//Antoine Desjardins : Indice des feux

Antoine Desjardins : Indice des feux

Ricardo Langlois
Avoir souvenance de ma jeunesse peuplée d’arbres, de ruisseaux, de lit improvisé sous les étoiles. « Indice des feux », sept nouvelles ou sept fables écologiques. Mon intuition, malgré toutes les plaies du monde, se construit dans l’amour des âmes.  Je suis toujours impressionné par la clarté lumineuse des humains que je rencontre. Antoine Desjardins décortique la réalité. Le mystère de la vie est si fort, les humains si seuls. Il faut tenter de vivre. Garder cette gratitude en Soi.
Au cœur d’un cyclone

Pour Desjardins, c’est un tour de magie que de mettre en relief les tourments de ses personnages. Il faut parler à l’esprit qui les anime dans ce monde trop étroit, trop vain, trop cruel. Il faut lire l’histoire de cet adolescent atteint d’un cancer incurable pour comprendre la douleur de mourir tout en étant à la fois conscient et prisonnier. La lucidité. « J’ai serré le livre contre mon cœur là où les enfants serrent la tête d’un ours. » (1) Vraiment, le chaos du ciel bascule.

Feu doux 

L’histoire est celle du jeune Louis, un garçon surdoué qui abandonne ses études en droit à l’Université pour commencer une vie nouvelle. Il devient écolo puis rejoint la tribu de la simplicité volontaire. Il se remet en question, met les points et les virgules à la bonne place. La planète se meurt ! Dans sa démarche, il bénéficiera de l’appui et de l’amour inconditionnel de son frère. Feu doux ressemble à l’histoire de mon meilleur ami qui s’était construit une maison en forêt.

« Le saccage des dernières forêts primaires. La surexploitation des ressources naturelles. Le massacre de la biodiversité, les milliers d’autres comportements humains autodestructeurs » (p 193) Il faut revenir à une vie plus normale. Je repense à mon enfance et au combat de mes ancêtres. « Restez aux aguets afin de saisir la beauté du monde demande toutefois une énergie folle de même qu’une lucidité totale et vraie.» (2)

Mon coup de cœur

« Fins du monde » est le plus beau morceau de ce puzzle sur la fin de notre monde. Je me suis mis à la place du jeune garçon de 12 ans qui voit disparaître son terrain de jeux, un boisé a l’état sauvage. Le promoteur immobilier deviendra l’ennemi juré. Parce que la vie douce disparaît pour un néant sidéral. « Une histoire personnelle, une question de vengeance. Le bois, c’était notre bulle de liberté et d’ensauvagement. Notre île secrète .» (p.256)

La fin du monde

Dans cette époque nihiliste de capitalisme sauvage, comment allons-nous nous échapper aux fausses icônes et aux nouveaux rituels (la censure, la culture woke, la réécriture de l’histoire) ? La planète est épuisée. À l’exception de l’Art et des vieux souvenirs, que restera-t-il ? L’auteur est délicat. Sait-il à quel point la vie est fragile ? « Peut-être un cri sourd du cœur de la terre. » (3)

 NOTES

  1. Christian Bobin, La nuit du cœur, Folio 2020.
  2. Jean Désy, Âme, foi et poésie, essai, XYZ éditeur 2007.
  3. Gatien Lapointe, Ode au Saint-Laurent, Écrits des Forges 2001.

Antoine Desjardins, Indices des feux, La Peuplade 2021.

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