//Environnement santé ?

Environnement santé ?

Patrice Berthiaume

Dans une société nordique occidentalisée et moderne nous avons les moyens de nos ambitions. Nous payons une fortune pour accéder à ce qu’il y a de mieux pour recouvrer la santé et le bonheur qui l’accompagne. Ce prix exorbitant ne passe toujours pas par le service humain.

Je suis avec des ami.e.s chez un couple de notre connaissance. Alors que nous marchions dans le bois à descendre une pente abrupte, notre copain propriétaire de l’endroit perd pied, tombe. Incapable de se relever ou de bouger nous le ramenons du mieux que nous pouvons à la maison. Afin d’éviter de le torturer encore plus nous l’installons sur le sofa du salon plutôt que de le monter à sa chambre. Sa femme, médecin de formation, constate qu’il s’est fracturé une hanche. Jugeant qu’il ne s’agit pas là d’une urgence et ce en dépit des lamentations du concerné, elle sort l’artillerie lourde jusqu’à nouvel ordre.

Touchez-moi comment elle a tout cela chez elle, voilà qu’en l’espace d’une demi-heure il est branché sur un soluté. Dans les heures suivantes, afin de tenter de calmer les agitations du blessé elle lui administre des doses de codéine, de morphine. Rien n’y fait, en raison des réactions de malaises parce qu’il ne les supporte pas. La douleur demeure intense. Prisonnier au milieu du salon, avec les ami.e.s qui parlent fort, rient, laissent les lumières ouvertes, passent d’une pièce à l’autre, se font à manger, de jour comme de nuit, tentent de le réconforter à chaque heure qui passent aussi vite que l’avancée d’une limace, notre bonhomme capote sa vie. Ce petit manège durera plus de trente heures.

Pour des raisons médicales ténébreuses et dont nous ignorons totalement le sens et la logique, notre éclopé ne pourra recevoir aucune goutte de liquide dans la bouche. Complètement déshydraté de la yeule, il peine à parler, comme une bouche pas de dents avec une patate chaude. Elle nous signale qu’il lui faut être à jeun quand viendra le temps de l’opérer. Il boit déjà des tasses de soluté. Ça devrait faire le job. Trente heures de douleur à tester des anti-inflammatoires, des antidouleurs du fait que la situation n’était pas considérée comme urgente.

Nous pouvons parfaitement comprendre qu’un tel événement ne soit pas une priorité dans un système de santé, compte tenu des effectifs de moins en moins disponibles pour y faire face. Vous comprendrez également que cette histoire est vraie, qu’elle se déroule fictivement dans une maison mais qu’en réalité elle se passe dans un hôpital. Transposez le patient sur le sofa dans une chambre d’hôpital et vous avez exactement ce que je décris plus haut ; une personne qui se tord de douleur, dans un environnement bruyant, impersonnel, éclairée froidement de néons, le jour, le soir, la nuit, dérangée par le va-et-vient incessant d’un personnel surmené, épuisé. Quatre à six patient.e.s par chambre. Efficacité et réduction des déplacements du personnel pour l’économie de l’institution oblige. La santé c’est un business technologique, pharmaceutique, là où les dépenses ont contrainte de se faire et non pas pour le confort des malades ni pour l’addition de personnel attentif, disposé, présent.

J’écrivais pour la première fois sur ce blog le 14 novembre 2012. Le texte qui s’intitule « Ils s’occupent de vous » (à lire/relire en complémentarité avec celui-ci), expose comment nous sommes traités dans un système de maladie. Pardon, de santé. Pour des raisons familiales, je revisite, 5 ans plus tard, ce lieu hautement sacré et mafieux pour arriver à la même conclusion ; rien n’a changé dans la façon de « prendre soin » d’une personne. Un désastre. On vous stationne dans une chambre où le repos, la paix, le silence sont interdits. Par contre, vous aurez droit à un cocktail de médicaments chimiques, synthétiques, des poisons en liquide ou en comprimés pour vous aider à oublier que l’ambiance et le milieu ne sont pas si pires que cela, une fois bien stone. Les produits naturelles, locaux, bios, non dénaturés, non transformés coûtent trop chers et ne rapportent pas aux multinationales qui ont les deux pieds bien ancrés dans l’hôtel espagnole.

