Daniel Bélanger, Poids lourd

J’aime beaucoup Daniel Bélanger. Ses albums imposent le respect et l’admiration. Une sorte de Bing bang intime, une trame sonore inébranlable. Quelque chose d’ésotérique particulièrement sur l’album Rêver mieux(1). Un poète, ça rêve tout le temps jusque dans l’exil. L’espace-temps pour un poète n’est pas le même que le commun des mortels.
Rêver mieux ? 

À partir d’une anecdote banale, un camion chargé de porcs qui s’en va à l’abattoir. Le poète est sur l’autoroute à réfléchir, méditer, il fait un procès sur sa vie. Sa vie est-elle un rêve ? Un rêve de survie en première instance. À partir de la page 24, il y a une voix poétique qui émerge.

Écrire pour me sentir en vie.

Dès lors appréhender ma propre

absence et aussitôt cesser d’écrire.

Écrire pour renaître. Maudit soit le

paradoxe de linexistence.

 Que faire dans ce monde (de plus en plus hostile). Un antagoniste surgit. Comment cheminer avec la répétition du quotidien. Notre existence limitée. Comment s’insérer dans l’éternité ? Bélanger cherche le Souffle. Respirer mieux ?

Avoir du souffle (…)

Aimer longtemps.

Se convaincre d’oublier.

Ce qu’il faut du souffle (p. 36)

 

S’armer du silence, du vent

de la lenteur (p. 49)

Je cite ces extraits qui sont pour moi une démonstration du retournement de soi. Cette recherche intérieure d’une certaine compréhension du monde est bien expliquée dans un livre d’Hélène Dorion (2).

Tout notre être fléchit comme un arbre

Pour effleurer le plus bas, puis se cambre

Comme un oiseau pour rejoindre l’en haut.

Les racines du poète 

Je n’invente rien. Sur l’album Rêver mieux, il parle du

Don d’éternité, divin en soi, partout elle te reconnaît.  (3)

Le poète nage dans un temps poétique. Un imaginaire qui lui appartient dans sa lente dématérialisation. Ici ce passage :

J’étais enfant mais je comprenais

Il m’enseignait sans le savoir

La présence de l’invisible. (p. 89)

En habitant la cosmologie, le poète revient constamment à la part intime. Le confort de l’intériorité qui franchit constamment les obstacles. La mémoire brûle d’un désir inassouvi. Bélanger a un regard de peintre. Il a un regard personnel d’une existence mnémonique. Pour l’auteur, l’abîme est un vertige sans fin. Il le dira lui-même, à l’image de l’enfant intérieur :

 Toi, enfant solitaire

Tu ne pataugeras pas toujours

Dans ton incommunicabilité. (p. 94)

Mission accomplie pour ce premier livre. Je remercie l’auteur pour son accomplissement en tant que poète. Et si vous permettez, je souligne l’importance de votre premier album.  Les insomniaques s’amusent (4). Cet album est, pour moi, un grand chef — d’œuvre.

Notes
  1. Daniel Bélanger, Rêver mieux est le 3e album sorti en 2001. Gagnant de sept prix Félix.
  2. Hélène Dorion, Recommencements, Druide 2014.
  3. Daniel Bélanger, Air pur, Rêver mieux 2001.
  4. Daniel Bélanger, Les insomniaques s’amusent, premier album sorti en 1992.

Daniel Bélanger, Poids lourd, Les herbes rouges. 2022.

Las OlasJGA

Ricardo Langlois

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com