//SAQ, boire des profits excessifs !

SAQ, boire des profits excessifs !

Martine Ousset
Les Québécois boivent les taxes et les profits excessifs de la SAQ, le goût est amer. 

Les vins et alcools sont lourdement taxés et strictement contrôlés par la Société des alcools du Québec, la SAQ. En conséquence, non seulement les prix des vins au Québec sont excessifs, mais la SAQ profite de son statut de monopole pour négocier durement le coût des achats aux vignobles, notamment de la France. Certains grands vignobles de France nous ont confié que la SAQ non seulement diminuait chaque année la quantité achetée, mais n’avaient pas reçu, depuis cinq ans, d’augmentations pour leurs produits.  Comment expliquer cette situation dans le contexte que les prix exigés aux Québécois pour les alcools augmentent sans cesse?  Un Cahors payé 2 euros en France est vendu 15 $ au Québec!  Pourtant la marge de profits des producteurs diminue comme peau de chagrin.  Est-ce une approche convenable pour favoriser l’industrie vinicole et la qualité des produits ?

De plus, le pourcentage des taxes par rapport aux prix de vente est plus élevé pour les vins de 10 $ à 30 $ que pour ceux de 30 $ à 100 $. Pour les vins moins chers, nous payons donc une proportion de taxes plus grandes et les consommateurs de vins moins coûteux subissent ainsi un fardeau plus élevé de taxes. Comment la SAQ peut-elle justifier cette taxe régressive ? « Dans un vin que vous achetez 10 $, il y a 90 % de taxes et de coûts divers et 10 % de valeur en vin ; le coût réel du vin est d’environ 1 $. Avec un vin payé 30 $, il y a 68 % de taxes et de coûts divers, la valeur du vin dans la bouteille représentant environ 32%, soit 9,60 $ de valeur de vin. On remarquera l’énorme disproportion : même si 30 $ c’est 3 fois plus cher que 10 $, il y a cependant 9,6 fois plus de valeur de vin dans le premier ! (9,60 $ comparé à 1 $) Le vin vendu plus cher devient ainsi un bien meilleur rapport qualité/prix. » (Yves Mailloux.  Du vin pour les riches, des taxes pour les pauvres!  24 octobre 2015.).

Les taxes plus lourdes et régressives pour les vins moins chers !

La restauration au Québec vit des moments difficiles.  Les coûts trop élevés des vins, additionnés d’une surtaxe aux restaurateurs, ne favorisent certainement pas la consommation de vins au restaurant.  La mauvaise idée, unique au Québec,, du « Apportez votre vin », est le fruit des coûts prohibitifs de la SAQ et des prix excessifs exigés des restaurateurs, jusqu’à plus de 350 % des prix payés.  C’est bien connu, certains restaurateurs demandent des prix exagérés pour les vins d’importation privée, car les prix de vente de ces vins ne sont pas connus des clients. 


Une mauvaise idée unique au Québec !

Où vont ces immenses profits ?

Certainement pas aux employés, souvent à contrats, qui ont des revenus d’emplois moyens. Alors où?  Les dirigeants, bien sûr, avec des salaires de multinationales et des avantages sociaux, primes de départ et de retraite à faire rêver.  « La SAQ a dégagé des profits de 1,2 milliard $ et a distribué 6,6 millions $ en bonis aux cadres et personnel non syndiqué. » ( TVA Nouvelles, 14 juin 2019)  Accorder des bonis dans une société publique monopolistique nous semble anormal et pourrait inciter les dirigeants à stimuler la consommation d’alcool ce qui peut être contraire aux objectifs de santé publique du gouvernement du Québec.  Les profits annuels sont extraordinaires et ce pactole est viré au fond consolidé du gouvernement du Québec et constitue en fait une taxe cachée payée par tous les clients de la SAQ, individus et entreprises.

Sans doute, vieux relents de la culpabilité chrétienne, qui vise à décourager la consommation d’alcool associée au péché de gourmandise, le gouvernement du Québec contrôle abusivement la distribution et la vente des alcools.  En 2019, ne pouvoir acheter de retour de la France, par exemple, et transporter au Québec plus de 2 bouteilles de vin par personne sans payer un lourd tribut de taxes est franchement ridicule.  Dans un contexte de libre-échange avec l’Europe, le Canada devrait libéraliser davantage ces règlements qui ont encore aujourd’hui des odeurs de prohibition. 

Vivement la concurrence !

Vivement plus de liberté et de concurrence dans l’achat, la vente et la distribution des alcools au Québec.  Il ne s’agit pas de privatiser la SAQ, mais plutôt de libéraliser le marché du vin et des alcools comme cela existe pour le marché de la bière, en permettant à de nouveaux commerces d’offrir tout autres produits alcoolisés qui ne font pas déjà partie du répertoire de la SAQ.  Cette réforme permet de conserver la SAQ, avec ses bons côtés, tels son pouvoir d’achat, son expertise, ainsi qu’une présence physique dans tout le Québec. (Yves Mailloux. 10 pratiques que la SAQ n’utiliserait plus avec un minimum de concurrence. 20 avril 2017. Huffington Post Québec.) 