C’est au volume que nous faisons de l’argent. Plus la masse de consommatrices est grande plus l’argent récolté coule à flot. Tout dans un hôpital relève de concessions, de privilèges. De la simple fourchette à la seringue en passant par les jaquettes, les instruments pour opérer, tout relève d’un monopole. Le premier monopole étant la maladie elle-même dont le gouvernement/État décide ce qui est acceptable de faire ou non en la matière, avec, évidemment les pressions/bénédictions des multinationales de la maladie. Le contexte, l’entourage de ces milieux sont sans considération ou si peu pour qui s’étend sur une civière. Or, on nous sert quelques réussites de guérisons par-ci par-là dans le but de maintenir l’omerta des échecs, qui ne sont une surprise pour personne, plus élevées que les dites réussites. Et ces réussites, à quel prix nous les payons ! Médiatisons les miracles afin de taire l’ensemble des conditions de traitements en général.

Comment est-ce possible de croire que le monde hospitalier se donne essentiellement pour mission le bien-être et la santé quand son accueil à camper sur place est dénudée d’humanité, de chaleur, d’empathie ? Quand la nourriture qui y est servie est absente de vie, de frais, que pendant les heures de visites, il est promené sur un chariot une panoplie de friandises infectes telles que des barres de « chocolat » Mars, Kit Kat…, des chips et autres produits contenant additifs, sucre, poisons ? Que voulez-vous, l’adage qui dit qu’il faut en sacrifier plusieurs pour en sauver quelqus’un.e.s, fonctionne à plein régime dans un tel système. Néanmoins, il est de bonne guerre d’implanter dans la conscience par les médias de masse que ce n’est pas ainsi que les choses se déroulent. Votre argent est bien investit, croyez-nous. Soyez malade aussi souvent que vous le souhaitez, on s’occupe de tout, de vous, avec enthousiasme. D’ailleurs, nous sommes le monopole. Alors réfléchissez bien avant de tenter de vous remettre en santé ailleurs que chez nous. Chez nous c’est aussi le privé, notre privé. Saignez-vous financièrement, vous en aurez pour votre argent.

En parallèle de cet épuisant fourmillement, il y a tous les dérapages et mensonges de la chimio-tri-radio-qui-finit-avec-thérapie. Souvenez-vous que sans diagnostic on ne peut donner vie et alimenter un cancer. Le cancer prend forme quand on lui appose un diagnostic. C’est le principe de mettre en boîte, étiqueter quelqu’un.e ou quelque chose pour le juger, le condamner. Que dire des femmes enceintes, traitées comme un animal qui une fois son lait donné on passe à la suivante. Et la violence obstétricale qui commence seulement à sortir dans les médias et encore, principalement dans les réseaux sociaux par des chercheuses/cheurs indépendant.e.s ? Le volume est payant. Les méthodes importent peu. Seul le résultat financier compte. Il y a de la piasse à faire, si vous investissez dans une multinationale de la maladie. Il serait peut-être préférable d’être malade chez soi plutôt que de tenter d’être en santé dans un hôpital. Les employé.e.s font au maximum de leurs capacités tout en cautionnant à 100% l’idéologie de l’économie, le système, qui lui reste sainement incohérent, paradoxal et dangereux pour l’ensemble des client.e.s.

Est-ce si important de s’inquiéter que la structure des services soit déficiente à mourir, que la nourriture coupe l’appétit avant même d’avoir pris une seule bouchée, que le stationnement dans une chambre ou un corridor soit toléré malgré l’agitation incessante autour, quand la durée de séjour ne sera que de quelques heures ou de quelques jours ? Dans l’affirmatif, où sont les changements ?

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