Laurent Lavigne récidive, avec Les 27 chansons no 1 des Beatles

L’écriture est une expérience personnelle. La lecture aussi. Et pourtant entre l’auteur et le lecteur, il y a une communication silencieuse. Ainsi, Laurent Lavigne, dans son nouvel opus intitulé Les 27 chansons no 1 des Beatles, traite du sujet à sa façon. Ce petit livre dense et abondamment illustré concerne quel lecteur ?… Comme il se vend bien, on peut penser qu’il en attire plusieurs. Les maniaques des Beatles y chercheront des trouvailles, des secrets révélés, des anecdotes ignorées. D’autres, qui connaissent peu ce groupe, pourront le découvrir agréablement dans cette encyclopédie miniature. Un peu d’histoire, le récit de l’enregistrement de la chanson en question, l’exacte participation des musiciens, la nomenclature des instruments et, enfin, les anecdotes. Lavigne fait du bon travail, il est consciencieux et passionné. Par conséquent, son essai, vivant et facile à lire, peut susciter l’intérêt de mille façons chez des lecteurs à l’infini. 

En ce qui me concerne, je connais les Beatles sans les connaître. Je reconnais leur immense talent, sans les écouter vraiment. Par conséquent, à leur sujet, j’ai tout à apprendre ou à me rappeler. La lecture étant une expérience personnelle, ce sont surtout ces 27 points qui ont sollicité mon attention dans ce livre publié aux éditions Les heures bleues.

1 — La maison Decca a refusé les premières chansons des Beatles. Epstein a soumis leur boulot à la maison Parlophone. Le grand et célèbre George Martin est alors entré dans la danse.

2 — Dès le premier enregistrement, en juin 1962, le couperet tombe : Pete Best ne fait pas le poids. Pourtant, il a donné son best à Hambourg… Les Beatles veulent Ringo.

3— C’est « From me to you » qui fait connaître les Beatles, chanson qui reste au palmarès plus longtemps que toutes les autres.

4— Dans « She loves you », on entend Yeah! 29 fois ! C’est l’époque yé-yé à son meilleur.

5 — Le père de Paul suggérait néanmoins de dire Yes, plutôt que Yeah. Conflit de générations, de toute évidence. Les Beatles ont tenu leur point, heureusement.

6 — Cynthia Powell, première femme de John, croit que l’inspiration de cette chanson vient directement d’une lettre de son mari : « I love you, yes, yes. » Pourquoi pas ? À une époque, avant le tsunami Yoko, la mère de Julian était sans doute aussi une muse.

7 — Le logo des Beatles a été créé par Eddy Stokes en quelques minutes, pour quelques sous… On imagine ce qu’un graphiste demanderait de nos jours pour contribuer à la marque de commerce d’une telle entreprise…

8 — « I want to hold your hand » dépasse « She loves you ». Les Beatles ont compris depuis longtemps comment séduire leur public féminin avec quelques paroles bien ciblées qui les rendent littéralement folles…

9- Brian Esptein a commandé « I want to hold your hand » en suggérant fortement aux Beatles de penser à leur public américain, celui qu’ils vont conquérir dans très peu de temps.

10— Cette chanson fétiche est composée chez les parents de Jane Asher, la copine de Paul. (Jane épousera néanmoins Gerald Scarfe, dessinateur ayant participé à l’élaboration de The Wall, fameux album de Pink Floyd.)

11- Laurent Lavigne prend soin de rappeler que, sur cette chanson, la performance de George à la guitare est primordiale. 

12— Mais aussi que John s’est quelquefois trompé dans les paroles, car il n’avait pas ses lunettes !

13- En 1963, épuisé de sa journée, Ringo s’écrie : « It’s been a hard day… » puis précise : night… On voit quel mégasuccès cette phrase banale a engendré.

14— En 1964, le groupe utilise pour la première fois un riff de guitare à la base d’une chanson !

15— La même année, avant Hendrix précise Lavigne, le groupe utilise l’effet larsen, ce qui ne s’était jamais fait en studio.

16- Avec la chanson « I feel fine », les Beatles battent un record, jusque-là détenu par le King.

17— « Eight days a week… » Ce titre aurait pu rapporter gros à un chauffeur de taxi londonien qui la prononça à l’intention de Paul, alors que le chanteur lui demandait s’il travaillait beaucoup.

18— Cette chanson marquera la naissance du procédé fade-in, alors que l’on s’interroge sur la façon de la terminer.

19— Que dira John de la chanson « Ticket to ride » ? Que l’album sur lequel elle figure est un premier disque heavy-metal. Rien de moins.

20— Y a-t-il encore des choses à dire au sujet de « Yesterday » ? Des milliers, bien entendu. En voici une : plus de 3000 versions ont été faites de cette chanson.

21— Pourtant… « Yesterday » a donné pas mal de fil à retordre aux musiciens. Ringo et George ne l’aimaient pas trop. George Martin a tranché : Paul la chanterait en solo… Ce fut une première pour ce qui deviendrait l’un des meilleurs slows du siècle.

22— « Paperback writer » : c’est l’occasion pour Lavigne de remettre les pendules à l’heure et surtout de rendre à César ce qui revient à César : en l’occurrence, que sur cette chanson, les harmonies de voix sont calquées sur celles des Beach Boys. Par ailleurs, ils chantent « Frère Jacques » dans les chœurs.

23— « Yellow submarine » un film, certes, mais aussi le premier morceau chanté par Ringo.

24— Cool de rappeler que sur ce hit des Beatles, il y a de grosses pointures parmi les chœurs : Mick Jagger, Marianne Faithfull, Pattie Boyd.

25- L’album Penny Lane est le résultat direct d’une influence capitale des Beatles : celle des Beach Boys, et de Brian Wilson en particulier, créateur de Pet Sounds.

26— À l’époque de « Lady Madonna », il est de plus en plus clair que Paul est le chef, sinon le tyran du groupe. Les sessions se terminent à l’aube, ce sont ses paroles surtout qui sont retenues et tous s’y soumettent, car c’est surtout lui qui détient la formule grand public.

27— « Hey Jude » ? Le hit planétaire, no 1 dans quelque 11 pays et 8 millions d’exemplaires vendus.

On pourrait en ajouter, encore et encore, car ce petit livre illustre parfaitement ce dicton : C’est dans les petits pots qu’on trouve les meilleurs onguents.

Mais tout est une question personnelle… Si apprendre que « Something » est la chanson la plus reprise après « Yesterday » me fait particulièrement plaisir parce que j’ai un faible pour George, c’est la même chose lorsque Lavigne rappelle que Paul a rêvé de sa mère, Mary, et que la parole Mother Mary dans « Let it be » lui vient de ce songe ; deux petits mots, et on pense qu’il s’agit de la Vierge. La mère du Christ ne pouvait rêver de meilleure publicité. 

Les Beatles ont eu le génie de créer des hymnes.

 

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Marie Desjardins

Auteur de romans, d’essais et de biographies, Marie Desjardins, née à Montréal, vient de faire paraître AMBASSADOR HOTEL, aux éditions du CRAM. Elle a enseigné la littérature à l’Université McGill et publié de nombreux portraits dans des magazines.