//Thierry Mugler Couturissime

Thierry Mugler Couturissime

Pierre Ranjard
Thierry Mugler Couturissime au MBAM : Vendeur de Rêves Éphémères

Après nous avoir fait découvrir l’univers «Brillantissime» de Jean-Paul Gaultier et d’Yves Saint Laurent, le MBAM nous plonge dans le monde «Couturissime» de Thierry Mugler jusqu’au 8 septembre prochain.

Les expositions Saint Laurent et Gaultier étaient magistrales tant par leur contenu que par leurs scénographies : celle de Mugler nous laisse, malheureusement, sur un sentiment de «vainitude»…Tout y est pourtant : l’extravagance, le star système et la flamboyance du couturier. Toutefois, en sortant, certains d’entre nous pourraient se demander si Mugler n’était pas seulement un vendeur de rêves éphémères. La rétrospective nous présente de façon brillante l’univers créatif de Mugler à travers une scénographie très vivante, bien qu’un peu sombre, qui magnifie le travail du couturier en s’appuyant sur ses croquis et les photographies d’artistes aussi prestigieux que Newton, Pierre et Gilles ou Richard Avedon.

Nous sommes, tout d’abord, éblouis par l’enchantement des créations qui, à n’en pas douter sont superbes, mais au fur et à mesure de l’exposition, le doute s’installe. Il ne se dégage de son travail que le « show off » d’un grand-maître de l’illusion, alors que la haute couture va au-delà des strass et des stars. Elle doit sublimer le vêtement pour en faire une pièce d’art de qualité. Jean-Paul Gaultier est l’exemple même du styliste qui, tout étant extravagant, invite le spectateur à découvrir le savoir faire des artisans qui façonnent ses vêtements. Chez Mugler, nous ne voyons que l’illusion du sublime…  En passant de modèles en modèles, on s’émerveille de la façon dont Mugler s’est inspiré du New Look de Christan Dior pour se dire qu’il a tout simplement adapté de façon clinquante le style du maître au star système des années 80 et 90.

En comparant les modèles in-situ et les photographies qui les magnifient, force est de dire qu’ils sont bien plus beaux sur les photos… La couture Saint Laurent et Gaultier était vivante et semblait intemporelle sur les mannequins : celle de Mugler, paraît surannée, comme si l’artiste s’était figé dans l’histoire d’une époque révolue. Cette impression de tape l’œil nous conduit à nous dire que Mugler semblait considérer la haute couture seulement comme un spectacle et que les standards de qualité étaient relégués au deuxième plan.

Il n’en demeure pas moins que cette exposition mérite de se déplacer. C’est toujours agréable de baigner dans l’univers futile et splendide d’un designer comme Mugler. Et, coup de chapeau à la salle Montréal Couture qui présente des créations de Marie Saint Pierre, Philippe Dubuc et Denis Gagnon entre autres, qui nous démontre de façon très convaincante que la couture québécoise mérite sa place dans le monde redoutable de la mode…

Le GustaveLyrique 2020
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