Mea culpa Felipe

Un soir sur la galerie de presse au stade Olympique, j’entendais les journalistes mettre en doute une décision de Felipe Alou qui avait retiré du match Vladimir Guerrero après cinq manches alors que le match n’était pas nécessairement hors de portée des Expos.
Felipe Alou, crédits photo : USA Today Felipe Alou, crédits photo : USA Today
Felipe Alou, crédits photo : USA Today

Un soir sur la galerie de presse au stade Olympique, j’entendais les journalistes mettre en doute une décision de Felipe Alou qui avait retiré du match Vladimir Guerrero après cinq manches alors que le match n’était pas nécessairement hors de portée des Expos.

Il était encore tôt dans la rencontre. J’ai alors demandé à Felipe pourquoi il avait retiré Vladimir de la formation. Felipe n’avait vraiment pas apprécié et m’a demandé de rester dans son bureau après son point de presse, il voulait s’entretenir seul avec moi, ce que j’ai refusé. La nouvelle avait fait les manchettes dans les quotidiens le lendemain, et Ron Fournier en avait longuement parlé à son émission de fin de soirée.

Je regrette d’avoir provoqué Felipe; en bout de ligne, cela ne m’a rien rapporté. Felipe, dans les faits, aura été le premier joueur républicain dans l’histoire du baseball. Ils sont aujourd’hui plus d’une centaine dans le baseball majeur. Felipe est ni plus ni moins le Maurice Richard du baseball en République dominicaine, un dieu dans son pays. Felipe a connu une brillante carrière comme joueur et comme entraîneur avec les Expos, devenant le premier entraîneur-chef natif de la République Dominicaine. Il a presque conduit les Expos à la Série Mondiale en 1994, l’année de cette grève maudite. Il a joué 17 ans dans les grandes ligues et a été entraîneur-chef pendant 14 ans.

En carrière, il a frappé sept circuits contre le grand Sandy Koufax, très peu de joueurs peuvent se vanter d’avoir connu autant de succès contre le grand Koufax. Felipe n’avait que faire des statistiques avancées. Avec ses frères, Jesus et Matty, décédé en 2011, il a formé le premier trio de frères voltigeurs dans la même formation, les Giants de San Francisco. Les quatre Alou, incluant Moïses, le fils de Felipe, ont totalisé en carrière 5 094 coups sûrs, Felipe en ayant eu 2 101. Moïses a surpassé chacun d’eux avec 2 134 coups sûrs, portant le total à 7 228 coups sûrs.

Les Alou furent des frappeurs agressifs, avec une moyenne au bâton de .291. Les Alou ont joué 47 ans dans les grandes ligues. Felipe a côtoyé et affronté les meilleurs joueurs de l’histoire du baseball: Willie McCovey, Orlando Cepeda, Hank Aaron, Willie Mays, Roberto Clemente, mort dans un tragique accident d’avion alors qu’il allait porter des denrées aux plus démunis dans son pays durant les fêtes. Felipe a pleuré à chaudes larmes en apprenant le décès de Clemente, qui fut avec Willie Mays l’un des meilleurs voltigeurs de l’histoire du baseball.

Pour Pedro Martinez notamment, Felipe Alou est un deuxième père. D’ailleurs, il était de très mauvaise humeur lorsque le directeur général Jim Beattie a échangé Pedro aux Red Sox de Boston. Devant le fait accompli, il a demandé à la direction d’échanger Pedro à une équipe qui avait des chances de gagner la Série Mondiale, alléguant que Pedro méritait de jouer pour une équipe aspirant aux grands honneurs. On a appris plusieurs années plus tard que Pedro aurait accepté une diminution de salaire pour rester avec Felipe et les Expos.

Felipe a, tout comme Jackie Robinson, été victime de racisme au début de sa carrière. Felipe, qui a eu 85 ans le 12 mai 2024, a été élevé à la dure dans une mansarde de 15 pieds par 15 pieds, un cabanon. Il marchait 12 kilomètres par jour pour aller à l’école. Il voulait devenir médecin pour soigner ses concitoyens. Athlète accompli, il a représenté son pays aux Jeux Panaméricains au lancer du javelot. Un chaud lapin, il est père de 11 enfants, les deux derniers avec la Québécoise Lucie Gagnon. C’est inadmissible que Felipe Alou n’ait pas sa place au Temple de la renommée du baseball. Que celui qui n’a pas péché lance la première pierre à Felipe!

(Référence: FELIPE, une légende dominicaine par Peter Kerasotis aux Éditions Wilson Média)

Poésie Trois-RivièreLe Pois Penché

Le Bureau des Sports