//Le marché Finnegan : attraction, institution, tradition

Le marché Finnegan : attraction, institution, tradition

Marie Desjardins

Marie Desjardins, LaMetropole.com  –  Photos Salomé Bultel.

De Vaudreuil à Rigaud, la route longeant le lac des Deux-Montagnes a été épargnée en grande partie des ravages du temps. De belles maisons demeurent, arbres majestueux, hérons et bernaches, points de vue imprenables sur l’autre rive – un tableau. La promenade est idéale en toutes saisons, mais particulièrement de mai à octobre, alors que, aux confins de Hudson, au 775 Main, le marché Finnegan est ouvert.

Il y a plus de vingt-cinq ans, les Aird, propiétaires de cette grande propriété – prés, maison, étables – mettaient leur terre à la disposition de forains pour en faire un marché aux puces. Ils le nommèrent Finnegan, comme leur chien. Ce marché se métamorphosa bientôt en un rassemblement incontournable d’antiquaires et de brocanteurs, devenant une véritable attraction pour la population des alentours, mais également de Montréal, d’Ottawa, de Valleyfield ou de la Rive-Nord.  Dès le premier samedi de mai, très attendu, jusqu’au dernier samedi d’octobre, le marché Finnegan est en soi une destination. Depuis tant d’années, il a évolué, se transformant également en galerie d’artisanat, de produits locaux, de diverses curiosités. Tous peuvent y trouver leur compte : les collectionneurs, les curieux, les amateurs d’appareils photos vintage, les chineurs, les gens du spectacle et du film à la recherche, pour un décor, d’une authentique bouteille de soda ou d’un beurrier surmonté d’une petite souris. On semble trouver de tout, en effet, dans cet antre à ciel ouvert où, même par temps de pluie, les marchands se rassemblent, suivi de leur public.

C’est l’endroit parfait pour voyager dans le temps, et trouver, intactes ou presque, des catalognes en bon état, des couvertures de laine véritable, des tasses en porcelaine fine, de la coutellerie d’argent, des bijoux d’une autre époque, des vinyles, des outils qui ne se fabriquent plus, des poêles en fonte, des boîtiers authentiques de poupées Barbie, des gnomes tout droits sortis d’un roman fantastique. La liste est longue, il suffit de déambuler et de se laisser surprendre. Et de dénicher, entre une nappe d’autrefois, immaculée et bien empesée, une plateau à l’effigie de la reine d’Angleterre à l’époque de son couronnement, un cendrier de fantaisie, un heurtoir de cuivre, d’anciennes boules de Noël comme il ne s’en fait plus. Au hasard des tables d’exposition, une Russe propose des chaussettes de laine à motifs, des Éthiopiens des pains délicieux aux courgettes ou aux dattes, très prisés des fidèles du marché, mais encore des commerçants derrière des paniers de légumes bio et des artisans transformant d’anciennes fourchettes en mobiles qui, sous le vent, produisent d’agréables tintements.

De neuf heures du matin à quatre heures de l’après-midi, le marché devient un lieu de rendez-vous aux allures de kermesse. Une impression d’un autre siècle. Le temps s’arrête, joyeux. Sans oublier de mentionner la cantine qui fait, dit-on, les meilleurs hamburgers du comté. C’est bien entendu un rendez-vous du samedi, où le miracle peut être au rendez-vous.

Le marché Finnegan : attraction, institution, tradition

Auteur de romans, d’essais et de biographies, Marie Desjardins, née à Montréal, vient de faire paraître AMBASSADOR HOTEL, aux éditions du CRAM. Elle a enseigné la littérature à l’Université McGill et publié de nombreux portraits dans des magazines.

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