//Introduction à la philosophie spirituelle (Texte no. 23)

Introduction à la philosophie spirituelle (Texte no. 23)

Robert Clavet

Depuis la fin du 19e siècle, la découverte de la radioactivité et les analyses de l’atome avaient certes représenté une révolution intellectuelle pour les spécialistes, mais d’autres découvertes allaient bientôt transformer la conception que l’ensemble de la population se faisait de la matière. Sans se douter qu’il ne s’agissait que d’un début, les physiciens se rendirent d’abord compte que, loin d’être d’ultimes particules élémentaires, les atomes sont composés de protons, de neutrons et d’électrons. On découvrit que les particules élémentaires ne pouvaient être imaginées concrètement, que l’onde et le corpuscule, pourtant contradictoires sur le plan de la représentation, sont en réalité des phénomènes complémentaires saisissables uniquement par les mathématiques. On n’a cessé depuis de découvrir de nouvelles particules, comme les mésons, qualifiés de virtuels tant leur durée est courte. Certains physiciens se mirent à penser qu’il est impossible d’atteindre la structure ultime de la matière, qu’il n’existe pas de matière de base à l’origine de toutes choses. Le cas échéant, tous les corps seraient des apparences, non des réalités essentielles. Tout comme l’univers dans son unicité, l’essence de la matière serait alors indéfinissable. Toutefois, bien que perçue désormais comme un grain de poussière perdu dans une immensité que l’on a d’abord imaginé sans vie, notre bonne vieille Terre conserva toute son importance en étant considérée comme le berceau de la vie. Elle semblait présenter une dimension inassimilable à la compréhension nouvelle qu’on avait de la matière et du reste de l’univers. Depuis l’Antiquité, on avait cru que la réalité procédait d’une grande unité faite de niveaux dont chacun émanait du précédent (la matière inerte, la vie végétale et animale, l’intériorité psychique, la conscience psychologique et la pensée). Associée à l’idée d’une évolution dans le temps, cette vision unifiée avait conduit à l’élaboration d’une histoire de l’Univers et de la Terre ayant l’être humain comme achèvement. Mais, désormais, cette unité était remise en question, tout comme la croyance que les « niveaux » puissent s’expliquer l’un par l’autre, pas davantage que chacun ne s’expliquât par lui-même.

Jusqu’au 20e siècle, la totalité de l’existant était considérée comme une réalité qui allait de soi : c’était « le Monde ». Mais, désormais, « le Monde », dans son unicité, semblait avoir éclaté. En effet, par le prisme de la science, autant du point de vue de la matière que de la vie, les aspects de l’univers n’embrassaient plus la totalité du monde. Il y a en effet des « sauts » qui obligent la science à étudier les phénomènes séparément et non comme un tout. Pour la connaissance scientifique en général et encore davantage pour les spécialités, le monde se présente d’une façon fragmentée. Les mathématiques sont un mode de connaissance important, mais qui ne rendent pas compte de l’unicité de la réalité. Une équation, par exemple, nous apprend que ce qui est à gauche du signe « égal » est équivalent à ce qui se trouve à sa droite. Sans référence existentielle, la démythisation peut entraîner une cécité de l’âme, une fermeture à ce que nous sommes vraiment en tant que personne concrète, une obstruction au « connais-toi toi-même » socratique, qui veut dire « sache qui tu es vraiment en tant qu’être humain ». Les phénomènes sont connaissables sous certains rapports seulement, et la véritable science s’en tient à ce qu’il est possible de connaître. Ce qui est connu scientifiquement n’embrasse pas la totalité de l’être. Ce n’est que par indigence de la pensée que certains, plutôt qu’une simple contrainte méthodologique, en viennent à considérer comme étant fondamentalement non-existant ce qu’on ne peut pas connaître scientifiquement. Il s’agit d’une sorte de superstition nouvelle qui, sous couleur de la science, constitue une idéologie réductrice. En nous éloignant des limites de la vraie science ainsi que des sources profondes de la philosophie, nous ruinons notre conscience d’être. La philosophie spirituelle tend à ramener l’être humain à lui-même, dans sa mystérieuse unicité. Nous sommes dans le monde, mais un monde que nous ne pouvons pas objectiver dans son entièreté, comme une totalité. Il faut rester ouvert au mystérieux fondement de notre conscience d’être et de notre liberté créatrice. Même en tendant vers le « grand tout », la connaissance objectivante fait état d’un monde éclaté. La connaissance unitive du monde passe par une expérience existentielle intégrale qui précède la faculté d’objectiver. Par définition, il y a des limites à la méthode scientifique, mais la pensée n’en est pas moins autrement « ouverte ». L’unicité de la Nature universelle, que la science ne peut ni prouver ni réfuter, relève de l’intuition et passe par l’expérience de l’amour du Monde et l’intériorisation introspective de sa beauté.

