COP15, sans-abri hurlants: ras-le-bol!

15 COP, sans-abri hurlants : ras-le-bol ! Par Alain Clavet
La COP15 accueillera, entre hautes clôtures et des centaines de policiers, des milliers de délégués et chefs d’État de 150 pays.* Ces visiteurs se feront une image de Montréal ternie par une cinquantaine de sans-abri hurlants, couchés par terre, diminués par la drogue, l’alcool, des maladies mentales, entourés de déchets et de gros rats. La décision malheureuse d’installer un refuge devant le Palais de congrès devait être temporaire pendant la pandémie.  Or, la pandémie est terminée, la COP 15 débute le 7 décembre 2022 et les sans-abri sont toujours là !
L’inertie gouvernementale à corriger cette situation est inacceptable.  Les voisins crient leur ras-le-bol.  Les conditions d’un bon vivre ensemble ne sont pas présentes. Il importe de mieux loger et de mieux situer ce refuge, par exemple, à l’hôpital Royal Vic, avec de nombreuses chambres, salles de bain, cuisines et espaces communs.

« Chaque matin, c’est le même scénario : rapidement après l’ouverture de la galerie commerciale, des groupes importants de sans-abri s’y rassemblent. Le complexe est situé à la jonction entre le centre-ville et le Vieux-Montréal, un secteur qui abrite plusieurs services destinés à cette population.

Ça fait peur !

La Presse a pu discuter avec les propriétaires de huit des commerces installés dans le couloir principal du bâtiment, soit la majorité d’entre eux. Leur diagnostic est sans appel : les sans-abri sont plus nombreux que jamais, les événements regrettables aussi. Ils évoquent des vols, des cris, des demandes d’argent agressives et d’autres incivilités. “Dans notre boutique, on est juste des femmes qui travaillent ici, des fois, on est toutes seules. C’est très insécurisant pour nous. Ce n’est pas qu’on les juge, mais ‘ça fait peur’, a affirmé Karman Au, de Sky Cadeaux et Fleurs. ‘Je ne sais pas si ça prend un incident qui arrive pour les réveiller et [qu’ils réalisent que] c’est un problème.’ — Karman Au, de Sky Cadeaux et Fleurs Sa voisine de local, Tan Dip, exploite un salon de coiffure : ‘Ça s’est empiré et d’après moi, cet hiver, ce sera encore pire.’

Vincent Daou, qui exploite deux succursales Van Houtte aux deux extrémités du couloir, dépeint une vraie crise. ‘C’est épouvantable. C’est devenu intolérable cette année, ça devient grave’, a-t-il dit en entrevue. Le restaurateur a d’ailleurs écrit le 2 novembre 2022 une lettre ouverte pour dénoncer la situation : ‘La présente a pour but de dénoncer des problèmes très graves qui affectent nos deux (2) bistros sous la bannière Café Van Houtte, ainsi que plusieurs des autres boutiques et commerces qui sont situés dans le Palais des Congrès de Montréal, au point d’affecter de façon extrêmement sérieuse les opérations et la viabilité financière de nos bistros et de nos commerces. Or, depuis plusieurs années, le Palais des Congrès de Montréal est affecté par de très graves problèmes de vols, de violence, de flânage, de harcèlement et perturbations causées majoritairement, voire presque exclusivement, par des personnes sans domicile fixe. Ils demandent de façon très insistante, agressive et souvent violente de l’argent à nos employés et à nos clients ainsi qu’en volant des denrées et autres produits des comptoirs et présentoirs de nos commerces, menaçant ainsi la santé et la sécurité de nos clients et de nos employés. 

Un individu avait volé des denrées de nos comptoirs nous a menacés avec un briquet et a tenté de jeter son café à notre visage. Nous avons contacté les agents du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) pour dénoncer la situation, mais les agents du SPVM ne se sont présentés que plusieurs heures après le départ de la personne qui nous a volés, menacés et agressés. » (Vincent Daou, propriétaire du Café Van Houtte.)  En face de l’un de ses cafés, un Tim Hortons : ‘Ça n’arrête jamais : ils dérangent les employés, ils dérangent la clientèle’, résume le propriétaire Abdul Zara. Son collègue Youssef Santa, qui exploite une franchise de Subway, voit les choses du même œil. ‘Dans les derniers mois, c’est vraiment terrible. […] Ils crient sur les employés, ils insultent tout le monde. »

J’ai installé des itinérants hurlants jour et nuit DEVANT le Palais des Congrès ! (Valérie Plante). Caricature de Ghalem.

