//Sébastien Émond, Notre-Dame du Grand-Guignol

Sébastien Émond, Notre-Dame du Grand-Guignol

Ricardo Langlois
En septembre dernier, le gouvernement québécois a déposé le projet de loi 599, une loi encadrant le respect de l’orientation sexuelle et de l’identité du genre. Je vous propose un livre d’exploration poétique sur le thème du transhumanisme. La prose forte et imagée de son auteur, Sébastien Émond, y est particulièrement maîtrisée.

« Je fantasme mon amputation

ta disparition, tu fantasmes le

moment culminant du show

J’imagine déjà la moiteur de ta

Naissance » (p. 28)

Être (trans) humain

S’adonner en spectacle, la machine est délirante. Le processus est un dépassement dialectique. Dans mes lectures, la communauté LGBTQ a un poète solide. C’est aussi un exercice philosophique. L’horreur du vide. Être libre (libertin). L’auteur transfigure le rapport de l’homme dans sa condition humaine. Le découpage est ontologique et sans demi — mesure. Déconstruction du divers, du multiple, des images imposées. « Le corps-image » (1)

« Tu es un lièvre empaillé tu ne cours plus .

Tu dialogues avec le vide qu’on replie

sur soi comme un gant tu ne respires plus.

tu n’as pas trouvé le moyen de te sécher après

l’accident séminal (…) »  (p. 31)

Entre l’éthique et l’esthétique

Le poète Émond traverse simultanément les frontières entre l’éthique et l’esthétique. Se montrer et s’exhiber comme un trophée. Tout est permis. Tout est relatif.

« Omniprésence du métal, des ombres, des ralentis —

C’est un festin multisexes sous la tablée underground (…) Daddy

Enfonce deux doigts dans le sida de ton enfance » (p.50)

Dans le fouillis du monde, depuis l’Antiquité grecque jusqu’aux écroulements de notre modernité. Il y a eu de nombreux combats : le sida, le mariage gai, l’icône gaie… De la subjectivité ? L’auteur écrit de manière « gore ». Il parle de transformation. De  TRANS… « Avant que la douleur ne reprenne dans ton destin de corps. Tu deviens Mary » (p.66)  Ne pas être dans le jeu social. Ne pas être dans le théâtre médiocre de la majorité. Revendiquer sa différence. Souvenez-vous de Dante qui voulait « que les envieux aient les paupières cousues avec un fil d’acier » (2) J’ai pensé à la mort rose d’André Breton : « Je monterai les cœurs des hommes pour une suprême lapidation » (3).

Trans is beautiful

Ce livre vous dérange ? En quoi?  Le mouvement de la contre-culture, David Bowie, Jean Genet, Édouard Louis, a depuis longtemps ouvert une brèche. En lisant Notre-Dame du Grand Guignol, nous atteignons le cœur d’un monde souterrain. Il y a une vérité qui dépasse le symbolisme sexuel. Au-delà du phallus triomphant.

« Mary — naufragée de son corps à la solitude

de celle qui va métamorphosée en quelque

chose d’absolu (…)

mais quelqu’un a-t-il pensé au cœur de Mary » (p.74 — 75)

 Être queer et libre 

C’est le parcours unique du poète, de manière oblique. Peut-on rêver d’un corps absolu ? D’une digression sur l’exigence du corps ? Parce que le poète Émond est un romantique qui cherche constamment à valider le sacré et la perversion. Se justifier de manière poétique et dionysienne. Il avance. Il revendique, malgré la tragédie de l’existence. C’est l’auto création. Être queer et libre.

Notes

  1. Le post humain — latanshumanisme.com sur Orlan (lecture suggérée)
  2. Dante, L’enfer de Dante (citée de mémoire)
  3. André Breton, Clair de terre, NRF livre de poche 1996.

Sébastien Émond a publié son premier volume de poèmes en 2018. En 2019, il a été finaliste au Prix de poésie de Radio-Canada. Notre-Dame du Grand-Guignol  est son deuxième recueil de poèmes.

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