//Uiesh Quelque part de Joséphine Bacon

Uiesh Quelque part de Joséphine Bacon

Ricardo Langlois
Apprendre à vivre. Voilà la grande affaire.

Est-ce philosophique et poétique? Il faut d’abord vivre. Épicure en a fait un argument majeur. J’assume mon destin. Quelque part est une sorte d’ovni parmi tous les livres de poésie qui se vendent. La poésie actuelle aime la déconstruction. Jongler avec les mots et réinterpréter le monde au nom de la modernité. Joséphine Bacon a plus de 70 ans, elle est de quelque part (on ne sait pas où exactement), mais moi, je le devine : la terre du Québec de nos ancêtres. On veut aller avec elle à la rivière. Une leçon d’humilité par la poésie : Derrière mon âme invisible / Tu cherches le lieu / Tu cherches le cœur / Tu entames le chant (p. 16) La vie est un cadeau dans les splendeurs de l’humanité. Sa parole nous éclaire.

Comment écrire plus beau et plus vrai. Elle raconte Nutshimit, terre des ancêtres. Oui, c’est un livre de mémoire et de nomadisme : Je m’emprisonne dans une ville / Privée d’horizon / Je me dirige vers tes yeux / Leur couleur Déshabille mon âme (p. 30). Nous marchons à ses côtés. J’écoute en elle la voie de la méditation existentielle. La poésie, l’innommable, pour laquelle il n’existe pas de reconstruction. Nous habitons ici et maintenant. Elle évoque l’hiver de manière simplifiée et grandiose : Je marche l’hiver / Le givre s’installe aux ténèbres / Sa blancheur aveugle / Je me retrouve sur mes pas / Le vent les a emportés dans un seul nuage (p. 54).

Je referme le livre. Je médite. Ce sont des mots affectueux. La prose est limpide et juste (économe de mots). L’âme est mise à nu. Nous cherchons ce quelque part pour substituer le vide de la société de consommation. J’ouvre le livre au hasard, peut-être un chemin d’affection, quelque part? Tu parles d’étoiles / Tu parles de rivières / Tu parles d’astres / Tu parles de lac / Tu parles de l’infini / Je te parle de la toundra tu parles d’ange (p. 74) Exprimer le quotidien dans une prose poétique qui vient tout droit du cœur. La narratrice est bouleversante. Cette dame d’origine amérindienne possède la sagesse de nos grands-parents, à mon humble avis. La religion importe moins que l’Esprit, qui importe moins que le cœur. Accepter d’être ce que l’on est. Joséphine Bacon se définit en peu de mots : Je suis femme / Mère / Sœur / Amie / Amoureuse / Cela me suffit (p. 106)

Revenir à l’essentiel. La vie est créatrice. Elle fait naître de nouveau. Nous sommes tous nés d’une femme et d’un territoire. Ce recueil nous ramène au fondement de notre propre existence. Et si Joséphine Bacon était la poétesse de la sagesse, celle qui fait circuler la parole pour activer la Conscience?

1. Née en 1947, Joséphine Bacon est Amérindienne, innue de Betsiamites. Poète et réalisatrice, elle vit à Montréal. Elle est l’auteure d’une œuvre poétique saluée dans le monde entier.
2. Un thé dans la toundra a été finaliste au Prix du Gouverneur général et au Grand Prix du livre de Montréal en 2014. Incontournable de Radio-Canada en 2017.
3. Uiesh Quelque part, Joséphine Bacon, Mémoire d’encrier 2018.
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