//Zachary Richard : Zuma 9

Zachary Richard : Zuma 9

Ricardo Langlois
D’entrée de jeu, Zachary Richard parle de son processus de création. Je décris ce que je vois et ce que je sens.

Zuma 9 est une œuvre forte. Une poésie qui flirte entre une perception intimiste d’un auteur qui cherche de façon définitive cette faille où la lumière passe (Leonard Cohen). Poésie initiatique à la Joséphine Bacon au Québec ou à la Kerouac de la Beat Generation. Vous et moi sommes invités à un festin d’amour. Zachary Richard se définit lui-même comme un bouddhiste en éveil spirituel. Zuma 9 est un royaume à lui tout seul. L’hiver et les étourneaux. Une bourrasque d’Ouest. Les lumières de la ville qui clignotent dans la grisaille.

Le poète se tient debout dans la nuit du monde. Il observe, un soir à Sainte-Agathe, les aigles morts. L’exploration des lieux et des origines. Il pense comme un chaman. Les hirondelles arrivent dans un poème comme une source de bonheur. J’ai eu l’impression de me transporter à Big Sur, dans le pays de Jack Kerouac, dans sa bienheureuse solitude : m’enfonçant dans les couches de ma solitude paresseuse (p. 47). C’est magnifique parce que le poète est resté humble. Il énonce la chaleur biblique pendant que les guêpes font leur travail ardu (p. 56).

Zachary Richard accepte de se confondre aux oiseaux. Les humains y occupent peu de place. L’ordinaire de la vie s’intègre dans un écosystème où chaque humain doit apprendre sans cesse. L’auteur transforme Zuma 9 en pays imaginaire pour comprendre la Vie, le Souffle et l’Esprit.

Apprendre de la nature l’hiver est surprenant pas de froid encore, mais multitudes de grives se nourrissant sous les arbres (p. 65). C’est rien que la beauté de la nature transfigurée. Au cœur de la galaxie de Zuma 9, le poète perçoit le pouls du monde, son rythme, sa vie. Existe-t-il une âme dans tout ce qui nous entoure ?

Est-il simplement orphelin au sein de son humanité ? De cette humanité qui ne parle que d’elle ? Cherche-t-il la forêt millénaire ? Veut-il saisir l’amour oiseau (titre d’un poème) : Le ciel bas molletonné comme une couverture sur le monde (p. 85) ou cette musique intérieure : la musique qui joue dans cette nuit de pleine lune (p. 106) ou ce chant de grenouille : À travers les lambeaux de la brume moqueurs et cardinaux chantants? (p. 107)   Alchimie lumineuse. Quête à travers un monde d’illusions. Lenteur de la vie pour le poète-chanteur. J’ai pensé à Christian Bobin : je me demande ce qui manque à la vie quand la beauté la traverse une seconde. Peut-être rien.

Notes

1— Zachary Richard a commencé à écrire de la poésie en 1968 à la suite de sa rencontre avec Allen Ginsberg à La Nouvelle-Orléans. Ses thèmes principaux : la tradition zen, la nature et l’identité francophone en Amérique du Nord. Il est aussi auteur-compositeur-interprète, avec 21 albums à son actif. Premier poète lauréat francophone de la Louisiane.
2— Dans la solitude, Jack Kerouac livre son expérience intérieure dans Big Sur (Folio, livre de poche)
3— Citation de Christian Bobin, Un assassin blanc comme neige, p. 34 NRF.
4— Zachary Richard, Zuma 9, Les Écrits des Forges, 2019.
Le Gustave
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