//Virginie Francoeur : Jelly Bean

Virginie Francoeur : Jelly Bean

Ricardo Langlois
Oui, c’est le roman d’une quête.

Le discours de la rébellion. Comment vit-on son adolescence quand on est la fille unique de deux professeurs de littérature (Lucien Francoeur et Claudine Bertrand) ? Se rebeller. Avoir sa profession de foi. Renouveler la vie. « J’oubliais que c’était mon désespoir qui m’avait poussé à entreprendre cette recherche. La solitude ? Je ne veux pas être cette étoile. »  (Léonard Cohen) .  La rébellion magnifique ou simplement une quête d’absolu d’une élève modèle d’un pensionnat qui ne veut plus vivre dans un chemin précis et tracé (selon ses géniteurs). Ophélie se lie d’amitié avec Sandra et Djamila (fille d’émigrés, musulmane).

Nous sommes à Montréal. Fille unique d’Outremont qui repart à zéro. On la suit avec bonheur. Le sexe payant, danser pour du cash. Ophélie rêve d’un autre monde — comme si j’étais la tête d’affiche dans un film hollywoodien. Ophélie la star, c’est moi (p. 31). La complicité des filles est merveilleuse, c’est aussi ça la beauté de l’adolescence. Se créer un réseau. Appartenir à une filiation dans un destin cruel. Il faut changer la réalité. L’intensité est si forte que l’extasy (les jelly beans colorés) permet une fissure vers une lumière secrète. Une phrase déterminante :  « Hier, j’étais intelligente et je voulais changer le monde. Aujourd’hui, je suis encore plus intelligente et je veux posséder le monde. » (p. 53)

Ophélie, dans sa quête, n’a pas peur d’égratigner le pouvoir lourd de son éducation. Et puis on rit de bon cœur : « Mon daddy me récitait, via le nombril de ma mère, le poème de Verlaine… Les sanglots longs, des violons… Avant de commencer l’école, je pouvais réciter Ma bohème de Rimbaud. » (p. 96)  Souvent, on oublie, mais cette quête est souvent souffrance. Une spirale inconsciente : on cherche le bonheur par ses amies pour se retrouver (malgré elle) presque inconsciente sur le trottoir, presque morte. Un accident de parcours. C’est la survie avec un groupe de danseuses. Un Ti-Loup en guise d’amoureux illusoire. En lisant ce récit, j’ai pensé aux Terroristes d’amour (de Carole David) : Corps météore ou sirène diffuse. Féerie précise. Comme la jouissance qui va faire touche et feu des histoires vraies de ceux et celles qui voudraient aimer. Un beau roman qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.

Virginie Francoeur, Jelly Bean, Édition Druide, 2018. Virginie partage son temps entre la recherche scientifique, l’enseignement et l’écriture. Virginie Francoeur a aussi publié deux recueils de poésie et un essai. 

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