//Tout le monde joue

Tout le monde joue

Theo Sohiez

Theo Sohiez, LaMetropole.Com

Quand j’avais 5 ans, j’avais le droit de jouer, de faire des blagues, et d’être facétieux. Maintenant que je suis un adulte je dois le plus possible me montrer sérieux, penser de manière rationnelle et renoncer peu à peu à ce péché delectable qu’est le jeu.

Qu’à cela ne tienne, ce discours désuet selon lequel s’amuser est incompatible avec une vie d’adulte, nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à en faire fi. Laissez-moi donc vous parler de jeu.

Le jeu, c’est quoi ?

Le jeu a une fonction sociale primordiale, un des premier à en parler fut Johan Huizinga (XIXe) lorsqu’il définit le concept ¨d’HOMO LUDENS ¨dans son essai éponyme (en latin = L’homme qui joue). Depuis, d’innombrables écrivains, économistes, sociologues et philosophes se sont penchés sur la question afin de mieux comprendre l’importance et le rôle du jeu dans notre société.

En quelques mots, Johan Huizinga nous en offre une définition globale : Le jeu est une action qui se déroule dans certaines limites, de lieu, de temps et de volonté, dans un ordre apparent, suivant des règles librement consenties, et hors de la sphère de l’utilité et de la nécessité matérielles. L’ambiance du jeu est celle du ravissement et de l’enthousiasme, qu’il s’agisse d’un jeu sacré, ou d’une simple fête, d’un mystère ou d’un divertissement. L’action s’accompagne de sentiments de transport et de tension et entraîne avec elle joie et détente.

Cette définition met en évidence les différents aspects psychosociaux qui démontrent la nécessité pour l’humanité de jouer. Outre le fait que le jeu rapproche les individus, il procure de la joie et de l’enthousiasme, il permet d’interagir tout en stimulant l’intellect mais surtout il alimente notre potentiel créatif. Enfin, cette définition écarte également la croyance populaire qui est de penser qu’une personne qui joue n’est pas sérieuse, car au contraire le jeu est définit par un ensemble de règles, parfois complexes, qui définissent les limites temporelles, et encadrent notre schéma de pensée.

Alors, tout le monde joue ?

Vous avez sûrement déjà la réponse à cette question. Car même si vous n’en êtes pas conscient, chacun aime jouer à sa manière. Et puisque cela fait partie de votre nature humaine, vous pourriez même dire:“Je suis donc je joue”.

Qui n’a pas sur son cellulaire le fameux jeu candy crush ou un bon vieux casse brique, et si vous n’en avez pas c’est que vous avez trouvé d’autres moyens de vous amuser. Le jeu se construit autour d’une démarche ludique, ainsi vous pouvez trouver un moyen de vous amuser tout en travaillant, en élevant vos enfants ou encore en vous imaginant star de la musique dans votre bus du matin. Les personnes qui s’autorisent une forme d’amusement dans leurs tâches quotidiennes peuvent amener leurs réalisations professionnelles et personnelles à un autre niveau, ils s’évadent de leurs condition humaine et accèdent au domaine du rêve.

Un enfant qui joue n’est pas puéril. Il ne le devient que lorsque le jeu l’ennuie ou lorsqu’il ne sait à quoi jouer. Si le puérilisme actuel était du véritable jeu, on devrait voir alors la société sur la voie du retour aux formes archaïques de culture, où le jeu était un facteur vivant et créateur. […] Les traits essentiels du vrai jeu font ici défaut, même si les attitudes puériles se traduisent généralement sous la forme du jeu. (Johan Huizinga)

À titre d’exemple que répondre à la personne qui vous dira : ¨ mais non regarde le jeu vidéo c’est puéril et cela n’apporte pas grand chose ¨.  Être un passionné de jeu vidéo ce n’est pas simplement jouer aux jeux vidéos une bonne partie de son temps libre, c’est savoir apprécier les tendances d’un milieu en pleine expansion, c’est être capable d’identifier les clés du succès d’un produit numérique ou encore apprendre à maximiser les mécanismes d’un logiciel pour l’apprécier à son plein potentiel. Depuis quelques années, il est de notoriété publique que l’essor des sociétés productrices de jeux vidéos avoisine les résultats de l’industrie pharmaceutique ce qui démontre l’engouement de l’omo ludens pour cette forme contemporaine et novatrice de jeu.

Bien sûr, le jeu n’est pas présent uniquement dans les cartes et les jeux vidéos.

Quelques applications du jeu

Comme nous l‘avons déjà mentionné le jeu est divertissant, et il est possible de trouver le divertissement dans bien des activités. Pour faire simple, en stimulant biologiquement notre cerveau par un système d’association basé sur un renforcement positif, le jeu nous permet d’accentuer notre sentiment de satisfaction. Une simple publicité avec laquelle vous devez interagir vous procurera un moment de plaisir, pendant un instant vous ne serez plus en train de lire une annonce mais bien en train de jouer, pour le publicitaire c’est gagné, il a créé une interaction entre la marque et son utilisateur. L‘interaction est une autre composante essentielle du jeu, grâce à elle on crée une relation réelle et un souvenir marquant pour les utilisateurs. La ludification c’est appliquer des mécaniques de jeu à d’autres domaines, en créant un cadre précis et un système de récompense basé sur la satisfaction des joueurs on développe ainsi la capacité de raisonnement des individus et leur motivation à réussir (Voir “Le chien de Pavlov”).

Un professeur des écoles applique lui aussi des procédés ludiques dans son enseignement par grâce à un système de récompense pour motiver ses élèves, le plus commun est le système de points. Il maintiendra ainsi leur attention plus longtemps et leur motivation à réussir.

Le concept de DESIGN UX (en anglais = Design utilisateur), tendance actuelle en matière de création de contenu numérique, est basé en partie sur ces concepts liés au jeu. Grâce à une cartographie pertinente de l’information, une harmonie mélodique des couleurs, et l’utilisation de symboliques culturelles dans un scénario développé sous forme de jeu, on vous amène à interagir avec les produits, et les marques sans même que vous en ayez conscience.

Le jeu qu’on le veuille ou non nous suit tout au long de notre vie. Il est présent dans notre enfance, se poursuit inconsciemment dans l’âge adulte, et fera incontestablement partie de notre avenir car il est un des fondements essentiels de notre société postmoderne. Savoir s’en servir et comprendre ses mécanismes c’est devenir en quelque sorte maître du jeu et par extension de son destin. Maintenant que vous en savez davantage sur ce concept, que vous êtes convaincu d’en avoir besoin pour les bonnes raisons, comme le reste de l’humanité, dans quel domaine de votre vie allez-vous décider de vous amuser ?

Tout le monde joue

Théo Sohiez, producteur et directeur artistique spécialisé en médias interactifs, il développe depuis 5 ans, des projets de communication marketing pour des PME Canadienne au sein de sa compagnie Allô Montréal.

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