//Déguster, dans le noir total, les magnifiques vins du Brulhois

Déguster, dans le noir total, les magnifiques vins du Brulhois

Roger Huet

Roger Huet, LaMetropole.Com 

Pour célébrer les 20 ans de présence au Québec, les Vignerons du Brulhois et l’Agence Sylvestre vins et spiritueux ont réuni une quinzaine de chroniqueurs vinicoles dans un restaurant du centre-ville pour une expérience sensorielle inusitée.

roger christian guerinChristian Guérin un homme passionné 

Christian Guérin, directeur de la Cave des Vignerons du Brulhois, et Jonathan Houzelle, éducateur sensoriel, ont mis au point dans leur région du Sud-Ouest de la France, une dégustation d’un genre particulier qu’ils venaient réaliser pour la première fois hors de leur pays.

Vous avez sans doute entendu parler, sinon participé à une dégustation à l’aveugle. On vous sert plusieurs vins en vous cachant l’étiquette et vous devez deviner soit le cépage, soit l’origine ou le millésime. Pour corser le jeu, on utilise parfois des verres noirs, totalement opaques.  L’exercice est difficile et souvent les meilleurs dégustateurs échouent, comme on le voit dans les concours internationaux de sommellerie. Ici, l’épreuve était encore plus déroutante, puisqu’il s’agissait de déguster les vins du Brulhois dans le noir total.

On nous a demandé de fermer nos cellulaires et de nous placer en file indienne, en nous tenant par les épaules. La file s’est mise en marche, on nous a introduits dans une salle, dans le noir total. On nous a demandé de toucher des chaises à côté de nous et de nous asseoir. Nous avons obtempéré. Devant nous il y avait une longue table et sur cette table, à notre gauche il y avait un verre, une petite bouteille d’eau et un crachoir. Devant nous il y avait une planche avec six trous et plus près de nous une feuille de papier et un crayon, et une soucoupe où on a déposé des tranches de pain. Sur la planche on a placé cinq petites bouteilles remplies de vin. Nous avons demandé pourquoi cinq et non six. On nous a répondu qu’on nous réservait une surprise pour la fin.

On entendait la respiration des participants et chez certains elle était saccadée, la preuve qu’on se sentait un peu opprimé, sans être claustrophobe. Quelqu’un a poussé un hululement lugubre, ce qui a augmenté notre sentiment d’angoisse. J’ai pris la main de ma voisine, elle était moite.

roger jonathan huzelleJonathan Houzelle, éducateur sensoriel

La voix rassurante de notre animateur nous a invités à tâter les objets sur la table, devant nous, pour prendre conscience de notre espace. Ensuite, on nous a demandé de nous servir le premier vin en introduisant notre index dans la coupe pour ne pas faire déborder le vin. Comme nous ne voyions rien, nous avons approché la coupe de notre nez pour sentir les arômes. J’ai pensé: ils ne sont pas très intenses, donc ce n’est pas du rouge, ils tirent vers les fruits rouges, donc ce n’est pas du blanc, c’est sans doute du rosé. Puisque c’était du vin du Brulhois, il pouvait bien être le Carrelot rosé, probablement 2017. Certains disaient que c’était du blanc, les avis étaient partagés. Nous avons écrit sur notre feuille, dans le noir, la couleur que nous pensions que c’était. Notre animateur nous a fait remarquer que malgré l’obscurité totale, nous n’avions aucune difficulté à acheminer notre coupe directement à notre bouche. Ce qui était vrai.

Toute notre angoisse était partie et nous avions même de la joie à faire cet exercice. J’ai rincé mon verre dans le noir et je me suis servi le deuxième vin, toujours en comptant les bouteilles de gauche à droite. Je n’aime pas tremper mon doigt dans le vin, mais au son je savais que j’avais versé environ un tiers du verre. Le deuxième vin était certainement un rouge. Les arômes étaient riches, il y avait un peu de minéralité. Je pensais au Vin noir. Peut-être un 2015?

J’ai noté sur ma feuille de papier et j’ai pris un peu de pain et une gorgée d’eau. Normalement, lorsqu’on travaille à la lumière, les vins sont dégustés à un bon rythme. Dans le noir, comme il faut raisonner chaque geste, on déguste en prenant tout son temps.  Le troisième vin était sans doute un autre vin rouge. Il était encore plus intense et plus riche que le premier. Soit qu’il était plus vieux, soit qu’il s’agissait d’une nouvelle étiquette. Il m’a semblé plus boisé et j’ai fini par me dire qu’il s’agissait peut-être du Château Grand Chêne 2014 ou 2015. Le troisième vin était sans doute un blanc, car les arômes étaient dans les fruits blancs et les agrumes. Probablement un Carrelot des amants blanc. Aucune idée du millésime.