Le régime monopolistique restreint la diversité de l’offre par rapport à un marché plus ouvert, représente une forme de taxation régressive, et n’est pas nécessaire à l’éducation des consommateurs.*

L’an dernier François Bonnardel avait promis d’agir rapidement.  Récemment, le Éric Girard, ministre des Finances, poursuit sa réflexion sur la fin du monopole de la SAQ.  Pourtant la firme Price Waterhouse Coopers a affirmé, à la suite à une étude réalisée l’an dernier, à un coût de 182, 500 $, que le modèle d’affaires de la SAQ n’était pas satisfaisant. Le Premier ministre François Legault doit d’abord penser aux Québécois, respecter sa promesse et libéraliser le marché du vin et des alcools au Québec. La situation actuelle nuit aux consommateurs, réduit les progrès de notre industrie vinicole et représente un modèle d’affaires dépassé et inefficace. La concurrence et la vente libre permettraient aux magasins de faire des soldes.

En France, les magasins d’alimentation Lidl annoncent des prix à faire saliver les gastronomes et amateurs de vin du Québec.  Par exemple, le catalogue Foire aux vins de Lidl, décrivant des vins offerts en supermarché, offrait, par exemple, le 4 septembre dernier une vente de 6 Médoc Les Hauts du Bana à 3,29 euros la bouteille, le Bergerac Château le Peyrière Haut à 2,89 euros, un Crémant de Bordeaux brut rosé à 4,99 euros, un Bourgogne Mâcon Azé Domaine Saint-Germain à 5,00 euros, un Bordeaux Médoc cru Bourgeois Château La Pirouette à 7,99 euros et le Champagne brut Henri Delattre à 7,49 euros.

Des centaines d’exemples qui indiquent que les profits et donc les prix exigés par la SAQ sont trop élevés et représentent en fait des taxes déguisées pour les clients et les restaurateurs du Québec.

Une bouteille de gin : 4,72 $ au fournisseur, 13,21 $ de profit à la SAQ (+ de 50 % !) et le reste en taxes !

Comment justifier le monopole de SAQ à l’ère du nouvel Accord de libre-échange canadien, du Partenariat Trans Pacifique et de l’Accord économique et commercial global (Canada-Europe) ?  La Cour Suprême du Canada a jugé en avril 2018 que les provinces ont le droit de « Contrôler la gestion de l’approvisionnement de la demande d’alcool. »   Ce n’est pas parce que c’est légal que c’est moral et souhaitable.  Le gouvernement Legault devrait prendre les décisions politiques utiles pour abolir « Ces barrières tarifaires qui coûtent chaque année aux consommateurs canadiens entre 50 et 130 milliards$. »** Le monopole de la SAQ est par ailleurs de plus en plus contesté.  L’Australie a déposé une plainte contre le Canada à l’Organisation mondiale du commerce.  Les producteurs de vins de l’Australie réclament un accès direct à leurs produits dans les épiceries et dépanneurs partout au pays.  Le Québec rétorque que la loi 88 permet aux producteurs de vins québécois de vendre leurs produits dans les 8 ,000 épiceries et dépanneurs du Québec sans passer par la société d’État.  Seulement les vins australiens importés en vrac et embouteillés au Québec peuvent être vendus dans les épiceries et dépanneurs. Les vins embouteillés en Australie ne peuvent être vendus que dans les 400 magasins de la SAQ.  Ces contrôles de la SAQ suscitent pourtant, en abolissant la concurrence, une diminution de l’offre et une augmentation des coûts des vins aux consommateurs québécois.  Des cavistes ne pourraient-ils pas avoir pignon sur rue au Québec pour faire des dégustations, des cours et vendre une sélection de vins ?  

Les Québécois ont fait d’immenses progrès dans l’art du bien manger et du bien boire.  Nos sommeliers sont parmi les meilleurs au monde. Cessons d’imposer aux Québécois des profits et taxes cachées et excessives ! Le monopole de la SAQ a dépassé depuis longtemps sa date de péremption.***  La modération dans la consommation des taxes à bien meilleur goût!  Les Québécois ont le goût de boire de bons vins, à bon prix, à la maison et aux restaurants.  Les taxes et les profits excessifs sont longs en bouche et laissent une acidité et une amertume prononcées.

* Monopole inc. Pour une ouverture du commerce des vins et spiritueux.  Frédéric Laurin, Yves Mailloux, Paul Muller, juin 2016.

**  Selon les conclusions d’une étude d’Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques, de l’Institut économique de Montréal, IEDM, 2018.

*** La SAQ impose, grâce à son pouvoir monopolistique, à tous les producteurs l’ajout de sulfites lors de l’embouteillage. Pourtant les vins de France voyagent parfaitement jusqu’à l’île de Saint-Martin sans problèmes !

Las OlasLe Gustave

Martine bénéficie d’une vaste expérience de la restauration dans de nombreuses institutions de prestige de Montréal. Auteur du livre : 100 bonnes tables du midi à Montréal, Martine écrit sur la gastronomie, les voyages et l’art de vivre.

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