Paul Auster, écrivain

Hommage à Paul Auster, écrivain. Par Ricardo Langlois
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Hommage à Paul Auster, écrivain. Par Ricardo Langlois

Il s’est fait connaître en 1982 avec « L’invention de la solitude », un roman autobiographique où il tente de cerner la personnalité de son père. Le romancier perce en 1987 sur la scène internationale, notamment en Europe, avec sa « Trilogie new-yorkaise », un roman noir qui s’inspire du genre policier.

Également scénariste, Paul Auster a contribué au film « Smoke », qui dresse le portrait d’âmes perdues gravitant autour d’un débit de tabac de Brooklyn, et sa suite « Brooklyn Boogie », deux films qu’il réalise avec Wayne Wang. Parmi ses autres œuvres à succès figurent notamment « Moon Palace »« Le Livre des illusions » et « Brooklyn Follies ».

Écrivain vénéré en France qu’il considère comme son « deuxième pays », il reçoit le Prix Médicis étranger pour le « Léviathan » en 1993. Démocrate affiché, il a dénoncé dans l’un de ses livres, les années Bush.

En avril 2022, il avait perdu son fils Daniel Auster, 44 ans, qu’il avait eu avec l’écrivaine Lydia Davis, sa première épouse. Il était mort d’une « overdose accidentelle » à New York après avoir été inculpé d’homicide involontaire pour le décès fin 2021, également par overdose, de sa fille Ruby, âgée seulement de dix mois.

Malgré un cancer diagnostiqué la même année, il achève un dernier livre à la tonalité nostalgique, « Baumgartner ».

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Moon Palace 1993, mon préféré

On y rencontre le jeune Marco Stanley Fogg. Déjà, avec un nom pareil… Sans famille (sa mère est décédée il y a belle lurette, son oncle n’en a plus pour très longtemps), il se débrouille tant bien que mal à l’université. Plus les sessions avancent, moins bien sa situation financière se porte. Éventuellement, il atteint le fond, sans domicile fixe, vivant de la générosité des passants, poussant jusqu’aux limites ses capacités physiques et mentales.

Sa situation change du tout au tout quand il accepte l’emploi que lui propose un vieil excentrique, paraplégique et aveugle. Promenades quotidiennes et conversations en échange de nourriture, d’un logis et d’une maigre rémunération. Pas si mal, compte tenu de sa situation. Comme il le dit, tout arrive à qui sait attendre.

Ainsi commence un autre volet de ce roman, M.S. s’efface un peu et devient alors le faire-valoir de Thomas Effing. Ce dernier n’a pas toujours été un vieil handicapé. On peut même affirmer qu’il a vécu plusieurs vies toutes aussi extraordinaires les unes que les autres (que je ne résumerai pas ici), un peu comme son nouvel employé.

C’était un «match» parfait. M.S., même lorsqu’il était un étudiant pauvre, vivait enterré au milieu de nombreux cartons de livres au point que ceux-ci formaient son mobilier. (Quelle chance !) C’est à croire qu’il était prédestiné à devenir le compagnon d’un érudit. J’ai suivi avec réelle passion leurs échanges intellectuels et philosophiques.

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Paul Auster, le poète

Disparitions arrive en 1994. Un livre de poésie rare d’une grande intensité. Tous les poèmes ont été écrits dans les années 1970. Il explore tous les aspects de la parole initiale. Auster déploit un paysage d’écriture qui lui appartient. Le pathos est un torrent sans fin pour l’écrivain qui fouille comme un archéologue de la langue. La poésie comme terrain de jeu fertile. Meubler l’espace, les configurations de l’intériorité.

Lumières du Nord

Voici les mots

Qui ne survivent pas au monde. Et les dire

Est s’évanouir

Dans le monde. Inaccessible

Lumière

Qui point au-dessus de la terre, suscitant

Le bref miracle

De l’œil ouvert-

Et le jour qui se répandra

Comme un feu de feuilles

À travers le premier vent frais d’octobre

Consumant le monde

Dans la langue simple du désir

En février 2013, Christine Simeone a nterviewé Paul Auster dans l’hôtel d’Aubusson. France Inter.

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com

Mains LibresLe Pois Penché