//Xavier Dolan l’indomptable

Xavier Dolan l’indomptable

Ricardo Langlois
Célébrer la différence. Faire les choses autrement. Cultiver l’art d’être soi-même. C’est Xavier Dolan, mais Dolan, c’est une partie de moi.

Une sorte d’incarnation de ma jeunesse. À la lecture de cette biographie, on y retrouve la marginalité et la singularité de quelqu’un qui veut par le cinéma, s’ouvrir à l’essence de l’Être. L’homosexualité du jeune cinéaste surdoué est l’une de ses portes qui mène au Royaume. Son interaction entre lui, sa mère, ses ami(e)s et des femmes surtout. Le passage de l’âge adulte pour Xavier Dolan est un exercice douloureux. Le jeune cinéaste dévoile le conflit permanent avec sa mère. J’ai tué ma mère est un film laboratoire expérimental (tout ce que l’adolescent peut rêver inconsciemment). Marginal et émotif, est-ce possible d’exprimer dans un montage parfois haché et rythmé, cette liberté de crier son manque d’amour très compulsif? Malgré tout, le cinéaste brille par sa personnalité artistique. J’ai pensé aux premiers films de Woody Allen et à sa névrose (sous-jacent son manque affectif).

Malgré les raccourcis mélodramatiques, l’auteur de cet article aime le cinéaste pour son courage et son audace. Il symbolise à lui seul l’avenir de la jeunesse. L’Indomptable, c’est de résister au pouvoir, aux subventions et aux règles établies. Laurent Beurdeley chercheur s’est penché sur tout ce qui concerne Xavier Dolan. Il épluche tous les articles de journaux, les blogues et les critiques pour démontrer à quel point le cinéaste atypique intrigue par sa filmographie.  Xavier Dolan explore ses zones d’ombres. Il précise que même s’il aspire au jeu d’acteur, il n’a aucunement l’intention pour autant d’abandonner la réalisation tant il aime raconter des histoires. Il précise que réaliser c’est libérer une idée, un concept, jouer c’est te libérer toi (p 94). Être gai, c’est la conception, l’épicentre, d’une quête à la source. Il dira lui-même qu’il s’adresse au plus grand nombre. Il ne veut pas porter cette étiquette. Il déclare même que ses films ne sont pas des outils de lutte de droits, ce sont simplement des films. Ce qui étonne, c’est son engagement envers la communauté lors d’une tuerie revendiquée par l’État islamique dans une discothèque gaie à Orlando en Floride. Entouré d’Elton John, Madonna, Leonardo DiCaprio notamment, sur son compte instagram, il devient presque spirituel en écrivant une sorte de prière. Donnons-nous la force et le courage de comprendre la peur, l’ignorance, le mépris, l’horreur et la barbarie.

Nous sommes tous égaux devant la mort et aucun geste de haine ou d’hérésie ou d’extrémisme ne nous éloignera de Dieu (p.123). En lisant ceci, j’estime que le réalisateur atypique montre son côté fragile, vulnérable, prophétisant (au-delà de l’image), sa déclaration d’urgence d’être Un dans l’œuvre inachevée. Transcender l’Art c’est aussi influencer, apporter son bagage d’humanité (les réalités invisibles de l’existence humaine). De tous ces films, c’est vraiment Juste la fin du monde qui m’interpelle au premier degré, parce qu’il y a une économie de mots, parce que le non-dit est lourd. J’y vois un grand événement artistique. Le spectateur peut respirer allègrement. Gaspard Ulliel crève l’écran. Ce film est génial par l’axe de la caméra (Louis toujours filmé en plongée) et la musique plus jeune (Moby, Blink 182 etc). Tout est fragmenté comme un poème.

Comment lui rendre hommage à ma manière. Comment lui dire qu’au fond je l’aime pour son aplomb, sa persévérance, qu’il a son étoile et son royaume bien établi. J’ai pensé à Borges : Ton œuvre mérite mon suffrage. C’est une autre victoire, tu as donné à chaque mot son sens véritable et à chaque substantif l’épithète. Tu as marié avec adresse la rime, l’allitération, l’assonance. Avec son œil de cinéaste, Xavier Dolan reconstitue le monde, en ciselant tel, le poème en art cinématographique.

Xavier Dolan —L’indomptable, auteur Laurent Beurdeley, éditions du Cram, 454 pages,

Préface de Marc Lamothe (Festival Fantasia). Merci à Marie Desjardins, éditrice. Merci du fond du cœur à Jean-Marc Fréchette (poète, Docteur en Lettres de la Sorbonne) pour sa relecture.

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