//Poète rock ou «l’étoilement des ténèbres»

Poète rock ou «l’étoilement des ténèbres»

Marie Desjardins
Ça existe. Orphée Made in Quebec. Des purs et durs sous la scène, qui y croient, qui ne font qu’aimer et le dire. Ainsi, Ricardo Langlois, underground bombardant la toile — il faut bien être entendu ; exister. Le compte d’auteur garantit la carte de visite. Il a pour titre Septième ciel — c’est le tout dernier recueil de Langlois, amoureux des mots et du rock. Pas de nom de maison d’édition, mais, comme un sceau, en bas de la page couverture, sous la photo flamboyante d’un félin ailé évoquant un minotaure : poésie. Est-ce bien lui, « l’ange qui console sur le chemin de l’existence » ?

Langlois écrit « pour ne pas pleurer pour sauver le monde ». Mais il précise qu’il s’agit d’un « combat perdu d’avance ». Cela dit, il cherche « le secret de la lumière ce rêve proche de la réalité ». Dans ce recueil, le rock est là, avec ses références. Septième ciel et Nirvana ne sont pas loin. Langlois aime Cobain (il a publié Nirvana suivi de Crépuscule en 2018), mais aussi Morrison — des poètes qu’il ne se lasse pas d’étudier — en témoignent les ouvrages qu’il collectionne à leur sujet (surtout sur Jim, l’unique). Comme eux, Langlois pousse des portes, celles de la perception. Initiative, élan, résultat ? « Au septième ciel, écrit-il, l’existence miraculeuse ». Sur Terre, il n’en est pas loin non plus : « les guitares sur le lit défait, la musique psychédélique, la lumière heureuse ». C’est cela, Ricardo Langlois. Une présence incandescente qui surgit sur un fil virtuel, palpitante. Est-il celui-là même qu’il tutoie dans ses textes ? « Tu connaissais l’été avant ta naissance tu inventais ta lumière acidulée sur l’émeute ». L’émeute ? Oui, parce que le combat est perdu d’avance. Mais toujours, il en a été ainsi de la beauté, qui se déploie sur le mal, l’amour filtrant la haine ; ce n’est pas de l’espoir, mais la réalité. La dure réalité. La réalité sublimée. « Je ne suis qu’une rose au combat », dit Ricardo.

Animateur réalisateur à la radio, journaliste, poète, guitariste, Ricardo Langlois, dans sa description, pourrait ajouter gardien du temple (ou du temps). Mais ce serait prétentieux et cet être bon et sage ne l’est pas. Au contraire, bien au contraire, Langlois a cette très rare qualité de s’intéresser de près à son prochain, authentiquement, et à tenter de le faire connaître quand il s’occupe de poésie et de musique. L’auteur de Musiques des Sphères (2019) a le sens du culte, de l’admiration. L’envie ne vibre pas sur ses cordes. Il rend hommage. À Ozzy, Harmonium, Pink Floyd, McCartney, Daniel Bélanger, Bowie, et tant d’autres. Dans Septième ciel, « on » exclut-il la personne qui parle ? On peut en douter. « On a tellement vécu les karmas de musiciens et de poètes »… Langlois ne cesse de réhabiliter ou du moins de maintenir dans le présent les grandes figures du rock, mortes ou vivantes, pourvu qu’elles en aient fait l’histoire. L’idée est de dire, de ne pas couper le souffle, de ramer de toutes ses forces pour que l’arche navigue, s’élève, car on ne veut pas du bateau ivre, même si on le louange. Langlois est un adepte, un fan, un guerrier bienveillant dévoué à sa passion, et qui cite également ses inspirations littéraires : Jean Genet, René Char, Rimbaud, Kerouac dont, vraisemblablement, il applique le précepte « Vis pour aimer tout le monde », tandis qu’il propose le sien : « Ouvre ton cœur tout simplement ».

En vérité, n’est-ce pas la seule façon d’atteindre le septième ciel ?

Ricardo ne semble pas lutter en vain. Son sourire est convaincant. Tout comme ses mots.

Ricardo Langlois, Septième Ciel, Montréal, 2020.

Le Pois Penché

Auteur de romans, d’essais et de biographies, Marie Desjardins, née à Montréal, vient de faire paraître AMBASSADOR HOTEL, aux éditions du CRAM. Elle a enseigné la littérature à l’Université McGill et publié de nombreux portraits dans des magazines.

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