//L’île-du-Prince-Édouard : oasis maritime

L’île-du-Prince-Édouard : oasis maritime

Laurence Clavet

Laurence A. Clavet,  LaMetropole.Com

Au sortir de Noël, les ventres repus et au vu du temps plus que maussade de janvier et de février, lorsque la neige a perdu une grande partie de son charme initial, la même question pend aux lèvres de plus d’un Québécois: quoi faire pendant les vacances d’été? Où aller? C’est de connaissance générale que les après-midis passés à fureter sur le web à la recherche de possibles destinations et de deals avantageux aident à faire passer l’interminable blues hivernal. 

Même si notre imagination peut nous transporter au bout du monde, nombreux sont ceux qui ne peuvent se permettre de concrétiser ces fantasmes; faute de temps, d’argent, ou parce que voyager en famille, c’est aussi, sinon plus, difficile que ça en à l’air. Étant toujours étudiante, j’ai été confrontée à certaines de ces limites lors de la planification de mes vacances avec mon copain, jeune professionnel. Nous avions 10 jours, un budget nous permettant de nous gâter (mais pas trop) et la conviction politique de ne pas aller dépenser notre argent aux États-Unis, du moins pour l’instant. Au terme de notre remue-méninges, nous avions décidé: partons de Montréal, en char, et allons découvrir l’Île-du-Prince-Édouard.

Avant de poursuivre, permettez-moi un commentaire. Lorsque, à tout âge, nous avons le désir de découvrir ce que le monde a à nous offrir, nous avons souvent tendance à penser, d’emblée, à l’Europe, à l’Asie, à l’Amérique du Sud – bref, sortir de chez soi, du Canada. Toutefois, je crois que l’on pourrait tous, une fois de temps en temps, résister à ce réflexe et voyager dans notre pays. L’immensité canadienne, ce n’est pas que des terres agricoles (bien qu’il y en ait énormément), ce sont des paysages tant diversifiés qu’époustouflants, deux océans, cinq climats, des chaînes de montagnes, des produits de tous les terroirs et des gens qui ont, plus souvent qu’autrement, envie de partager leurs histoires avec vous.

Retour à notre périple

La route Montréal – Île-du-Prince-Édouard est d’une durée d’environ 11 à 12 heures, selon l’endroit où on loge sur l’Île. Ne partez pas en peur – ça se fait, plus que bien, surtout si l’on s’arrête une nuit en chemin. La route, et l’arrêt, valent la chandelle. Au Québec, il faut prendre plaisir à longer le fleuve et à observer (brièvement, reste que l’on est sur l’autoroute 20) le St-Laurent et ses îles avoisinantes. Au niveau de Rivière-du-Loup, on pique vers le Sud, direction Nouveau-Brunswick. Mais avant de traverser la frontière, il faut s’arrêter à la Fromagerie Le Détour, tout près de l’autoroute, et prendre quelques minutes pour déguster vos achats à une des haltes routières du Parc-national du Lac-Témiscouata.

 Au Nouveau-Brunswick, la route se poursuit à travers les Appalaches. L’autoroute vallonnée donne accès à des points de vue imprenables sur des forêts luxuriantes et des petits villages nichés en leur sein. Si vous êtes habitués à voyager en voiture au Québec ou en Ontario, soyez prudent – les sorties d’autoroute sont beaucoup moins fréquentes et il faut faire gaffe à ne pas manquer d’essence.

Pour votre première nuit, arrêtez-vous à Woodstock, petite ville longeant la rivière St-John et ayant le charme de certaines régions de la côte est américaine. Déjà, l’air est bon, et c’est le temps des îles – tout est plus lent, plus calme. Ici, on couche chez Brigitte et David (Brigittes Bed and Breakfast) – ils sont chaleureux, accommodants, et vous prépareront un déjeuner qui vous permettra de tougher un bon bout de la route qui vous reste à faire jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard. 

Trois à quatre heures plus tard, vous voilà au Pont de la Confédération. Construit en 1997, il est, avec ses 12,9 kilomètres, le plus long pont surplombant une étendue maritime prise par les glaces du monde. La construction du pont n’a pas fait l’unanimité chez les habitants de l’Île, bien au contraire. Nombreux s’opposaient à ce raccordement permanent, qui changerait inévitablement leur mode de vie et engendrerait une foule de touristes. Finalement, par l’entremise d’un référendum, en 1988, le « OUI » au pont l’a emporté avec 59,4% des voix.

 

Le sentiment d’appartenance des Prince-Édouardiens à leur île est palpable. Toutefois, leur fierté se manifeste d’une manière bien différente de celle à laquelle nous sommes habitués, au Québec. Les drapeaux canadiens trônent à l’entrée des maisons, d’un bout à l’autre de l’Île. À Charlottetown, l’histoire de la confédération canadienne est omniprésente – au centre-ville, des plaques commémoratives et des monuments à l’effigie des Pères de la confédération se trouvent à tous les coins de rue. La plaque d’immatriculation des voitures de la province porte le slogan « Birthplace of Confederation » – faisant référence à la Conférence de Charlottetown, tenue en 1864 et ayant donné lieu  à l’union du Canada-Uni (aujourd’hui l’Ontario et le Québec), du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, en 1867. De ce que nous avons pu constater, les habitants eux-mêmes portent en eux l’amour de leur province, unique en son genre, et faisant partie intégrante du Canada depuis 1873.

