//Serge Bouchard, L’allume-cigarette de la Chrysler noire

Serge Bouchard, L’allume-cigarette de la Chrysler noire

Ricardo Langlois
Faire honneur à son éducation, à sa vie auprès de parents qui n’étaient pas riches. Une enfance heureuse. Et alors? Pauvre en argent, mais riche en esprit. Comment élever l’âme ? Serge Bouchard l’a dit au Journal de Québec, moi je vous citerai le poète Fernand Ouellette : « La relation fondamentale est la voie de la contemplation dans l’intégrité du Tout, du vivant du trésor qui flotte » (1).
On parle de Nous

À travers 65 petits récits, Serge Bouchard se penche sur notre passé et aborde l’héritage de nos parents. Il faut trouver un sens à cette humanité qui se déshumanise. Les grandes énigmes sont-elles expliquées pour la nouvelle génération? Avant la mort, avant nous, quel héritage? Il faut tout apprendre : l’amour, le bonheur, la santé, la joie, notre histoire. Mes frères d’armes, vous qui lisez ceci, êtes à la recherche d’un Idéal. « L’enfer c’est soi, rien que soi ! La vie est déjà si difficile, le monde si peu sûr, l’ennemi fait partie de la famille depuis si longtemps, inutile d’en rajouter (…) Nous recherchons des ennemis pour mieux nous définir » (p. 47).  Bouchard nous rappelle une triste réalité sur le plan écologique : « la disparition du monarque, les crapauds et les grenouilles, les nids de fourmis » (p. 59). Je me rappelle mon enfance. Attraper des grenouilles au bord de l’eau afin de les mettre dans un aquarium.

Le sens de la vie

Bouchard parle de sagesse. « La plénitude du vide. La grandeur de l’immobilité. » (p.65). Ses conversations avec les arbre(p.69). Il parle du journal intime que son père écrivait tous les jours. Je me suis rappelé mes propres journaux intimes qui traînaient partout dans ma chambre. Des listes dachats, des citations d’auteurs, mes impressions sur des disques, etc. « Le long bonheur tranquille », dira l’auteur. Il parle de son papa. Un moine oriental, selon lui.

Le temps (si précieux)

Prendre le temps d’admirer, de remercier, d’aimer. Regarder un coucher de soleil, visualiser l’écoulement du petit jour. C’est ma compréhension à moi. Bouchard dira : « l’élan primal du temps qui passe » (p. 93). Il me fait verser une larme. Je lis ceci : « Un jour, le temps manquera de temps et l’univers sera toujours en panne d’espace » (p.94). Du romantisme, la jeunesse, mes 20 ans, la transfiguration d’une époque non censurée (fumer, dormir à la belle étoile, les concerts rock, la fureur, l’étendard, rêver d’un pays [le Québec et son indépendance])… Tout ça avec l’œil de papa qui me disait : « Vas-y, vis ta vie comme tu le veux! »

Le Bien et le Mal

Nous instrumentalisons l’écriture. Proust, Prévert, Miron, chacun à sa manière donne une réponse à l’Univers (2). Au Québec, depuis la grande noirceur de Duplessis, l’idée de faute est omniprésente. « Réprimander, punir, semoncer, tancer ou gourmander un enfant » (p. 156). Pour les Innus, l’enfant n’est jamais coupable. L’idée de faute est quelque chose de profondément catholique. Le pardon, tel que le prônait Shakespeare, élève la conscience humaine. En 2021, nous comprenons mieux la tragédie des pensionnats et du pouvoir clérical. Nous pouvons également parler du pouvoir des réseaux sociaux.

S’il vous plaît, like moi !

Souvent, je dis à mon ami Junior de Rimouski : « Au nom de notre amitié, likemoi ! ». Facebook, cette nouvelle technologie devenue notre parloir. Les selfies, ici et là ? L’écran en permanence. « Est-il impudique de dévoiler tous les aspects de sa vie? Le corps, le sexe, la maladie » (p.214). Personnellement, j’en suis incapable. Je parle de musique, de poésie… mais les confidences intimes, je n’y arrive pas. Oui, elle est ardue l’épreuve de la pudeur. J’ai pensé à l’être solitaire aux prises avec ses désirs, ses démons intérieurs… La page blanche ou l’écran ? Un étudiant de l’UQAM me dit : « Ça change quoi? C’est ça la nouvelle réalité de la vie ». Le 20e siècle a-t-il existé ? Il faut aborder ce livre comme une méditation sur le temps. Une réflexion s’impose. Serge Bouchard nous aura laissé un précieux héritage. Une œuvre où le sens tragique du monde est brillamment exposé.

Notes

1. Fernand Ouellette, Ouverture (Essais) L’Hexagone 1988
2. Roland Barthes, l’idée me vient du livre. Le degré zéro de l’écriture Point. (essais) 1972.

Serge Bouchard est anthropologue, chercheur dans le domaine des études nordiques, passionné d’histoire et d’amérindianité.

Serge Bouchard, Lallume-cigarette de la Chrysler noire, Boréal Compact, 2021.

Le Pois PenchéLe Pluvier
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