Actions concrètes ?

 » Le Palais des congrès a refusé la demande d’entrevue de La Presse. ‘Il s’agit d’un débat de société plutôt qu’un débat privé’, indique un courriel signé par ‘l’équipe média du Palais’. ‘Il s’agit d’une situation que nous prenons particulièrement à cœur, à la fois pour nos commerçants et locataires, mais aussi pour les personnes en situation d’itinérance qui voient dans les espaces du Palais un lieu de repère.’ — extrait d’un courriel du Palais des congrès.

Face à l’exaspération des commerçants et l’augmentation du nombre de sans-abri, l’administration du Palais de congrès a récemment créé un comité spécial pour réfléchir à la situation. Les commerçants critiquent les instructions données aux agents de sécurité du palais qui — selon eux — refusent d’intervenir à l’intérieur des commerces. ‘La sécurité du Palais ne fait rien parce qu’ils disent que comme il est chez Tim Hortons ou chez Van Houtte, ce n’est plus de leurs affaires », a déploré par exemple le galeriste Pierre Antoine Tremblay. ‘Il n’y a rien qui se fait.’

Quant au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), il ne peut pas intervenir à l’intérieur du Palais des congrès comme il le ferait dans la rue. ‘On ne se décharge pas d’une responsabilité, mais il y a des enjeux légaux qui font qu’on ne peut pas intervenir’ aussi simplement, a expliqué l’inspecteur Simon Durocher, chef du poste de quartier 21. Le policier ajoute ne pas avoir enregistré de hausse des interventions sur place, mais que ses équipes avaient rencontré un commerçant qui dénonçait la situation.  »  (Itinérance au Palais des Congrès.  Les commerçants exaspérés.  Philippe Teisceira-Lessard. La Presse. 23 novembre 2022.)

Ras-le-bol des voisins !

Le 28 novembre 2022, Christiane Jahsen, au nom des locataires du 165, rue de la Gauchetière Ouest, a déposé une pétition portant 76 signatures au sujet de la situation déplorable du refuge du Complexe Guy-Favreau. Cette pétition a été adressée à la mairesse Valérie Plante, à François Raymond, DG de la Société de développement social de Ville-Marie et au Bureau de gestion de l’immeuble (BGIS). ” Le refuge, ouvert dans l’urgence au début de la pandémie, devait être temporaire. Il est devenu permanent. Devant cette réalité, la bonne cohabitation devient un enjeu primordial. Elle exige un respect mutuel : nous comprenons la raison d’être du refuge, mais, en bon voisin, celui-ci doit veiller à ne pas occasionner d’inconvénients à ceux qui habitent à proximité, ce qui est loin d’être le cas actuellement. C’est pourquoi nous comptons sur votre collaboration pour donner rapidement à la suite de la demande énoncée dans la pétition, à savoir que la file ne se fasse pas devant notre immeuble.  Par ailleurs, nous voyons ces pauvres gens attendre des heures debout ou assis sur le dallage froid.  N’y a-t-il pas moyen de rendre leur attente plus confortable ?  » (Christiane Jansen)

Image principale : Notre COP est pleine de biodiversités ! Caricature de Ghalem
* Une réunion virtuelle de la COP15 aurait été préférable pour l’environnement et les contribuables auraient  épargné des millions$.
Las OlasMains Libres

Alain Clavet

Carrière à Patrimoine canadien, au Commissariat aux langues officielles et aux Archives et Bibliothèque Canada. Conférencier à l'UNESCO-Paris, à l'Internet Society à Washington, à l'Université de la Sorbonne à Paris et à l'Internet Society au Japon. Maîtrise de l'École nationale d'administration publique et M.A en histoire canadienne de l'Université de Sherbrooke.