//Vincent Lambert, Mirabilia
Vincent Lambert Mirabilia

Vincent Lambert, Mirabilia

Ricardo Langlois
Salut nostalgique à l’arrière-pays. Difficile de repérer les schèmes de l’Être humain. Comment traverser le temps, le monde dans lequel nous vivons ? À quelle histoire ? À quelle romance ?

Tout un travail pour monsieur LambertImaginez 285 pages et cinq années de notes et réflexions. Écrire comme vivre sachant que la neige sera toujours blanche et que l’on ne sera jamais Bouddha comme Kerouac.

« L’arrière-pays me parle dans une prose atmosphérique dans un langage plus ouvert que les mots, il sait exactement montrer à quel point je déborde de stupidité » (p32). Nous sommes ici dans un monde où l’on déploie nos ailes. « Je tombe en mode contemplatif dans le troubalidon du party de Noël on s’amuse à mort (p51). Il faut vivre (peut-être une illumination). Le poète parle de la face cachée de la terre et que, même sous les débris, il y a l’espoir de vivre. Puis il revient sur « le chant de la terre promise » (p. 73). On trace pour soi l’architecture du désir. Impression permanente d’inadaptation, d’inappartenance. Depuis trop longtemps, le poète est un « éveilleur de conscience révolutionnaire » (p. 74). Il sait aussi visualiser un soleil dans un univers parallèle. Comment ne pas penser au poète Longchen Rabjam(1) ? « Sur la montagne des tendances accumulées depuis des tendances accumulées depuis des temps immémoriaux le filet de l’ignorante dualité voire la claire lumière de l’Esprit ». Nous sommes qui ou quoi dans l’univers ? Dieu est-il une illusion ? « Comment faire confiance au repère fondamental de l’omniprésente parano ? », disait Gilbert Langevin. Il voit le monde comme une illusion : « Monsieur Univers aussi a des absences, il oublie tard le soir qu’il est Monsieur Univers » (p143). Il faudra bien un jour que le poète retrouve son désir vert dans la saison blanche. La beauté part de ce qui n’est plus et pourtant le poète a une mission (il est Maître et disciple de sa destinée). D’un autre cô, l’alter ego croit à l’invention ou à la découverte de métaphores nouvelles. Je fais allusion à Borges : « Comment se porte votre mémoire ? » Parce que « Mirabilia » est une somme sur la solitude du poète. Illusions de l’Être humain sur le sens de l’expérience d’une vie.

« Des volées de prières semi-conscientes

Sept fois pliées dans les fissures

Illuminées du mur du temps » (p161).

Dans ma lecture, j’ai pensé à une méditation sur l’Être humain, prisonnier d’une spirale. D’un karma. De l’abondance qui nous fait perdre l’essentiel.  Écrire, n’est-ce pas une issue à sa désespérance ? À la presque toute fin, il cite Camus : « au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été »J’ai aimé profondément ce livre. On cherche à déconstruire le semblant d’ordre. On retient notre souffle parce qu’il suffit d’une réponse pour que jaillisse une autre question. Écrire dans un déluge d’espérance ou voir la poésie sur un fil d’Ariane. Au lecteur à la lectrice) den juger.

Notes

1— Matthieu Ricard, « Chemins spirituels », poème de Longchen Rabjam (1308-1363).
2— Gilbert Langevin, « Le dernier nom de la terre, 1992, p. 72.
3— Jorge Luis Borges, « Le livre de sable », Gallimard, 1978, p. 131
4— Vincent Lambert, « Mirabilia », Le quartanier, 2019.
Le Gustave
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