//Si Leonard Cohen m’était dansé

Si Leonard Cohen m’était dansé

Aline Apostolska

 

Avant de décéder le 7 novembre 2016, Leonard Cohen avait approuvé l’enthousiasmante idée des Ballets Jazz de Montréal de créer un spectacle de danse contemporaine autour de ses chansons et de ses textes.

Danse Danse a présenté le spectacle, Dance Me, en décembre 2017, à guichets fermés, avant que celui-ci parte pour une longue et tout aussi populaire tournée internationale de 60 représentations au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Chine, puis revienne pour une dernière série de représentations jusqu’au 23 mars 2019 au Théâtre Maisonneuve.

C’est donc l’ultime occasion de voir ce très bel hommage que je ne saurai que trop recommander de ne pas rater. Mais si vous n’avez pas l’opportunité de vous y rendre, ou ne vous trouvez pas à Montréal, vous pourrez exceptionnellement l’apprécier le 24 mars sur grand écran, dans les cinémas ou les salles de spectacles, dans plus de 40 villes. Pour la première fois au Québec en effet, après que la captation du spectacle a été fait par l’équipe de François Lamoureux de la célèbre société audiovisuelle Echo Fogo ( dont les films ont été plusieurs fois primés à l’international ), elle sera projetée pour ainsi démultiplier le public et le plaisir. Une grande première qui, on le souhaite, sera renouvelée pour d’autres spectacles de danse. Depuis des années, on peut aller voir des spectacles du Bolchoï, de l’Opéra de Paris ou même de la Comédie Française, alors pourquoi pas nos spectacles d’ici ?

Le grand Leonard n’aura donc pas vu cette heure et demi qui donne à réécouter et à pénétrer l’univers unique, habité, mystico-poétique qui lui a permis d’emporter l’adhésion de tant de foules et de recevoir prix et distinctions. Mais il aurait aimé.

Il aurait aimé parce que sous l’égide de Louis Robitaille, directeur artistique de longue date des BJM, l’intelligente et pluridimensionnelle mise en scène du dramaturge Éric Jean, la chorégraphie signée par 3 chorégraphes internationaux – Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa et Ihsan Rustemet, bien sûr, le talent éclectique des 14 interprètes, ce spectacle permet de revisiter son œuvre avec l’immense plaisir de réentendre sa voix incomparable chanter ses plus célèbres chansons sur une mise en scène sensuelle, magnétique, architecturée de clairs-obscurs, pleine de clins d’yeux à l’artiste, et un impact chorégraphique d’autant plus puissant qu’il a largement eu le temps de mûrir en un an et demi de tournée.

Ce serait déjà bien suffisant pour passer une excellente soirée, mais ce n’est pas tout. Le spectacle évite le risque le plus important qui aurait consisté à faire une sorte de d’illustration en mouvement des chansons et des textes. Tout au contraire, le spectacle offre plus qu’une illustration, plus qu’une évocation. Il permet de réinterpréter de l’intérieur la vision de l’humain et de l’existence humaine, une vision au long des cinq temps de la vie, tout à la fois cardinale, sensitive, charnelle mais aussi mystique, qui constitue le filigrane de l’œuvre de Leonard Cohen et explique la singularité de son impact.

Avec Dance me, les BJM offrent donc un spectacle total à la dimension de l’artiste total que fut Cohen. Je vous souhaite de le voir, en live ou sur écran.  Dance me, des BJM, jusqu’au 23 mars au Théâtre Maisonneuve. Le 24 mars, présentation du film dans les salles de spectacle et les cinémas dans 40 villes québécoise.   Danse Danse présentera la nouvelle création des BJM du 2 au 5 octobre 2019.

Tous les détails sur www.dansedanse.ca

Parisienne devenue Montréalaise en 1999, Aline Apostolska est journaliste culturelle ( Radio-Canada, La Presse… ) et romancière, passionnée par la découverte des autres et de l’ailleurs (Crédit photo: Martin Moreira). http://www.alineapostolska.com

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