//Un écrivain du Québec surfe sur la vague en France

Un écrivain du Québec surfe sur la vague en France

Alain Clavet

Marie Desjardins est un écrivain prolifique dont on parle peu au Québec. Auteur de romans, biographies, essais et divers articles, elle vient de faire paraître Ambassador Hotel, une fiction sur la dernière tournée d’une rock star, qui, en France a récolté une kyrielle de critiques élogieuses. (À lire l’article de La Métropole*).  Débarquant à Paris cet automne pour promouvoir ce livre sur le rock, Marie Desjardins s’est sans s’y attendre retrouvée en plein tourbillon médiatique. Toute la presse, attendant la sortie d’un CD posthume, était tournée sur Johnny, le seul et unique. Une déferlante qui a fait ressurgir dans les rédactions le seul et unique roman jamais écrit sur les amours du chanteur avec sa première femme : Sylvie Johnny Love Story.

Signé Marie Desjardins.

Tout une histoire, que ce roman. L’auteur, inspirée par une passion d’enfance pour la chanteuse, se mit à l’écrire autour de 1994, pour se consoler d’une grande peine d’amour… S’installant en France, elle le proposa à une brochette d’éditeurs. Tous reconnurent la qualité du bouquin mais la réponse fut systématiquement la même : « Si vous n’avez pas l’accord des deux vedettes, c’est non. » Or il ne s’agissait que d’un portrait littéraire et respectueux sur la passion du couple célèbre… Rien de trash pour provoquer le scandale… Internet n’existait pas, c’était un autre monde, une époque révolue. Le roman se retrouva dans une valise, au fin fond d’une cave. Mais il vivait toujours, comme les braises d’un feu qu’on tente en vain d’éteindre, comme le souffle d’une passion indomptable…

En 2010, un éditeur insouciant de toute conséquence publie enfin le bouquin. Sylvie Johnny Love Story est largement distribué au Québec et surtout en France. De l’autre côté de l’Atlantique, le roman se vend comme des petits pains. Sylvie, Johnny, et même Eddy Mitchell l’annoncent sur leurs sites web, mais Desjardins ne touchera jamais un sou de cette vague de popularité, ayant publié dans une maison malhonnête… Personne au Québec ne souligne la parution de cet opus – l’unique sur le célébrissime chanteur – sauf une journaliste de Radio-Canada, amie de l’auteur… Le livre est englouti.

Six ans passent. Johnny le tout-puissant est toujours aussi populaire dans sa contrée. « Une baleine dans un aquarium », précise l’auteur. Une maison d’édition honnête (cette fois) se lance dans la réédition du roman. De nouveau distribué en France, celui-ci ne récolte pas une mention. Frappé de malédiction? Pourtant… le grand Johnny est malade, bientôt il meurt, la presse ne traite que de la vedette, ne cessant de rappeler les plus infimes événements de son passé, et le livre ne fait l’objet d’aucune critique. Cette fois c’est la noyade. L’écrivain ne veut plus entendre parler de cette bizarrerie, une malédiction.

Pourtant… Cet automne, par les soins d’une attachée de presse remarquable, Marie Desjardins a glissé comme tous les autres dans le goulot du rockeur, le sujet de l’heure, au moment de la sortie du CD posthume de Johnny et de celui de Sylvie, lançant Avec toi. On fouille dans le passé des vedettes, on fustige la méchante Laeticia, tout le monde a une opinion sur l’affaire de l’héritage et Marie Desjardins, extirpée du fin fond des ténèbres, est sollicitée par Ici-Paris, LE magazine people, pour expliquer à des millions de lecteurs français comment le couple Johnny Sylvie a été brisé… « Un roman explosif », titre le magazine. Sorti des quasi décombres, le bouquin devient pendant vingt-quatre heures la traînée de poudre des tabloïds…

Faut-il en croire qu’il ne faut jamais désespérer? Qu’il faut attendre son heure?

Marie Desjardins a surfé sur la vague. Maintenant elle est rentrée au Québec, et croule sous la neige.

Son roman, unique, reste à lire.

À lire :  Un amour qui fait mal dans La Métropole :

http://archives.lametropole.com/article/arts-et-spectacles/livres/l-amour-qui-fait-mal

* Aussi : Ambassador Hotel

Dans le contexte d'une carrière au gouvernement du Canada dans les secteurs de la francophonie, des langues officielles et de la culture, j'ai eu l'occasion de donner des conférences à l'UNESCO et l'Internet Society à Washington, à Paris et au Japon. Mes études m'ont aussi permis d'obtenir des maîtrises en administration publique et en histoire canadienne.

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