Même si l’existence d’une vie extraterrestre n’est pas encore scientifiquement prouvée, un rapport présenté à la Commission de la Science et de la Technologie du Congrès américain affirme : « Le vieux concept selon lequel l’homme est seul et unique dans le cosmos disparaît progressivement. (…) Récemment, des chercheurs renommés ont avancé l’existence possible d’un million de civilisations évoluées dans notre seule Voie lactée. » Il ne faut pas s’en étonner, car nous savons maintenant que notre galaxie contient à elle seule deux cents milliards d’étoiles, qu’il existe des millions d’autres galaxies et que, tout autour de ces innombrables « soleils », des milliards de milliards de planètes gravitent. Depuis un certain temps déjà, à Porto Rico, un énorme radiotélescope cherche à capter les ondes radio naturelles en provenance du cosmos, mais il pourrait tout aussi bien intercepter un message radio émis d’un point quelconque de l’univers. D’autres radiotélescopes se trouvent en Union soviétique, en Grande-Bretagne et dans bien d’autres pays. En 1974, le radiotélescope de Porto Rico a lancé un message en direction d’un groupe d’étoiles nommé Messier 13, situé au bord de la Voie lactée, à 24 000 années-lumière de la Terre. La sonde spatiale Pioneer 10, envoyée vers Jupiter, était porteuse d’une plaque destinée à d’éventuels extraterrestres. Sur la sonde Voyager, on a fixé un disque phonographique contenant deux heures d’enregistrement de sons et de bruits terrestres. Les sondes Viking I et Viking 2 ont permis d’analyser à distance des échantillons de Mars, sans preuve de vie toutefois, tout comme dans les échantillons ramenés précédemment de la Lune. Toutefois, d’ici quelques années, nous aurons peut-être enfin la preuve scientifique de la vie extraterrestre. En effet, l’astromobile américain Perseverance, qui s’est posé sur Mars le 18 février dernier (dont l’un des pilotes est incidemment Farah Alibay, originaire de Montréal), a pour objectifs de caractériser la géologie de la planète et son climat passé, et surtout de rechercher des traces de vie enfouies dans le sol, plus précisément des traces de vie microbienne ayant jadis évolué sur la planète. Nous savons aujourd’hui que, avant de perdre toute son eau, du moins en surface, Mars a déjà été habitable, comme la Terre. Partant, il est raisonnable d’envisager que, il y a entre trois et quatre milliards d’années, la vie aurait pu s’y développer. C’est pourquoi la mission de Perseverance consiste à recueillir d’éventuels signes chimiques directs ou organiques dans la composition et la chimie des roches du cratère Jezero, jadis rempli d’eau. En plus de la présence ancienne d’eau, Mars présente plusieurs sources de chaleur comme des volcans et des impacts d’astéroïdes. Dans notre système solaire, il y a très peu d’endroits où des traces de vie extraterrestres aient des chances d’être préservées. C’est le cas du cratère de Jezero et son delta. Après les avoir discriminées, Perseverance va conserver de petites carottes de cinq centimètres de profondeur, non seulement pour analyse à distance, mais aussi en vue d’un voyage de retour. En 2026, elles seront d’abord placées en orbite autour de Mars, puis, à partir de là, ramenées sur Terre en 2032. Ces échantillons pourront alors être analysés avec une instrumentation de pointe, de manière à ajouter des informations à celles déjà obtenues.