L’Île-du-Prince-Édouard en a pour tous les goûts. De nombreuses plages publiques donnent l’occasion de se baigner, de flâner et de faire de magnifiques châteaux de sable rouge en famille. Les terrains de golf (une vingtaine sur l’Île) sont reconnus pour leur beauté. Les amateurs de camping seront comblés – je vous recommande les terrains du parc provincial de Cedar Dunes, hors des sentiers battus et donnant accès à l’un des 60 phares qui parsèment les côtes de l’Île. Il faut donc se le dire – un voyage à l’Île-du-Prince-Édouard doit être centré sur la nature. Même la capitale, Charlottetown, est construite autour d’un petit port de bateau de plaisance et de voiliers. En tant que touriste, on peut facilement y faire du kayak ou du paddleboard. Nous sommes loin de la Main montréalaise ou des boutiques de Ste-Catherine.  

Pour ma part, j’ai passé la majeure partie de mon séjour à Tignish, village sur la pointe nord de l’Île, dans une petite maison, louée sur Airbnb et donnant un accès privé à l’océan. Tignish est possiblement l’endroit le moins touristique de la province. Tout le monde se connaît, les commerces sont peu nombreux (la plupart d’entre eux sont des coopératives) et on se sent voyager dans le temps, vers les années 60 ou 70. On y est un peu seul au monde (il faut très bien s’entendre avec notre compagnon de voyage). Bien entendu, ce n’est pas pour tout le monde. Mais si, comme moi, votre quotidien habituel est chaotique, urbain, planifié à l’heure près sur GoogleAgenda, et que vous avez oh-grand-besoin de déconnecter et de vous ressourcer, c’est l’endroit qu’il vous faut. J’y retournerais sans hésiter. 

Au retour, on s’arrête au Gite La Halte du Verger, à Notre-Dame-du-Portage. On s’y fait gâter par Yves, le propriétaire, qui nous accueille avec un cocktail, nous laisse du porto et des chocolats dans notre chambre et nous réveille avec un succulent déjeuner conçu avec des produits du terroir québécois. Un tel arrêt, sur le bord du fleuve, permet de ralentir le retour à la réalité et nous rappelle à quel point le Québec peut être beau.

Après 10 jours à l’Île-du-Prince-Édouard, nous avions hâte de rentrer à Montréal, l’intensité, l’hyper-activité et la diversité culturelle de cette ville étant uniques et créant une dépendance certaine. Mais à notre arrivée dans le métro, nous nous ennuyons déjà du vent, du bruit des vagues, du temps des îles et des gens de cette province pas trop loin de chez nous.

Dernière chose: allez-y au mois d’août – septembre:

  • C’est la saison du homard – vous n’en aurez jamais mangé du si bon, et on en trouve partout, même dans le plus petit des casse-croûtes; 
  • La température est magnifique – le soleil est toujours chaud, mais le vent est frais ainsi que les nuits. Rien de plus revitalisant que de se baigner dans l’eau (froide) de l’Atlantique et de sécher au soleil; 
  • À Charlottetown, c’est la période où se tient le festival Art in the Open – des artisans, artistes et créateurs s’installent dans les places publiques, la ville est animée et le tout est gratuit!

Mes bonnes adresses

–  Pour les huîtres, les « quahogs » et un Bloody Caesar: Carr’s Oyster Bar 

–  Pour acheter des produits frais de la Nouvelle-Écosse au retour de l’Île-du-Prince-Édouard: Green Pig Country Market 

–  Pour une randonnée parmi les éoliennes et un repas avec vue sur l’océan: Wind & Reef Seafood Restaurant 

–  Pour dormir à Charlottetown: Heart’s Content B&B 

–  Pour une bière de micro-brasserie locale: Craft Beer Corner 

–  Pour une crème glacée à Charlottetown: Cow’s Cremery 

–  Pour manger les meilleurs fruits de mer de l’Île : Water Prince Corner Store 

–  Pour les frites: French Fry Hut

*Le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ont toutes deux leur musée de la pomme de terre, et revendiquent la production de la meilleure pomme de terre et de la meilleure frite. J’en ai goûté, beaucoup, au cours de mon voyage. Mon coeur s’est arrêté sur celle du French Fry Hut, à Florenceville-Bristol, au Nouveau-Brunswick. Le casse-croûte sans prétention, situé dans le stationnement d’une station d’essence, était bondé à notre arrivée, un samedi en milieu d’après-midi. Les habitués de la place semblaient commander leur repas pour emporter, à consommer dans leur voiture (pour ma part, je vous suggère d’aller vous installer sur une des tables à pique-nique, derrière le casse-croûte, pour faciliter la dégustation). 

L’île-du-Prince-Édouard : oasis maritime 

 

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Bachelière en communication et étudiante en droit, Laurence est passionnée par l’innovation en matière d’agroalimentaire et se questionne quant à l’impact de l’encadrement juridique de cette industrie sur notre santé et notre environnement. Par le biais de sa compagnie de création théâtrale, le Théâtre des Trompes, elle participe à la production d’un théâtre novateur, centré sur l’intermédialité.

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