Le vin suivant était un vin rouge plus léger que les deux rouges précédents. Il pouvait bien être un Carrelot des amants rouge, 2017. La surprise était un vin doux naturel, qui m’a un peu déstabilisé car habitué aux vins doux naturels de cépages blancs, celui-ci avait certes un goût de pêche, de litchis, mais aussi de rose et de framboise. Il n’était pas non plus très sucré. Nous avons appris plus tard qu’il s’agissait du Mademoiselle Amour rosé doux, Appellation Vin de France, 100% Muscat de Hambourg. Il n’est pas disponible au Québec.

roger vins brulhois

Nous avons été ravis de revenir à la lumière; nous avons pu déguster à loisir les vins que nous avions bus à l’aveugle, avec de très bonnes tapas préparées par le chef du Restaurant O Noir. J’ai été très heureux d’apprendre que tous les vins dégustés dans le noir étaient ceux que j’avais notés, incluant le millésime, sauf pour le vin Noir, qui était un millésime 2014 et non 2015.

Les vins du Brulhois sont prisés des connaisseurs depuis le Moyen Âge. Au XIVe siècle, ils étaient transportés sur des bateaux à coque plate, appelés gabarres, jusqu’au port de Bordeaux, pour être ensuite exportés vers l’Angleterre et les Pays-Bas. À cette époque les vins du Brulhois étaient connus sous la dénomination de « Vins noirs » du Brulhois à cause de leur robe rouge foncé, intense.  Dans les années mil neuf cent soixante, les vignerons de la région se sont regroupés en deux caves coopératives: la Cave de Donzac avec 82 membres et la Cave de Layrac avec 47 membres, Elles se sont fondues en 2002 sous le nom de Vignerons du Brulhois.

L’Appellation d’Origine Vin Délimité de Qualité Supérieure Côtes du Brulhois est devenue AOC Brulhois en 2011.  Le Carrelot des Amants rouge est référencé par la Société des alcools du Québec depuis 1998 et aujourd’hui, quatre autres vins se sont ajoutés: Le Vin Noir, le Grand Chêne et le Carrelot des Amants rosé et blanc. Ce sont tous des vins conviviaux et gourmands. Les Carrelot des Amants sont accessibles à toutes les poches, mais mes coups de cœur sont allés à deux vins plus haut de gamme:

Le Vin Noir du Brulhois 2014, 50% Merlot, 30% Tannat, 15% Cabernet franc et 5% Malbec, 14o d’alcool.

roger le vin noir

Vinification traditionnelle, macération de 4 à 5 semaines. Élevage en cuves inox uniquement.  Robe rouge sombre. Bouquet de mûre, de groseille, de cerise noire et de prune, des notes de réglisse et de fenouil. En bouche c’est un vin ample, avec des tanins généreux mais plutôt ronds, un bon équilibre entre l’alcool et l’acidité, une masse fruitée très agréable. Une belle finale, assez longue et invitante.

Ce vin aime les viandes: le bœuf, l’agneau, le porc, le canard. Il aime aussi les pâtes et les fromages. Je suggère de le servir à 16 oC et de le passer en carafe. Il est prêt à boire, mais peut se garder en cave jusqu’à 10 ans.

Le Vin Noir du Brulhois 2014 est disponible à la SAQ, code 11154822. Prix 19,15$.

Le Château Grand Chêne 2014, prend son nom d’un immense chêne très ancien qui domine la région du Brulhois. C’est un vin d’assemblage, 60% Tannat, 20% Cabernet Franc, 10% Merlot et 10% Cabernet Sauvignon, 13,5o d’alcool.

roger chateau grand chene

Vinification traditionnelle, macération pendant 21 jours. Élevage à 70% en barriques pendant 12 mois, et 30% en cuves inox. Belle robe brillante, rouge cerise noire. Bouquet complexe de cassis, de champignons, de pain grillé, de vanille, d’épices: poivre noir et cardamone, même une note de pierre à fusil et de cuir. Une bouche riche, aromatique, avec des tanins joyeux et bien fondus, une belle acidité, une grande masse fruitée et épicée. Une longue finale gourmande.

Ce vin de gastronomie s’accorde très bien avec le gibier à poil et à plume, avec un bon gigot d’agneau ou une oie bien dodue. Il est également parfait avec un plateau de fromages. Je suggère de le laisser reposer en carafe pendant une heure et de le servir à 17 oC.Il est prêt à boire, mais peut se conserver en cave jusqu’en 2024

Le Château Grand Chêne 2014 est disponible à la SAQ, code 10259770. Prix 19,65$.

LIENS : 

Les Vignerons du Brulhois .Christian Guérin, directeur. Représentés au Québec par Sylvestre, vins et spiritueux

Michel Sylvestre, président. Yvan Fillion, chef de marque. Florent Rideau, directeur de territoire, responsable de la restauration
Tél.: 514 351-6561

Déguster, dans le noir total, les magnifiques vins du Brulhois

Roger Huet
Chroniqueur vins et spiritueux
Président du Club des Joyeux
SamyRabbat.com
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Touristica.ca

Roger Huet
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Ce Québécois d’origine sud-américaine, apporte au monde du vin, sa grande curiosité, et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Dans ses chroniques Roger Huet parle du vin comme un ami, comme un poète, et vous fait vivre l’esprit de fête.

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