Il y a 5 milliards d’années, à la périphérie de la Voie lactée, il n’y avait qu’un vaste nuage de gaz et de poussières. Les parties les plus anciennes de la croute terrestre datent d’environ 4,4 milliards d’années. Les premières traces de vie remontent à 3,5 milliards d’années. Le premier être humain est apparu il y a entre 3 et 5 millions d’années (selon que l’on intègre ou non les australopithèques). L’invention de l’écriture, c’est-à-dire le début de la période historique, date de 4 à 6 000 ans (selon les régions du monde), et les premières civilisations apparurent il y a environ 3 500 ans. Certaines parmi les plus grandes (comme la Mésopotamie, l’Égypte, l’Inde et la Chine), ont été le lieu d’événements d’ordre spirituel qui ont créé la conscience qui nous anime encore aujourd’hui. De nombreuses religions se sont développées comme l’hindouisme et le bouddhisme en Inde, et le zoroastrisme en Perse. Les religions abrahamiques apparurent aussi à cette époque : il s’agit principalement du judaïsme, du christianisme et de l’islam, dont les textes sacrés (le Talnakh, la Bible et le Coran) évoquent la figure d’Abraham. En Chine, trois écoles de pensées se sont développées : le taoïsme, le légisme et le confucianisme, ce denier ayant finalement pris l’ascendant. En Occident, les conquêtes d’Alexandre le Grand, il y a 2 400 ans, contribuèrent à la diffusion de la philosophie grecque. Cent ans plus tard, Rome agrandit son territoire par les conquêtes et la colonisation. La désagrégation progressive de l’Empire romain, il y a 1 800 ans, coïncide avec la diffusion du christianisme. Il y a 1 500 ans, la partie occidentale de l’Empire romain est conquise par des tribus germaniques et se scinde en divers États guerriers, tous plus ou moins affiliés à l’Église catholique romaine. La partie orientale prend le nom d’Empire byzantin. Quelques siècles plus tard, un semblant d’unité s’établit en Europe occidentale avec la création du Saint-Empire romain germanique, regroupant plusieurs États sur les territoires de l’Allemagne et de l’Italie. Au 15e, en Occident, une révolution de nature scientifique et technique fit progresser la domination de l’être humain sur la nature. Pour le meilleur et pour le pire, les Européens devinrent des explorateurs, des colonisateurs et des exploiteurs. Le nouvel âge technique permit des relations inédites à l’échelle de la planète au moyen de la navigation, auquel allaient s’ajouter les ondes et l’aviation. Au 20e siècle, après les deux grandes guerres, la puissance de l’Europe décroît et, parallèlement, les États-Unis et l’Union soviétique se développent en superpuissances. Sur sa lancée de 1917 en Union soviétique, l’idéologie communiste, après 1945, finit par gagner l’Europe de l’Est puis la Chine, et, à partir de 1949, d’autres nations du tiers-monde, en particulier entre les années 1950 et 1960. La Première Guerre mondiale avait balayé de nombreuses monarchies et affaibli la France et la Grande-Bretagne. La Seconde abat la plupart des dictatures militaires européennes, à la faveur du communisme. Pendant quarante ans, les États-Unis, l’Union soviétique, et leurs alliés, ont vécu dans un climat de guerre froide dominé par le spectre d’une annihilation nucléaire. Au cours des années 1990, l’Union soviétique implose et l’hégémonie américaine s’impose. En Occident, les niveaux de vie s’élèvent, mais les problèmes environnementaux et les conflits mondiaux dus à la raréfaction des ressources naturelles s’aggravent.

Robert Clavet    LaMetropole.Com

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