Ginsberg et Burroughs. ].

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