//La vie et le meurtre d’Elijah McClain

La vie et le meurtre d’Elijah McClain

La Métropole
Qui était Elijah? Personne de spécial, et pourtant il était très spécial … Né à Aurora dans le Colorado aux États-Unis, enfant de race noir avec tout ce que cela implique à Aurora, dans l’État de Colorado, aux États-Unis depuis ses débuts et dans ce meilleur des mondes. Elijah n’était pas comme les autres—pas comme nous.  Et les gens le savaient bien—trop bien, dans le cas de certains…

Depuis sa plus tendre enfance il était différent : passif, mais plein d’énergie, émerveillé constamment par la nature et les gens autour de lui. Pour Elijah, la lumière était un ami qui l’entraînait et le dynamisait, et la nuit, un père qui le protégeait. Tout le monde, y compris son père, sa mère, sa soeur et ses voisins l’aimaient beaucoup et veillaient sur lui mais il préférait surtout être seul et n’avait pas beaucoup d’amis : seul pour découvrir le monde, seul pour l’adorer ainsi que les êtres avec qui il le partageait; seul pour faire du sens de tout ce qu’il voyait, sentait et écoutait.

Des incidents qui ont marqué sa vie

Un jour fatidique, lors de son adolescence, Elijah entendit une jeune fille qui jouait du violon dans un parc public et son monde s’est soudain transformé!  Tout de suite il était déterminé d’apprendre à jouer cet instrument exquis de façon autodidacte–et il y réussit, choisissant de jouer parfois pour les chats et les chiens dans les abris pour animaux, persuadé que ces êtres se sentaient oubliés et abandonnés et qu’ils avaient besoin que quelqu’un joue pour eux—pourquoi pas lui? Cette activité peu usuelle lui a valu l’affection de tout le monde et la pitié de certains. Il apprenait à jouer d’autres instruments encore car cela lui plaisait et ça plaisait aux autres aussi.

Elijah était masseur de profession—ce qui, pour lui, était un autre moyen de rendre service plutôt qu’un simple gagne-pain. Son travail cadrait bien avec sa philosophie selon laquelle tout être humain a une grande valeur et mérite d’être non seulement respecté mais honoré aussi. Il manifestait constamment sa façon inédite de voir les autres par des gestes amusants et spéciaux pour ne pas dire bizarre : par exemple, lorsqu’il attendait son tour à la caisse au dépanneur du coin, après avoir fait ses emplettes, il faisait régulièrement une petite courbette devant la personne qui quittait l’établissement avant lui. Cela faisait rire parfois, mais il faisait cet hommage avec un sérieux presque biblique. Les autres clients ainsi que la caissière étaient charmés par son geste et se sentaient bénis en quelque sorte par sa présence sur les lieux. Tout le monde du quartier le connaissaient et l’aimaient… mais ce n’est pas le cas pour les gens d’ailleurs.

Le meutre d’Elijah

Un soir. au crépuscule, il se promenait dans son voisinage et se dirigea vers l’épicerie du coin pour faire une commission pour sa mère. Sur le chemin de retour, ayant fait sa courbette habituelle devant l’homme qui a quitté l’épicerie avant lui, il était sans doute dans son propre monde, écoutant sa musique sur sa radio portable–et dans sa tête–agitant ses mains dans l’air au rythme de la musique. Il était dans sa rêverie, séparé du reste du monde par son masque de toile, et ignorait complètement le danger dans lequel il allait soudain se trouver et le triste sort qui l’attendait ce soir-là.

Mais quelqu’un d’autre l’a vue, quelqu’un qui n’était pas de son monde et qui ne le comprenait pas. Quelqu’un qui, en le voyant, a eu des doutes concernant sa personne, son éducation et surtout ses intentions. Le doute de l’observateur s’amplifiait alors qu’il regardait Elijah qui voguait dans son monde. L’observateur a fait un appel aux autorités pour signaler la présence d’un individu mystérieux qui rôdait dans le voisinage—un inconnu dans son voisinage. L’appelant était quand même incertain quant à l’état d’âme et les mobiles de l’individu qu’il a aperçu dans la rue : « Ça peut être un bon élément ou un mauvais élément, je ne sais, mais vous devez peut-être aller vérifier… », a-t-il dit à la personne sur la ligne.

Dialogue entre Elijah et ses accusateurs

Appelant:

« Écoutez. Il y a un jeune noir portant un capuchon et son comportement est bizarre. Il se promène sur le trottoir, parfois dans la rue en tournoyant. Ça peut être en bon élément ou un mauvais élément, je ne sais, mais vous devez peut-être aller vérifier…  Non, je ne suis pas en danger. »

La police, qui venait d’ailleurs, sont allés rejoindre Elijah qui était encore sur la rue, toujours dans son monde, inconscient de la présence des gens autour de lui jusqu’à ce que la police l’interpelle et lui demande de s’arrêter.

Tout confus, Elijah revint soudain à leur réalité et leur dit…

Elijah: S’il-vous-plaît respecter mon espace personnel. Je suis différent…

Policier: On vous a déjà dit plusieurs fois de vous arrêter!

Elijah: Vous les gars voulaient m’arrêter, donc j’ai fermé ma musique pour vous entendre. Lâches-moi maintenant!

Policier:  Cessez de résister!

Elijah: Je rentre chez moi!

Policier: Détendez-vous ou je vais changer la donne.

Elijah:  Non! Je suis un introverti, s’il-vous-plaît respectez mes frontières!

Policier: Cessez de lutter!

Elijah:  (dernier mot avant de mourir):  C’est ce que je fais!  . . .

Épilogue:  Elijah McClain est mort ce soir-là, le 23 août 2019, à l’âge de 23 ans comme suite d’une injection de la drogue katamine, qui lui fut administrée par des agents de police. Après une quinzaine de minutes suivant l’injection où il se plaignait, vomissait et criait de douleur, Elijah a finalement cessé de respirer… Sa mère, en voyant la vidéo de d’incident, a observé : « Il savait qu’il allait mourrir. Je l’ai entendu dans sa voix et ses mouvements de corps le montraient. »

…[au moment de sa mort] Elijah portrait un sac de fruits. …L’appelant a dit qu’il n’était pas en danger [d’Elijah].  L’appelant a composé 911 parce que Elijah portait un masque et agitait les mains en l’air. … Les caméras portables des trois agents de police sont tombés lors de la lutte….  Voix moqueuse de l’agent d’enquête:  « Les caméras portables de tous les trois agents de police sont tombés! … », Est-ce que j’ai l’air si bête?

Préposée au dépanneur :  Il [Elijah] était heureux. I saluait tout le monde. Je n’étais pas inquiète parce que je savais qui il était, et quand il est entré, il n’était pas menaçant. Il n’était pas menaçant du tout.  Il disait « bonjour! » à tout le monde.  Il demandait à tout le monde comment ça se passait et puis il a dit  « au revoir ».

Collaboration spéciale :  Barry Pugh

Photos :  Elijah McClain

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