//Le vin des monastères libanais

Le vin des monastères libanais

Roger Huet
Je suis allé manger au restaurant Solémer, qui est une des meilleures tables libanaises à Montréal, et j’y ai découvert des vins exquis.

La viticulture au Moyen-Orient est vieille de 6,000 ans. Les vignes, apportées du Caucase, ont été plantées le long du littoral de la Syrie jusqu’en Palestine, en passant par le Liban.

L’Ancien Testament fait 446 références au vin qui était alors généralement blanc et doux. Comme les producteurs éprouvaient des difficultés à transporter leurs vins, les Phéniciens décidèrent de planter des vignes près des marchés des consommateurs en Grèce, en Italie, sur la péninsule Ibérique et en Gaule. C’est de cette façon que la vigne s’est répandue en Europe.

Dans le but d’utiliser des terres abandonnées ou en friche, l’Ordre maronite fonde une coopérative agricole en 2001. Le projet prend le nom d’ADYAR qui signifie monastère en arabe, et s’établit dans la tradition monastique du travail et de la prière avec l’ajout du chant. La viticulture démarre vraiment en 2003 avec l’intention de faire des vins de terroir. Aujourd’hui, ADYAR a des vignobles dans 3 régions : Byblos, Metn et Chouf et implique 8 monastères et 8 terroirs différents.

Le raisin est cueilli tôt le matin, avant que la chaleur s’installe, il est transporté à la cave de vinification unique d’ADYAR. Pour produire des vins avec des personnalités différentes, les cuves sont tronconiques. Les vins sont produits avec le moins d’intervention possible, en faisant des pigeages fréquents pour obtenir le maximum d’arômes et des tanins veloutés.

Adyar c’est le premier producteur au Liban à avoir développé l’agriculture biologique. Ses œnologues recherchent maintenant à faire une viticulture non seulement biologique, mais aussi une agriculture naturelle sans aucun traitement lorsque la vigne ne le réclame pas. Sa production ne dépasse pas 90 000 bouteilles, qui sont vendues en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Australie, aux États-Unis et au Canada.

La gamme des vins comprend 3 blancs, un rosé, 9 rouges et 2 vins doux. Adyar produit aussi un merveilleux Arak artisanal qui est une eau-de-vie d’anis de la famille des pastis. Parmi les vins rouges, il y a un vin d’assemblage nommé Expression monastique, dont les cépages proviennent des différents monastères. Les autres vins sont des monocépages qui portent sur l’étiquette le nom des monastères qui produisent le raisin.

Les vins d’entrée de gamme sont élevés en cuves inox, les haut de gamme sont élevés en barrique. Le choix des barriques est adapté à chaque type de cépage. Selon les cépages et les millésimes, les vins sont élevés entre 15 et 24 mois. Une fois l’élevage terminé, les vins sont mis en bouteille et mis sur le marché de préférence 2 ans après la mise en bouteille.  

À notre repas nous avons dégusté tout d’abord l’AUBE, un vin rosé organique millésime 2018, 20 % Sangiovese, 30 % Syrah, 30 % Mourvèdre, 20 % Grenache, 13 o d’alcool. C’est un vin de Saignée, produit avec seulement une légère immersion des peaux qui sont retirées pour que le vin ne conserve qu’une légère couleur rosée.

Parfum délicat de framboise. En bouche, il montre une agréable fraîcheur, des arômes riches et délicats. C’est un vin convivial à prendre sur une terrasse l’été, mais qui accompagnera aussi superbement une salade, un bon Tabbouleh, une Fattouche et toutes les délices libanaises qu’on sert au Restaurant Solémer, comme le Houmous traditionnel, le baba, le Ghannouj, le Labneh, le Kebbé, le Habra, le Kafta Nayeh, le Balila, le Foul Medammas, le Falafel, le Makanek, le Soujouk, les Feuilles de Vigne végétariennes, les Fatayers aux épinards, les Feuilletés aux fromages, et le délicieux Sambousic.

Avec le repas chaud, nous avons dégusté l’Expression monastique 2013, 30 % Grenache, 30 % Mourvèdre, 30 % Syrah, 10 % Sangiovese, 14 o d’alcool. C’est un vin biologique et comme il est non collé et non filtré, il contient un fond de lie dans la bouteille. Il est impératif de le laisser décanter en carafe avant de le servir.

Il a une superbe robe rubis profond. Bouquet de cerise noire, puissant et généreux, de cassis, de mûre, de pruneau, une touche de réglisse, de violette, d’olive noire, de truffe et une note d’encens.

En bouche, c’est un vin qui a 7 ans, et qui est en pleine maturité. Ample en bouche, onctueux, d’une grande complexité aromatique, ses tanins sont merveilleusement veloutés, et il montre un équilibré parfait jusqu’en finale, qui est toute en gourmandise. Ce vin, est parfait pour accompagner un Shish-Kebab grillé, un Shish-Taouks ou un Kafta grillé ou encore avec un Rib Steak Angus AAA ou des côtelettes d’agneau grillées aux fines herbes ! On doit le servir à 17 o C.

Pour découvrir ces vins d’importation privée et faire ces merveilleux mariages gastronomiques :

Restaurant et poissonnerie Solémer

1805 Sauvé Ouest coin Acadie
info@solemer.com
514-9245656
www.solemer.com



Roger Huet

Chroniqueur vins et spiritueux

Président du Club des Joyeux

www.lametropole.com/category/gastronomie/vins  

http://lametropole.com/category/arts/arts-visuels/

Ce Québécois d’origine sud-américaine, apporte au monde du vin, sa grande curiosité, et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Dans ses chroniques Roger Huet parle du vin comme un ami, comme un poète, et vous fait vivre l’esprit de fête.

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